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SIDA : 20 ans d?épidémie

24 mai 2007, 00:00

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Depuis la première campagne menée par Prévention, information et lutte contre le sida (Pils) en 2000, ayant pour thème ?Sida pa gett figir?, les campagnes de lutte, d?information et de sensibilisation à la maladie se sont multipliées au fil des ans. Tout comme les organismes présents et engagés sur la scène associative. Dimanche encore, Maurice a pris part à l?International AIDS Candlelight Memorial pour la deuxième année consécutive. Un moyen de sensibiliser le public, combattre la stigmatisation, montrer un soutien aux malades du VIH et sida, tout en rendant hommage aux victimes de ce virus.

Mais bien que ?le silence ait été brisé?, selon Nicolas Ritter, porte-parole de Pils, la bataille est loin d?être gagnée. La maladie continue de progresser de manière alarmante, 3 000 personnes sont officiellement détectées comme vivant aujourd?hui avec le VIH à Maurice. Mais, estime Nicolas Ritter, ?il serait tout à fait crédible de penser qu?il y a en réalité cinq à six fois plus de personnes contaminées, soit entre 15 000 et 18 000 !? Toujours officiellement, le sida aurait fait près de 150 victimes sur l?île. Mais d?après Nicolas Ritter, une personne meurt chaque semaine des suites de la maladie.

À l?échelle de notre petite île ces chiffres sont véritablement alarmants et leur évolution plus encore. Depuis 2003, le nombre de personnes infectées par le VIH/sida double chaque année ! Nicolas Ritter explique que ?la transmission par voie sanguine est la plus systématique et Maurice compte environ 20 000 personnes qui s?injectent des drogues. Cette situation pourrait nous amener rapidement à des taux de contamination proches de nos voisins de l?Afrique subsaharienne?.

Tout autour de la planète le virus se transmet à une vitesse fulgurante. Dans le monde, l?épidémie cause chaque jour 11 000 nouvelles infections et près de 8 000 décès. À Maurice, 50 nouveaux cas sont dépistés chaque mois dont 90 % sont des usagers de drogues injectables. Chaque nation agit à son niveau pour essayer d?enrayer ce virus mortel et atteindre l?objectif fixé par les Nations unies pour 2010 : l?accès aux traitements et à la prévention pour tous.

■ L?accès aux traitements

À Maurice, le traitement et le suivi médical des personnes vivant avec le VIH est gratuit. Mais bien que l?île Maurice ait été un des premiers pays africains à dispenser gratuitement les antirétroviraux, comme le souligne Nicolas Ritter, ?nous avons depuis quelque temps de graves problèmes de prise en charge, de ruptures de stocks des traitements, un manque de médecins et d?infirmiers, aucune prise en charge de l?Hépatite C et de sa co-infection avec le VIH, toujours pas de charge virale, analyse indispensable pour un suivi efficace, pour ne citer que ces dysfonctionnements?. De plus, un ?nombre important de personnes vivant avec le VIH est dans une situation de grande pauvreté et la cessation brutale de l?aide qui leur était octroyée par le ministère de la Sécurité sociale, malgré les promesses du ministre de tutelle, rend les choses particulièrement difficiles?.

Pourtant, les progrès en médecine sont importants. ?Il y a 100 % de réussite si on suit le traitement comme il faut !? s?exclame Nicolas Ritter. En effet, si les médicaments sont bien pris, accompagnés d?un suivi médical et d?un soutien de la part de l?entourage du malade, ?le sida peut aujourd?hui être évité?.

■ La peur de l?ignorance

La stigmatisation et la discrimination sont véritablement des obstacles à la prévention, la prise en charge et le traitement des personnes vivant avec le VIH. Un changement de comportement est primordial afin d?enrayer cette épidémie. Ainsi, l?éducation, la sensibilisation et l?information sont centrales dans cette lutte. Afin de changer les mentalités il faut commencer par la base : offrir des informations sur le sida dans les écoles. Car le public croit connaître la maladie et ses modes de transmission, mais bien souvent a des idées fausses. ?Les gens connaissent en gros, mais avec des zones d?ombre et ce sont ces zones d?ombre qui provoquent des peurs.?

