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Bernard Sik Yuen : Le chef juge joue collectif
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Bernard Sik Yuen : Le chef juge joue collectif
«Le méritant portera les lau-riers ». Du Sik Yuen dans le texte, en latin s?il vous plaît. Ce dicton, il l?a prononcé lors d?un discours? en 1996. Le futur chef du judiciaire ne croyait pas si bien dire. Onze années ont passé depuis? jusqu?à mercredi dernier, jour de sa nomination au poste de chef juge, lors d?une cérémonie en grande pompe à la State House. À lui le pouvoir et le prestige. À lui la « consécration » pour reprendre le mot de ses proches. À lui les lauriers.
S?endormir dessus ? Pas le genre de la maison. Bernard Sik Yuen, la soixantaine rugissante, n?a jamais fui le travail. Un « perfectionniste plongé dans ses livres », dit pudiquement sa femme. De toute façon, il n?a pas le choix. Sur ses épaules pèse la lourde réforme d?un système judiciaire en souffrance. Une réforme globale et ambitieuse. Celle-là même que son prédécesseur, Ariranga Pillay, n?aura pas été en mesure d?enclencher. Aujourd?hui l?attente est immense, Bernard Sik Yuen en a pleinement conscience.
<B>Un caractère bien trempé</B>
Mais le temps joue contre lui. Dans dix mois déjà sonnera l?âge de la retrai-te. « L?autorité judiciaire a perdu de sa su-perbe. J?ai un défi à relever, mais pas une mission solitaire. Chacun devra y mettre du sien, la réussite sera collective. » Une façon de sonner la cloche à la fin de la récré. Des grognons traînant la patte, il s?attend à en croiser. Peu importe :
« Quand j?ai une tâche à accomplir, je vais au bout, que ça plaise au non. À ne vouloir fâcher personne, rien n?avance », aime à dire ce père de famille au caractère bien trempé.
Visage poupon, yeux rieurs et ton courtois, son physique est trompeur. Bernard Sik Yuen est de la race des coriaces. Le compromis n?est pas sa tasse de thé. Le renoncement, très peu pour lui. Depuis toujours. Thierry, son frère cadet se souvient : « Même petit, Bernard ne lâchait jamais prise.
Cette fermeté épatait notre père. Il disait que Bernard ferait un excellent avocat ! » L?ex-juge (1989-1995), puis Senior Puisne Judge (depuis 1995), a choi-si une autre voie. Avec ses hauts et ses bas, ses coups d?éclats et ses coups de blues.
Il faut dire que l?homme n?a pas été épargné. Les gloses acides, les peaux de banane, les coups fourrés, jusqu?aux menaces physiques ; tout cela il connaît. Au point de vider un jour son sac dans une interview-confession. « Mon métier de juge est un calice que je bois jusqu?à la lie, jusqu?à la dernière goutte, la plus amère. » Preuve que le roseau peut plier.
Rompre, jamais. Les occasions, pourtant, n?ont pas manqué. En 2003, Sik Yuen joue le chevalier sans peur et sans reproche sur fond d?affaire Dayal et s?en va croiser le fer avec sa hiérarchie. La « guerre des juges » est aussitôt rebaptisée « l?affaire Sik Yuen », tout un symbole. Superman de la justice ?
Il s?en défend. « Bien sûr que j?étais mal à l?aise, mais il fallait secouer la baraque. À un moment, même si cela dérange, il faut agir. »
<B>« Il a du pain sur la planche »</B>
Salué avec respect par ses pairs, il est « l?homme de la situation ». Le ministre de la Justice abonde dans le même sens. « Une réforme d?ampleur de l?institution judiciaire est urgente. Bernard Sik Yuen est un réformiste dynamique et enthousiaste », entonne, tout miel, Rama Valayden. Ce dernier avait pourtant contesté, en 1995, la promotion du juge Sik Yuen au poste de Senior Puisne Judge. Du passé, les deux hommes ont fait table rase.
