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Cassam Moollan devient chef juge
Nos journaux de 2007 annoncent la réjouissante nomination de Bernard Sik Yuen comme notre nouveau chef juge, succédant ainsi à Sa Seigneurie Me Ariranga Pillay. Il y a un quart de siècle, ils faisaient de même pour Me Cassam Moollan à qui échoit le redoutable honneur de succéder à Sir Maurice Rault comme chef juge de Maurice.
Autant la nomination de Bernard Sik Yuen ne passera pas inaperçue, ces jours-ci, même en cette semaine pré-budgétaire, autant celle de Cassam Moollan, survenant à la veille des élections du 11 juin 1982, disparaît sous l?avalanche d?articles narrant les derniers soubresauts d?une longue campagne électorale, comprenant ceux des faux documents libyens, du faux télex d?Amédée Darga, entraînant la regrettable démission de Me Marc David comme président estimé de notre commission électorale, la journée exceptionnellement calme de ce scrutin, le dépouillement des voix sans suspense en raison d?un 60-0, certes inattendu par la plupart, mais qui commence très tôt à prendre tournure au grand dam d?un tiers de l?électorat et la mise en place du gouvernement de l?alternance, après deux décennies de règne travailliste, sinon ramgoolamien, sans partage et incontesté.
Cassam Moollan vient d?une honorable famille musulmane portlouisienne, comptant en son sein un bon nombre de négociants respectés, de professionnels tout autant estimés, pour ne rien dire des légistes faisant autorité à l?instar de Sir Hamid Moollan et de Me Ahmad Moollan avoué, ni de la génération suivante, n?ayant sûrement rien à envier à ses aînés.
Succédant lui-même à des légistes aussi émérites que Sir Rampersad Neerunjun, Sir Michel Rivalland, Sir Henry Garrioch, Sir Maurice Latour-Adrien, Sir Maurice Rault rehausse encore et considérablement le prestige de notre Cour suprême dont la renommée s?étend bien au-delà de notre Bell-Buoy. Homme de principe et de courage, il est impitoyable à l?égard de tout ce qui ressemble de près ou de loin à la médiocrité et à la vilenie. Ses remarques, cinglantes quand il le faut, ne lui font pas toujours des amis. Il n?en a cure. Ce ne sont pas, en tout cas, les pense-petit, les magouilleurs de tous poils et autres embusqués qui lui feront déroger à ses principes, puisés dans la meilleure culture gréco-latine ou encore religieuse. Littéraire jusqu?au bout des ongles et grand amateur de poésie universelle, autant contemporaine que classique, il donne volontiers des tournures raciniennes, rimbaldiennes et même proustiennes à ses verdicts comme aux panégyriques qu?il consacre aux serviteurs de notre Justice, dignes de ce nom, nous ayant quittés, pendant son mandat. Il pousse la modestie et son sens inné d?un humour d?une grande finesse et nourri aux meilleures sources pour observer qu?il doit délaisser ses fonctions de chef juge ?au moment où il commence à comprendre le Droit?. Nul n?a manié le paradoxe avec autant d?habileté que lui. Avant son départ de la Cour suprême, il soutient avec force qu?il est tout à fait normal que les meilleurs légistes soient d?ardents conservateurs et traditionalistes car la meilleure tradition judiciaire qui soit est encore de maintenir intact et vivant le devoir d?innover à bon escient
La nomination de Cassam Moollan intervient à la veille du 11 juin 1982. Elle n?a rien de choquant car elle est l??uvre du gouverneur général, Sir Dayendranath Burrenchobay, sur recommandation de la ?Legal and Judicial Service Commission ». Nomination donc indiscutable car irréprochable. Celle d?Indur Ramphul comme gouverneur de la Banque de Maurice ne suscitera également aucune contestation même si elle intervient le jeudi 10 juin 1982 et qu?elle émane du Premier ministre sortant, Sir Seewoosagur Ramgoolam, en vertu des pouvoirs que lui confèrent les dispositions du ?Bank of Mauritius Act ?, comme le stipule un communiqué officiel du Bureau du PM. Indur Ramphul succède à ce poste à Aunauth Beejadhur d?illustre mémoire, et à M. G. Bunwaree.
A peine ses amis et confrères terminent de congratuler Cassam Moollan pour sa désignation à la tête de notre Cour suprême, qu?ils doivent lui réitérer leurs félicitations car le voilà désigné comme chevalier de l?empire britannique, à l?occasion de l?anniversaire de la reine. Comme quoi, un honneur vient rarement seul. Par la même occasion, Ahmed Abdulla Ahmed et Alain Noël sont faits CBE et Philippe Rault OBE.
Cassam Moollan et Indur Ramphul ne sont pas les seuls Mauriciens émérites à occuper de nouvelles fonctions en cette mi-juin 1982. Nous ne pouvons oublier ici le nouveau président de notre Assemblée législative, Alan Ganoo, et ses assistants, Dharam Fokeer et Dinesh Ramjuttun, ni non plus les nouveaux ministres : Anerood Jugnauth (Premier), Harish Boodhoo (vice-Premier, Information et Coopératives), Paul Bérenger (Finances), Jean Claude de l?Estrac (Affaires étrangères), Ramdath Jaddoo (Education), Kailash Ruhee (Plan et Développement), Shirin Aumeeruddy-Cziffra (Justice et Droits de la Femme), Cassam Uteem (Sécurité sociale et Solidarité nationale), Kishore Deerpalsingh (Agriculture), Jocelyn Seenyen (Santé), Swalay Kasenally (Energie), Rohit Beedassy (Travaux), Jayen Cuttaree (Travail et Relations industrielles),Lloyd Baligadoo (Logement), Prem Koonjoo (Administrations régionales), Rama Poonoosamy (Culture et Loisirs), Diwakar Bundhun (Sports) Serge Clair (Rodrigues), et même? Vishnu Lutchmeenaraidoo (ministre d?Etat sans portefeuille mais avec budget). Ce qui nous ramène à celui de Rama Sithanen. Brrrr !
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