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Tiberman Sajiwan Ramyead : Au rythme de ses passions

23 mai 2007, 00:00

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Né à Souillac, il aime citer le vers qui accompagne le buste de Toulet à Curepipe : ?Mon âme est née sur une plage bleue de la Savanne.? Tiberman Sajiwan Ramyead (Tiberman, prononcé ?Tibraman?, équivaut à ?esprit vif?) s?exprime dans un français impeccable mais lui préfère la langue de Shakespeare, notamment quand il écrit ses chroniques (pour le Mauritius Times).

A 64 ans, cet homme pétillant d?intelligence n?a rien d?un oisif. Après une longue carrière au ministère de l?Environnement ? 26 ans, 13 ministres ? il s?est retiré ?sur une bonne note? en 2003, mais demeure un homme de terrain. Pas un ?armchair environmentalist?. Il pratique encore la plongée entre épaves et splendeurs des fonds marins.

Mais l?existence est ponctuée de déclics, de mouvements pivots, qui nous mettent en face de nous-mêmes : ?L?écrit est d?ailleurs un vis-à-vis personnel?, nous confie celui qui nous prépare un livre, commencé il y a huit ans, sur la région de Savanne, avec laquelle il entretient une relation viscérale. Et pour cause.

?Ma vie a commencé comme telle quand je me suis embarqué pour la quête de mes origines.? Une quête passionnante en tous points. Quand nous le rencontrons, Sajiwan nous parle de l?objet de sa présente recherche : retrouver les traces de son ancêtre, un soldat du fameux Kunwar Singh, le ?fomenteur? de l?insurrection de Delhi en 1857, une ?première guerre d?indépendance? qui vit la fin du dernier Moghol, après le matage de la rébellion par les Anglais en 1858. Le premier Ramyead débarqua à Maurice un an plus tard, en 1859. Il est enterré à Souillac.

?When you are talking about ancestors, you are talking about the whole world?, a écrit Alex Haley, l?auteur de Roots. En d?autres mots, la recherche des racines peut vous entraîner sur mille et une routes. Pour commencer, Sajiwan disposait de documents ?de première main?, ?documents handed from generation to generation?, et jalousement préservés.

?Mon aïeul, originaire du village de Kowarah, au Bihar, est arrivé sur le vaisseau Earl of Derby. Mes recherches m?ont permis de tout savoir sur ce navire.? De ses escales, en Australie jusqu?en Guinée britannique. Sur le contexte de la révolte de Delhi, Sajiwan va jusqu?à consulter Le Mauricien de 1857 ! ?J?ai même enquêté sur le fameux comte de Derby, qui fut ministre de sa Majesté, avant que son fils ne soit secrétaire d?État pour les colonies.?

Sur le terrain, ?dans la Savanne?, plus précisément à Souillac, Sajiwan a été le premier descendant de confession hindoue à s?intéresser réellement aux quelques ?tombes? (en réalité, ces dernières demeures sont seulement bornées de pierres, la plus ancienne portant l?inscription 1853) qui se trouvent dans la section non-chrétienne du cimetière de la localité.

?Mahabul, qui fut le fils du premier Ramyead, a relaté la crainte du feu de son père.? Il ne pouvait donc être mécontent que le jour venu on ne procéderait pas à sa crémation. ?En vérité, la loi ne l?autorisait pas encore.? ?Cela avait du coûter, pour les enterrer là quelque chose de l?ordre de Rs 5.? Tous les Ramyead de l?époque sont donc là, ?à quelques mètres du caveau des Toulet?.

Sajiwan s?est fait un devoir de restaurer le patrimoine familial. ?Le last resting place est un endroit qu?on a tendance à négliger à Maurice. A tort. Ce sont des sites qu?on doit chérir et qui peuvent inspirer nos jeunes, résoudre des énigmes.?

On s?en doute, ces préoccupations, cette ténacité, Sajiwan les a reçues, transmises de ses parents. ?Quand on vous dit que la vie commence à 60 ans? Après avoir notamment enseigné au Collège Royal, et achevé une riche carrière dans la fonction publique comme attaché à l?ambassade de Londres, mon père, qui fut un féru des langues, voulut reprendre ses études.?

?Il faut bien se rendre compte que le volet environnement gêne, pour tous les industriels et tous les gouvernements.?

C?est ainsi que ce père, qui n?avait plus rien à prouver, présenta, pour son PhD à l?université de Londres, ?une thèse sur l?enracinement et la propagation du Hindi moderne à Maurice?. Une étude qui fait encore autorité. ?Allez savoir : elle est mieux appréciée ailleurs qu?ici.?

Ce qui nous amène à la propre carrière de Sajiwan : ?Je revenais de mes études en Environmental Engineering à Londres quand je suis entré en 1977 au ministère.? De l?Environnement. ?Enfin, c?est un ministère que l?on a un peu trimballé à droite à gauche comme une fiancée à caser.? Fruit de la création de l?Unep en 1972, entre sa naissance, en 1975, et 1982, on l?a greffé à l?Agriculture et aux Ressources Humaines; en 1991, on l?a marié à la Qualité de la vie, aujourd?hui il est le siamois d?un bras agissant, la National Development Unit. ?Alors qu?il faudrait naturellement l?associer à l?Aménagement du territoire (Housing and Land)?, comme cela a été le cas en 1982 et après. Il y a une dizaine d?années, ?on avait fini par le coller à l?emploi?.