Malgré la mobilisation, chaque année plus grande, ?les Mauriciens ne vont toujours pas spontanément se faire dépister et bon nombre de personnes vivant avec le virus, de peur d?être identifiées comme telles, ne partagent pas leur statut sérologique avec leurs proches et leurs partenaires. Pire encore, en partie à cause de cette stigmatisation, ils sont nombreux à ne pas faire leur suivi médical avec les conséquences graves que l?on peut imaginer. Le VIH/sida fait toujours peur et c?est cette peur qui entraîne le déni, le rejet et la stigmatisation, même au sein du person-nel médical !?

Le regard porté sur les malades du VIH/sida est lourd de l?ignorance et de la peur. Une peur qui amène le rejet, l?exclusion et l?isolement de nombreuses victimes, ainsi que la stigmatisation des groupes typiquement associés, à tort, au sida, tels que les homosexuels, les professionnelles du sexe ou les consommateurs de drogue par injection. ?Ce ne sont pas les séropositifs qui sont dangereux mais l?inconscience des Mauriciens qui pensent encore que ?cela n?arrive qu?aux autres?, en particulier à ?ces gens-là? et de ce fait ne se font pas tester et ne se protègent pas quand il le faudrait?, poursuit Nicolas Ritter.

Ces groupes stigmatisés sont aussi marginalisés par des législations violant parfois les droits fondamentaux, en refusant par exemple d?offrir la liberté sexuelle aux homosexuels, en adoptant des lois permettant le refus d?immigration ou de mariage d?un étranger atteint du sida ou encore le refus de don de sang de la part d?un homosexuel. Il existe également, dans certains cas, une discrimination à l?embauche ou au travail de personnes vivant avec le VIH. Nicolas Ritter souligne que le HIV Bill luttant contre toutes les formes de discrimination envers les personnes vivant avec le VIH a été adopté au Parlement en décembre dernier. Il n?a cependant toujours pas été promulgué.

La réponse gouvernementale a toujours du mal à se mettre en place. ?Cela fait un an et demi que nous travaillons sans cadre directeur, le National Strategic Plan ayant expiré depuis 2005. Le manque de leadership et de coordination fait que les actions sont menées de façon partielle et approximative. Le Premier ministre avait annoncé, le 1er décembre 2006, la création d?un National Aids Secretariat placé directement sous son autorité. Ce n?est que six mois après que nous avons appris la nomination, par le Conseil des ministres, du Dr Pathak à la tête de cet organisme. Combien de temps va-t-il encore falloir attendre avant que cette structure soit opérationnelle et capable de coordonner de façon efficace l?ensemble de la réponse nationale ? Le virus lui n?attend pas??

Maya DE SALLE-ESSOO

Une campagne ?byen dan zar?

■ Voilà une dizaine de jours qu?a commencé une campagne d?affichage visant à combattre la discrimination contre le sida menée par les Zarbiens et soutenue par ?Paradize Burning? et la Fondation espoir et développement. Vous n?avez pas pu passer à côté de ces visages, ceux de personnalités mauriciennes, telles que Bruno Raya, Cassam Uteem, Percy Yip Tong ou Sandra Mayotte, qui posent la question: E si mo ti ena Sida ?

Reprenant le concept d?une campagne qui existe également en Europe, les Zarbiens ont choisi de mettre des visages connus de Mauriciens, au premier plan. ?On voulait mettre Maurice à l?avant, ajouter une couleur locale pour toucher le plus de gens possible?, explique Stéphan Jauffret-Rézannah, membre des Zarbiens et du groupement Evazyon. Les Zarbiens ont voulu toucher un large public, tout en ciblant spécifiquement les jeunes, tranche d?âge la plus touchée par le virus.

Le message derrière cette campagne : amener le public à se poser des questions, à remettre en cause son comportement et son regard envers les malades du VIH et sida. ?Konbat viris la, pa dimounn ki viv ek li ?, un slogan central dans cette lutte. Mais la campagne exprime aussi que ?sida pa gett figir?, que ça peut arriver à tout le monde si on ne prend pas ses précautions.

Malgré leurs appréhensions sur la réaction des artistes invités à participer à la campagne, ces jeunes artistes ont mené ce combat pour lequel ils se sentent particulièrement concernés. ?On pensait que les gens vers qui on a été ne voudraient pas être associés au sida, mais pas du tout !? Selon Stéphan Jauffret-Rézannah, ?certains étaient soucieux, ils disaient : ?une telle campagne à Maurice, c?est fou, qui va accepter?? Dépassant les tabous d?une société rongée par le silence et les conventions, les Zarbiens ont été de l?avant avec un concept pour ce combat? et le pari est gagné !

