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Tout est possible

15 mai 2007, 20:00

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<B>Par Eric NG PING CHEUN</B>

Au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle française, le Premier ministre (PM) mauricien, le Dr Navin Ramgoolam, a parlé de lui en des termes assez élogieux. Ce n’est assurément pas un exemple du socialisme que le PM a salué hors du cadre du communiqué officiel. Si la Mauritius Broadcasting Corporation a cru bon de passer cette intervention en première nouvelle pendant dix minutes, c’est qu’elle doit avoir son importance.

Il n’est donc pas inutile de rappeler ce qui a fait gagner le candidat Sarkozy. Son parler vrai, son langage de la réforme et sa cohérence dans les idées ont suscité un vote d’adhésion. Ses discours, quoique mâtinés de tournures socialisantes, ont prôné sans complexe l’économie de marché et ses vertus libérales. Et sa vision de l’État a dépassé la rhétorique du bien-pensant pour s’ancrer dans la philosophie de l’action.

Chez nous aussi, le politicien gagnera en crédibilité s’il n’insulte pas l’intelligence des gens. Pour peu qu’il leur explique clairement les enjeux économiques, ils sont capables de les saisir mieux que ce qu’ils laissent transparaître. Eux n’affichent pas leurs opinions, ne faisant pas partie de ceux qui abêtissent notre démocratie sur les ondes des radios. Mais, le moment venu, ils savent faire leur choix politique.

Dès lors, est-ce trop demander au gouvernement d’être cohérent dans ses politiques ? Est-ce si difficile de dialoguer, de concerter et de coopérer avec le secteur privé ? Est-ce un abus de confiance que d’aborder la liberté des prix et la notion du profit de façon décomplexée ?

Les propos de Nita Deerpalsing tenus samedi dernier ont choqué plus d’un. Si critiquer le gouvernement revient à devenir un “agent politique” de l’opposition, alors on foule aux pieds le fondement même de la gouvernance politique. Mais ce qui inquiète le plus les opérateurs, c’est la crise de confiance qui s’est ouvertement installée entre la plus haute autorité du gouvernement et la plus haute instance du patronat.

L’apaisement auquel paraît jouer maintenant le Joint Economic Council (JEC) contraste avec l’inflation verbale manifestée lors de sa conférence de presse de jeudi dernier et qui aura surpris certains de l’establishment du secteur privé. Le président du JEC, Jacques de Navacelle, ne s’attendait sans doute pas que ses commentaires allaient provoquer une chaîne de réactions, de contre-réactions et de sur-réactions. Mais à trop se braquer contre le gouvernement, on défait l’objectif qu’on voudrait réaliser pour le bien de la communauté des affaires : être écouté par le pouvoir politique.

La violente sortie du JEC contre ce dernier, au lendemain de la publication d’un sondage politique défavorable à l’Alliance sociale, pouvait paraître suspecte. Ce faisant, le JEC a donné la fausse impression qu’il surfait sur l’impopularité supposée du Parti travailliste pour le pousser à satisfaire les attentes du monde économique. Or ce serait une mauvaise nouvelle pour le secteur privé si le gouvernement se sentait impopulaire.

Ainsi, l’impétuosité du président du JEC intervint à contretemps en cette période de préparation du budget 2007-2008. Il aurait dû plutôt chercher à gagner la confiance des membres du gouvernement pour les amener à soutenir Rama Sithanen dont la marge de manœuvre est déjà assez restreinte. On voit mal maintenant comment le ministre des Finances arriverait à faire accepter les éventuelles propositions budgétaires du JEC à ses collègues du cabinet.

Ce serait regrettable parce que, selon le présent baromètre, 84 % des analystes interrogés disent être assez voire très confiants que Rama Sithanen présentera un budget favorable à la croissance de l’économie. Certes, l’enquête a été effectuée juste avant les tirs croisés entre JEC et gouvernement. Mais la majorité de nos analystes économiques et financiers n’a pas perdu foi dans la réforme en cours.

Cependant, dans un climat malsain, tout est possible. Rien n’empêche le gouvernement d’introduire un impôt sur la fortune, de rétablir des droits de succession ou d’appliquer une taxe de solidarité sur le secteur des banques et de l’assurance. Les recettes encaissées serviraient à financer des mesures sociales plus étendues que celles du dernier budget.

Le grand argentier n’a pas fait mystère des “quatre possibilités” susceptibles, selon lui, de réduire le déficit budgétaire : contenir les dépenses, introduire de nouvelles taxes, améliorer la collecte fiscale et miser sur les recettes fiscales générées par une croissance économique très élevée. Dans la conjoncture, dit-il, il ne faut pas compter sur une croissance forte, et le budget doit prévoir un montant additionnel de Rs 3,3 milliards pour le service de la dette publique. La Mauritius Revenue Authority, elle, continuera à traquer l’évasion fiscale.

Il ne reste donc que la possibilité d’avoir de nouveaux impôts. Selon des analystes, une taxe sur la plus-value des ventes immobilières sous l’“Integrated Resorts Scheme” ne choquerait personne. En revanche, ils sont déçus des prises de position de Vishnu Lutchmeenaraidoo qui fait fi de l’impact budgétaire d’une compensation salariale de 10,5 %. D’un ancien ministre des Finances qui fut confronté à la dure réalité économique, on attend des propositions fécondes plutôt que des protestations stériles.

Libre à notre opposition parlementaire et extraparlementaire de faire une campagne à la Ségolène Royale : la stratégie de la peur contre la stratégie de la réforme, et la manipulation des émotions contre le choix de la raison. Le nouveau président français, lui, sait qu’il a besoin de la classe des patrons pour faire avancer la France. Réciproquement, comme dans tous les pays du monde, le secteur privé se pose en allié objectif du gouvernement. Pour reprendre le slogan électoral de Nicolas Sarkozy, ensemble tout devient possible.

(www.pluriconseil.com)</I>

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