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La classe face au courage
<B>Par Azmaal HYDOO</B>
Mercredi 25 mai 2005, 23h41. A la mi-temps de la finale Milan-Liverpool, bon nombre de Mauriciens éteignent leur télé et vont se coucher, dépités. Ils ne savent pas encore qu’ils vont rater le plus grand come-back de l’histoire des Coupes d’Europe en cette douce nuit stambouliote.
Malmené 3-0 après 45 minutes, Liverpool n’en mène pas large et ses fans sont quasiment résignés à la défaite, voire fous de rage. Michel Platini vient, alors, rencontrer le président de Liverpool, David Moore, dans les travées du stade Ataturk, pour lui dire de suggérer à son coach un “damage limitation job” afin d’éviter l’humiliation aux Reds.
La deuxième période reprend. Six minutes de folie plus tard, les Scousers reviennent à égalité et vont même s’imposer aux tirs au but à l’issue d’un match qui les a vus au bord de l’explosion, les jambes chancelantes, lors des prolongations…
Platini revient voir Moore et le prie de l’excuser pour ses propos hâtifs prononcés un peu plus tôt. Le futur président de l’UEFA salue les héros de Liverpool qui ont gagné avec les tripes. “Liverpool a prouvé que les miracles existent,” concédera plus tard Diego Maradona, venu soutenir Crespo ce soir-là…
Deux ans plus tard, les retrouvailles suscitent une attente et une émotion énormes, sans commune mesure avec la finale de la Cup de samedi, qui ressemblait bien à un match de 3e place de la C1.
En consultant les statistiques, on peut faire la fine bouche et se dire qu’on ne peut qu’être déçu ce soir, que la partie d’Athènes n’atteindra pas les sommet de 2005. Que chat échaudé craint l’eau froide et que, ni Milan, ni Liverpool n’ont envie de prendre trois buts en finale aujourd’hui.
Et puis, à quoi bon faire le spectacle et attaquer à tout rompre pour se retrouver au rang des valeureux perdants de la Ligue des champions à la fin ? Le Milan AC n’a pas intérêt à trop se découvrir et il le sait. Pour contrer le pragmatisme à la Benitez, chantre de la tactique, il faut peut-être le prendre à son propre jeu et se dire que seul le résultat compte.
Car sur le terrain, la classe est milanaise et les éclairs individuels aussi. C’est indiscutable. Gerrard a du coeur mais n’a pas les qualités techniques de Kaka, auteur de 10 buts en 12 matches de C1. Carragher est un défenseur courageux, mais il n’aura jamais l’élégance de Nesta.
Mais Maître Benitez n’en a cure. Il croit pouvoir proposer un nouveau schéma tactique surprenant et infaillible ce soir. De ceux qui ont envoyé Barcelone et Chelsea dans les pâquerettes. D’ailleurs, le peuple des Reds locaux ne voit rien d’autre que la victoire.
Une confiance aveugle qui s’explique par la tradition maison : six finales et cinq victoires à ce jour, la seule défaite étant la très controversée tragédie du Heysel 1985. “Liverpool a son pouvoir dans les jambes; nous, dans nos têtes”, disait récemment Mourinho, ce qui n’a pas empêché Chelsea de s’incliner deux fois contre eux en demi-finale de C1 (2005 et 2007)…
Finalement, l’entraîneur espagnol ne fait que reprendre la philosophie de la gagne qui a tant réussi au club de la Mersey. Bill Shankly, manager historique et statufié du club, disait en effet deux générations plus tôt : “Nous ne sommes pas mécaniques, nous sommes méthodiques.”
Contrairement aux Milanais, Liverpool possède un collectif plus solidaire et plus imprévisible. Plus courageux aussi. Selon moi, Liverpool peut s’imposer grâce à son football direct (sur un coup de pied arrêté ou une boulette de Dida ?), en acculant l’adversaire, et en tablant sur un non-match du Milan.
Toutefois, il serait étonnant que les Reds surprennent deux fois de suite la machine à gagner de Berlusconi, portée par plusieurs champions du monde (Gattuso, Pirlo, Nesta…) et son expérience. Ces derniers mois, Milan n’a cessé de monter en puissance et a impressionné face au Bayern et à Manchester.
Si la chance est là, le métier de papy Seedorf et compagnie peut faire la différence ce soir. Peut-être même sans avoir à attendre d’hypothétiques penalties. C’est mon pronostic.
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