La confiance des avocats, Bernard Sik Yuen l?a aussi. À l?instar de Moorari Gujadhur, président du Bar Council : « Sa nomination est une bonne chose. Comme nous, le nouveau chef juge est engagé dans une logique de réforme. Nous attendons de lui un coup d?accélérateur pour la mise en ?uvre des recommandations du rapport Mackay. Il a du pain sur la planche ! »
Bernard Sik Yuen, lui, reste droit dans ses bottes. Et promet de prendre le taureau par les cornes. Mais par où commencer ? « La réorganisation des cours de district et de la Cour suprême est ma priorité. » Vastes chantiers, de la modernisation des locaux à l?augmentation des effectifs, en passant par l?activation des procédures.
« Notre justice a surtout besoin de s?humaniser. » Un conseil parmi d?autres, distillé au creux de l?oreille du chef juge à l?occasion de sa prestation de serment. À en croire son entourage, Ber-nard Sik Yuen, ex-président du Lions Club de Port-Louis ? dont il est toujours membre ? incarne cette « humanité ». Et ce n?est pas sa secrétaire personnelle qui démentirait. Elle qui loue les vertus d?un personnage « humble », « au grand c?ur », « toujours à l?écoute ».
Certains conservent de lui le souvenir d?un bon joueur de ping-pong alors qu?il était étudiant au collège St.- Joseph et à l?université de Leeds. Mais ses fonctions lui ont, depuis, mené à adopter une discrétion dans la vie civile. Toutefois, cette discrétion lui aurait joué bien des tours. Car la légende veut qu?un jour, alors que Bernard Sik Yuen se tenait dans le magasin connu des hautes Plaines- Wilhems, une personne lui aurait lancé un commentaire réducteur, pensant qu?il n?était qu?un employé du magasin. Cette même personne se serait retrouvée, quelques jours après, dans la cour que présidait le juge Sik Yuen !
<B>Plus haut poste du judiciaire</B>
Celui qui se sentait abandonné par ses pairs lors de l?épisode où on le critiquait en public a finalement accédé au plus haut poste du judiciaire.
Pour reprendre ses propres mots, « on est né avec son caractère. Les astres sont là et se sont occupés de vous. Vous avez votre signe astral. J?y crois. Cela dit, si les choses sont déjà tracées, on n?y peut rien ». Et elles l?étaient.
<B>La fonction du chef juge</B>
Selon le chapitre vii (section 77) de la Constitution de la République de Maurice sur le judiciaire, il est établi que le chef juge est nommé par le président de la République après consultation avec le Premier ministre. Le chef juge est le chef de la Cour suprême, et il est soutenu par un Senior Puisne Judge, qui est nommé également par le président de la République, sur les conseils de la Judicial and Legal Service Commission. La séparation des pouvoirs entre l?exécutif, le judiciaire et le législatif est à la base même de la Constitution.
<B>Bernard Sik Yuenen dix dates</B>
■ 1947 : naissance de Bernard Sik Yuen
■ 1966 : Il termine ses études secondaires au collège St. Joseph avec comme sujets principaux l?anglais, le français et le latin.
■ 1969 : Au terme de trois ans d?études, il décroche une licence en droit à l?université de Leeds.
■ 1970 : Après son examen au barreau à Londres, il prête serment à Maurice.
■ 1972 : Classé premier de sa promotion, il décroche un doctorat en droit civil de l?université de Paris II.
■ 1972 : Bernard Sik Yuen exercera au Parquet et au bureau de l?Attorney General.
■ 1986 : Après avoir auparavant siégé dans les cours de district en tant que magistrat, il préside les cours industrielle et intermédiaire avant de faire un bref passage comme Master and Registrar.
■ 1989 : Bernard Sik Yuen fait finalement partie du groupe restreint des juges.
■ 1995 : Dans un climat de contestation, il sera finalement nommé Senior Puisne Judge.
■ 2007 : Bernard Sik Yuen décroche la nomination du chef juge, le patron du judiciaire.
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