Publicité

Jean Marie PAZOT : Un père pour la vie

4 juin 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?aube vient de poindre à Bambous. On vole quelques instants bénis à cette annonce du jour, en s?élevant avec la pente, face à l?étendue bleue de La Ferme et à ce goût de fraîcheur oubliée. Aux quartiers de SOS Village, sur le flanc de la Montagne Saint-Pierre, il fait même un peu frisquet. Les enfants commencent juste à s?animer. ?C?est normal. Ils ne sont pas encore tout à fait éveillés?, plaisante, Jean Marie Pazot, le manager du village.

La veille, au village, avec Marie-Laure leur ?maman?, ces quelques enfants que nous croisons, assez extravertis pour sept heures du matin, Daryl, qui joue à ?koukkachiet?, Akesh, occupé à dessiner une rose au tableau, Alison, au regard espiègle et à la grâce de fée, et le regard si pur et si intelligent de Vishnee, tous âgés d?environ sept ans, ont fêté, comme il se doit la fête des Mères. En famille, ou presque. Auprès d?une des six autres mamans de ?réparation? et auprès du ?father? Jean Marie.

À Bambous, ils ont entre deux et 16 ans, ces enfants placés ici après avoir été abandonnés. Ils poursuivent leur scolarité, quelques-uns dans des écoles spécialisées, mais la plupart à l?école du gouvernement de Cascavelle, à un quart d?heure de bus.

?Nous avons la garde légale des enfants, mais SOS village, comme l?a voulu son fondateur dans le monde, Herman Gmeiner, n?est pas un orphelinat.? Le but est de redonner une famille, une maison à l?enfant sacrifié par des parents touchés par la précarité, tombés dans la délinquance, et peu aptes à offrir ce minimum vital sans lequel il ne pourra même pas être enfant.

?L?histoire affective de ces petits êtres, faite parfois de violences, est si troublée qu?elle ressemble parfois à un puzzle que nous cherchons à reconstituer, tant bien que mal, soutenus par une équipe d?éducateurs et de psychologues.? Et ceux qui, sollicités par des courriers, et sensibles au combat mené à Bambous depuis quatre ans ? le centre de Beau-Bassin fête, lui, ses 15 ans cette année ? apportent les dons financiers nécessaires à la survie même de l?entreprise.

Même si ?nous n?avons pas tout l?historique de ces enfants?, leur redonner des moyens de mener une existence responsable, c?est possible, grâce à ces mamans, qui, comme Marie-Laure vivent à SOS village, tout comme les deux ?father?, Jean Marie et son assistant Joël Violette.

?Je suis là pour comprendre et non gronder.? En actes, cela se traduit par des conseils prodigués aux mamans quand elles sont aux prises avec un problème qu?elles ne savent pas résoudre. Cela se manifeste aussi par la tendresse que Jean Marie porte à cette ribambelle d?enfants qui viennent vers lui dès qu?ils l?aperçoivent.

À ces enfants chez qui des tragédies pèsent, laissant peu de place à l?intellect, il leur apporte un sourire, un câlin, une parole. Leurs petits visages répondent par une mine épanouie, des yeux rieurs à son passage. Ils lui offrent des dessins qui finissent par mieux l?entourer que les quatre murs de son bureau, s?ouvrant mieux sur les merveilles insoupçonnées de la vie que les vraies fenêtres.

À 39 ans, après une carrière de cameraman à la Mauritius Broadcasting Corporation, mais surtout quelques lustres de volontariat au sein de SOS village, Jean Marie est pourtant marié. Deux fois par mois, il revient passer le samedi à Quatre-Bornes, chez lui, avec sa femme, qui est quelque part son soutien à lui.

Son enfance et son adolescence, il ne s?en cache pas, n?a pas été non plus celle dont un père ou une mère aimants rêvent de donner à leur progéniture : parents séparés, existence entre la tante, la grand-mère et, épisodiquement l?un des deux séparés. ?Cela m?a fait encore plus prendre conscience de l?importance du lien familial.?

Cicatriser les ruptures et remettre l?enfant sur les rails n?est pas une mince affaire. ?À Beau-Bassin, j?ai vu passer plusieurs ?fathers? successifs. Je ne suis pas avocat de cela, car je suis persuadé que changer de figure paternelle après quelques années à cet âge peut se révéler néfaste pour le développement de l?enfant.? Jean Marie est partant pour rester avec mes enfants le plus longtemps possible. Si, jusqu?à l?âge de 15-16 ans, les enfants dépendent de leurs deuxièmes parents, le rétablissement du lien avec la famille d?origine reste pourtant l?ultime but à atteindre, une fois arrivés à leur majorité. ?On garde l?idée que les parents, à long terme, seront réhabilités?, et que leur progéniture, ayant développé des moyens de subsistance autonome, sera capable de réintégrer la cellule ?mère? sans trop de risques.

?À ces enfants chez qui des tragédies pèsent, laissant peu de place à l?intellect, il leur apporte un sourire, un câlin, une parole. Leurs petits visages répondent par une mine épanouie, des yeux rieurs à son passage.?

Entre-temps, dès 12 ans, les enfants seront initiés à des métiers approuvés par l?IVTB, de l?électronique à la pâtisserie, de la charpenterie à la plomberie et, forts des convictions de Jean Marie, au sport. La proximité du stade de Bambous est une aubaine pour les apprentis athlètes.

?Nous mettons tout dans la balance pour que cette enfance ne porte pas d?étiquette.? Loin des raccourcis complaisants sur l?assistanat. Paradoxalement, beaucoup de ceux qui, à 18 ans, cherchent à couper avec le toit familial et qui sont élevés dans l?autosuffisance matérielle, auraient de la peine à trouver dans un recoin de leur âme cette chaleur et cette simplicité qui s?échangent sous nos yeux. L?âge adulte ne sera pas nécessairement le temps des adieux sans retour pour le ?father? Jean Marie et de ses filles et fils rendus par amour. Comme une aube renouvelée sans crépuscule. ?Si je suis leur père, c?est pour la vie?, ne craint-il pas de dire.

Publicité