Cette campagne s?inscrit dans une campagne plus large, autour d?un événement : l??International AIDS Candlelight Memorial? célébré dimanche et qui a rassemblé des Mauriciens des quatre coins de l?île. Des préservatifs étaient distribués au public de Baie-du-Tombeau durant l?événement. Là aussi, la marque des Zarbiens est visible sur les pochettes décorées de manière originale. La campagne continue. Jusqu?à la fin de l?année, 2 000 préservatifs donnés par le ministère de la Santé seront distribués chaque mois, avec une pochette décorée et imprimée par les Zarbiens et ?Paradize Burning?.

Questions à ?

Cassam Uteem, ancien président de la République

● Comment avez-vous réagi quand les Zarbiens sont venus vers vous avec ce projet de campagne ?

J?ai immédiatement réagi de manière positive. Ces jeunes se sentant très concernés et très motivés voulaient prendre le taureau par les cornes, ainsi ils m?ont proposé d?être tête d?affiche. Le VIH / sida connaît une progression rapide et de plus en plus de jeunes sont victimes à travers les échanges de seringues. Je suis aussi très anxieux de la situation. Les femmes sont victimes de leurs conjoints et certains enfants qui ne sont pas encore nés courent déjà un risque. Face à cette situation, j?ai accepté l?invitation.

● Quelles ont été les réactions à cette question posée : E si mo ti ena sida ?

Je n?étais pas au pays, mais la campagne a été bien reçue, je suppose. Je n?ai pas eu de réactions négatives, en 24 heures en tout cas. J?ai assisté hier au ?Candlelight? à Baie-du-Tombeau et j?ai été surpris par l?accueil chaleureux qui m?a été donné. L?objectif était de faire comprendre que le sida pa gett figir, il ne choisit pas la communauté, la condition sociale ou la fonction de la personne. Tout individu peut être atteint du virus !

● Quelle est l?importance de s?engager dans cette lutte ?

C?est plus qu?une épidémie, c?est une pandémie ! Des millions de gens sont morts? L?année dernière trois millions de personnes sont décédées du sida dans le monde. On croyait peut-être que Maurice serait épargnée, mais il faut à tout prix conscientiser les gens. Premièrement, par cette campagne, il est important que les gens sachent que le virus existe au niveau national. Deuxièmement, qu?il y a la possibilité de prévenir et de guérir, qu?il y a des médicaments à portée de main. Il incombe à l?État de venir en aide à ceux qui souffrent. De plus, la communauté internationale a pris un engagement : d?ici 2015, pouvoir prévenir et guérir, mettre à la disposition de tous les malades les traitements, c?est un des millenium goals. Voilà pourquoi je me suis engagé.

Sandra Mayotte

Chanteuse

● Comment avez-vous réagi quand les Zarbiens sont venus vers vous avec ce projet de campagne ?

J?ai dit oui tout de suite, il n?y avait même pas à réfléchir quand je peux faire une bonne action... Utiliser l?image des gens connus c?est tout à fait louable, alors quand on m?a demandé si on pouvait utiliser mon visage dans la campagne contre le sida, je n?ai pas hésité. Et j?aime faire des choses pour mon pays.

● Quelles ont été les réactions à cette question posée : E si mo ti ena sida ?

Les premières réactions ont été celles de mes enfants qui m?ont dit ?on espère que les gens ne vont pas croire que tu as le sida?. Cela m?a fait réfléchir. Ensuite j?ai eu beaucoup de messages pour me dire que la photo était jolie? alors je me suis dit mais est-ce que les gens ont compris le message de la campagne ? Sinon ils seraient passés à côté de quelque chose et les Zarbiens aussi, ce serait dommage. Est-ce qu?ils écouteraient et achèteraient ma musique si j?avais le sida ? Voilà le message.

● Quelle est l?importance de s?engager dans cette lutte ?

C?est très important car nous, les artistes, on a le pouvoir de rassembler les gens, tout comme les politiciens et de faire passer un message. Alors par cette campagne je passe ce message : il ne faut plus rejeter et avoir des préjugés contre les porteurs du sida mais il faut combattre la maladie !

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