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Démission de Me Marc David

7 juin 2007, 00:00

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Démission de Me Marc David

A l?avant-veille des élections législatives du 11 juin 1982, l?île Maurice apprend, avec stupeur mais surtout avec une profonde tristesse, que l?estimé Me Marc David, un des ténors du barreau mauricien, soumet soudainement sa démission comme président et membre de la commission électorale. Son remplacement immédiat par un autre éminent légiste, Me André Robert, avoué, jouissant également de l?entière confiance de tous les Mauriciens, à commencer par ses pairs, ne parvient pas à compenser tout à fait la consternation nationale de voir un Mauricien aussi émérite que Me Marc David devoir s?en aller dans d?aussi regrettables conditions, totalement indépendantes de sa volonté, d?ailleurs. En fait, cette démission inattendue ne s?impose aucunement, sinon dans la seule conscience de Marc David, car il n?existe pas un Mauricien, digne de ce nom, capable de douter un seul instant de l?intégrité absolue d?un homme de loi aussi estimé. Tous comprennent cependant, mais non sans une profonde peine, qu?il considère de son devoir, sur une question de principe, de démissionner afin que nul doute ne puisse planer sur l?intégrité incontestable et incontestée de la commission, chargée du déroulement irréprochable de toute élection à Maurice. L?honneur c?est aussi de démissionner quand nul ne l?exige ni même le demande.

Me Marc David se démet de ses délicates fonctions d?arbitre électoral parce que son fils, employé de Desbro International, a autorisé, sans le savoir, l?envoi, par cette firme, d?un télex contestable d?Amédée Darga, impliquant, en effet, une usurpation d?identité et un procédé journalistique inacceptable. D?ailleurs, la direction du MMM décide, après avoir entendu ses explications, d?expulser Darga du parti et de la rédaction de son quotidien Le Nouveau Militant.

Voici le film des événements de ce regrettable incident politco-électoral. Il se situe, bien sûr, dans le sillage de la désastreuse tentative ramgoolamienne de diffuser par le bureau du Premier ministre de faux documents, prétendument libyens, dans le but particulièrement mesquin et déloyal de ternir la réputation du MMM, à la veille d?un événement aussi crucial que des élections législatives (voir l?express d?hier). Comme dans l?affaire Sheik Hossen, Amédée Darga croit bien faire en voulant enfoncer davantage le clou alors que tous nous savons que, dans des affaires aussi délicates, le mieux est souvent l?ennemi du bien, qu?il convient d?éviter tout droit aux excès de zèle, surtout si le résultat obtenu n?est rien d?autre qu?une fizette mauve neutralisant une précédente fizette rouge. Match nul sur toute la ligne. La preuve aussi qu?un parti politique ne vaut pas mieux qu?un autre du camp adverse car ils sont tous capables du pire.

Un communiqué de Desbro résume parfaitement cet incident. Il indique que vers 13 heures, le 8 juin 1982, Amédée Darga se présente à ses bureaux et sollicite la permission d?envoyer un télex. De telles autorisations lui ont été accordées précédemment, en tant que négociateur du Steel Rolling Workers Union. En l?absence du directeur, son assistant, le fils de Me Marc David, lui donne l?autorisation sollicitée. Darga envoie alors le télex suivant : ?Attn. Michenfezder 1.Latest communique about Libyan connection completely missed target. Even liberal papers denounced it as false and fabricated. 2. PAA name, address and identity uncovered and made public. 3. Identity of our staff here also unconvered. 4. Our situation has become most uncomfortable. Hve to react immediately. Pse send immediate advices. For security reasons ? immediate reply to 4260 Steel IW. Regard. Napolitan.? Ce dernier est un des experts étrangers pilotant la campagne électorale du PTr et dont l?identité est ainsi usurpée.

Le directeur de Desbro prend connaissance de ce télex à son retour et réclame des explications. Son assistant sollicite et obtient l?autorisation de le montrer à son père. Il soumet aussi sa démission à Desbro. Marc David comprend, sur le champ, que la participation involontaire de son fils à l?envoi de ce télex, peut faire planer des doutes quant à sa neutralité politique et du même coup celle de sa présidence de notre commission électorale. Il obtient d?être reçu par le gouverneur général, Sir Dayendranath Burrenchobay, et lui fait part qu?il n?est plus en mesure de présider cette instance électorale dans les conditions idéales. Il soumet sa démission qui est acceptée (certainement à contrecoeur). Me Marc David met ensuite au courant le chef de l?opposition, Anerood Jugnauth, et le Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam. Il tient une conférence de presse pour annoncer sa démission.

Le MMM regrette la démission de Me Marc David mais tient à le féliciter pour avoir pris une décision qui l?honore. ?S?il ne tenait qu?à nous, nous lui aurions demandé de conserver ses fonctions car il n?a en rien démérité dans cette affaire?, précise Me Anerood Jugnauth.

Sir Dayendranath Burrenchobay, sur les conseil de la Legal and Judicial Service Commission, nomme Me André Raffray président de la commission électorale à la place de Me Marc David qui, du coup, jouit d?une estime renforcée de la part de tous les Mauriciens, d?une estime qui ne fait que grandir depuis.

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