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Travelling planétaire
La politique internationale et ses conflits viennent, une nouvelle fois, de s?inviter au Festival de Cannes. Le 24 mai, Alexandra, le film du Russe Alexandre Sokourov, qui évoque le conflit tchétchène en des termes qui ne peuvent déplaire au Kremlin, a été projeté. Et, samedi 26 mai, a été présenté Rébellion : l?affaire Litvinenko, du nom de cet opposant russe, établi à Londres, qui est mort à la suite d?un empoisonnement au polonium, et dans lequel le Kremlin pourrait être impliqué.
Le délégué artistique du Festival, Thierry Frémaux, se défend d?avoir voulu assujettir sa programmation aux règles du débat politique, en présentant deux points de vue opposés sur le même sujet. Contrairement au film de fiction de Sokourov, cinéaste confirmé, le film sur la mort de l?ex-espion russe, documentaire réalisé par des inconnus, est présenté hors compétition. Le premier pose la question de la responsabilité des artistes quand ils prennent pour matière l?histoire contemporaine, le second ? qui n?a pas encore été projeté à la presse ? semble relever du documentaire brut, destiné à influer sur le cours des événements.
Le Festival de Cannes retrouve, une fois de plus, sa fonction d?estrade planétaire. Ces dernières années, c?est l?opposition démocrate au président Bush qui en a fait le plus grand usage, qu?il s?agisse des documentaires de Michael Moore, du film tiré de la campagne d?Al Gore contre le réchauffement planétaire, ou, plus anecdotiquement, de la projection en 2004 du court métrage réalisé par la fille de John Kerry, alors en campagne. Aujourd?hui, le débat sur la Croisette se déplace pour s?installer entre Moscou et Grozny.
On peut concevoir une certaine gêne à voir que le destin de la Tchétchénie ou l?avenir de la démocratie en Russie partagent le même espace médiatique à Cannes que les changements de tenue de Sharon Stone. Mais ces irruptions du monde réel dans l?univers factice du Festival ont une autre raison d?être. Le cinéma reste un art extraordinairement perméable à la marche du monde, jusque dans son expression la plus spectaculaire ? les films de superhéros américains ont changé de ton depuis le 11 septembre 2001. A l?autre extrémité du spectre, on peut suivre en détail l?histoire contemporaine de la Chine ou de l?Iran à travers les oeuvres de fiction des cinéastes Jia Zhang-ke ou Abbas Kiarostami.
Depuis sa naissance, le Festival mêle l?histoire et la frivolité : en 1946, Rome, ville ouverte, de Roberto Rossellini, côtoyait la comédie musicale Le Roi et moi. En soixante ans, le Festival a su rester le reflet d?un moyen d?expression qui est à la fois une industrie, un divertissement de masse, un art et le vecteur des interrogations, des peurs et des espoirs du monde d?aujourd?hui. Il le restera tant que le cinéma conservera les moyens de sa puissance d?évocation.
© Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate
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