Mais, pour l?ex-fonctionnaire, qu?en est-il du bilan de ces années ? ?J?ai eu la chance d?arriver à un moment où there was plenty of room on the top of the roof?, et où, ajoute-t-il, gravir les échelons, de Technical Officer à Scientific Officer, pour finir comme Directeur en respectant les procédures, était réalisable à l?échelle d?une carrière normale.

Cette ?durée? a aussi permis à Sajiwan de prendre du recul, sans s?enliser dans l?amertume. Répondant à la question : ?Quel est le ministre qui vous a le plus marqué ??, il évoque spontanément Hervé Duval, ?un homme accessible, intelligent et capable?, quoique ?miné par sa santé qu?il négligeait trop, en bon Duval?. Sajiwan sut faire son jugement lors d?un déplacement, où le ministre Duval présida ?avec une grande efficacité?, une réunion au sommet.

Mais c?est le fabuleux épisode de l?île aux Aigrettes, en 1987, qui le persuada de la qualité de son ministre. Un ministre à l?écoute : ?Lorsque le projet de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) pour gérer le capital naturel de l?île atterrit sur mon bureau, je lis avec intérêt : cela en valait la peine. Je le dis au ministre, ajoutant : nous n?avons pas de sanctuaire écologique, c?est l?occasion rêvée. Sachez que le jour même de la visite des représentants de la MWF, la réponse du ministre fut ?OK?.

Il lui reste des regrets à Sajiwan. Au premier rang duquel celui de ne pas avoir su, ou pu, en faire davantage dans le domaine de la sensibilisation. ?L?Environmental education aurait dû être une priorité. C?est essentiel pour une politique efficace. Et il n?y a pas de temps à perdre car cela prend une génération entière pour développer le respect de la nature : il faut l?inculquer dès le plus jeune âge. Au ministère, notre quotidien était fait d?audits, de projets pouvant avoir des conséquences néfastes à étudier. Dans cette frénésie, nous n?avons pas eu beaucoup de temps pour faire davantage qu?une couverture de dos and don?ts pour les copybooks des écoliers?.

Mais il surnage pourtant quelques victoires, comme la lutte contre les pesticides, inspirée par ce livre culte de Rachel Carlson Ferney, The Silent Spring. Au cours de ses 25 ans à l?Environnement, Sajiwan a pris part à bien des débats, parfois sous des pressions ?énormes? : le recours aux sites d?enfouissement, ?rendu nécessaire parce qu?il y avait trop de dépotoirs à ciel ouvert?, Mare-Chicose, après le rejet, catégorique, des habitants de Mare-d?Australia pour un projet analogue. Aujourd?hui encore, il n?hésite pas à envoyer ses commentaires, comme il l?a fait dans le cadre du Draft Management Plan du Morne.

Sajiwan en a retiré aussi beaucoup d?enseignements. ?L?environnement, c?est le cadet des soucis des hommes politiques. Cela n?est pas un mal mauricien d?ailleurs. A Canberra, par exemple, j?ai parcouru des centaines d?EIA : édifiant ! Et on ne peut même pas exiger pour chaque projet des audits composés uniquement d?experts, cela coûte trop cher?. L?homme se veut pragmatique : ?il y a toujours de la bonne foi, le gouvernement a ses priorités : sur 5 ans, c?est avant tout l?emploi et la création de richesses à court terme ; ceci dit, une des priorités devrait être la gestion des côtes, totalement négligée face aux menaces nées du changement climatique, dont la montée des eaux.? Quand on construit des 5 étoiles, on peut éviter de le faire à même la plage et le faire de l?autre côté de la route.

La vie à l?Environnement peut se traduire en épisodes tragi-comiques : Sajiwan n?oublie pas, lors de l?épisode Ferney, le brave Yusuf Mungroo du NPCS s?était fait rabrouer par le Premier ministre d?alors à coup de : ?A sak fwoi ki vinn are enn developman, zot arrive avek l?environman? !

?Il faut bien se rendre compte que le volet environnement gêne, pour tous les industriels et tous les gouvernements. On a beau élaborer un Environment Protection Act, y postuler que l?on va gérer l?environnement par le BAT (best available technologies), c?est pour mieux choisir, dans les faits et du côté des industriels et décideurs, le CATNEP (cheapest available technologies narrowly escaping prosecution) !? Entre l?engagement et le commitment, la route est parfois longue, nous explique ainsi ce fervent musicien, adepte de la musique vocale de l?Inde du Nord, un art lui aussi transmis de génération en génération.

C?est sur cette guirlande de notes, ces tons indéfinissables de la gamme indienne, qu?il prend congé de nous, Sajiwan. Sur de bonnes notes, aurions-nous envie de dire.

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