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L’Afrique hésite face au “parler vrai” de M. Sarkozy

11 mai 2007, 00:00

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Les présidents algérien, gabonais et sénégalais ainsi que le roi du Maroc ont été parmi les premiers à féliciter Nicolas Sarkozy. Mais le choix des Français soulève des inquiétudes dans l’opinion africaine, reflétées par la presse.

A entendre Omar Bongo, président du Gabon depuis 1967, c’est le prochain président français, lui-même, qui l’a appelé dimanche 6 mai au soir : “Nicolas Sarkozy m’a dit simplement : “Merci pour certains de tes conseils”, et je lui ai dit : “Félicitations pour m’avoir compris, parfois”, a déclaré M. Bongo, récemment, sur Radio France internationale.

D’Alger, Abdelaziz Bouteflika a félicité “l’homme de coeur et d’action”. Pourtant, quelques jours plus tôt, son premier ministre avait fustigé, en M. Sarkozy, “l’homme qui veut réhabiliter l’OAS”. Et lundi, sous le titre “La France qui recule”, le quotidien El Watan écrivait : “L’image forte dans le monde d’une France démocratique et humaniste va prendre un coup terrible avec Nicolas Sarkozy.”

Particulièrement empressé, le “libéral” Abdoulaye Wade a fait savoir depuis Dakar qu’il avait téléphoné au futur chef de l’Etat français dimanche dès 19 h 45. Pourtant, la presse sénégalaise n’est pas tendre. Même le quotidien progouvernemental Le Soleil estime que “les masses populaires africaines considèrent (M. Sarkozy) comme le ténor d’une France (...) opposant sans cesse un refus crispé au continent noir”. Un ton au-dessus, Le Quotidien constate “l’aboutissement d’une entreprise de droitisation outrancière et raciste de la vie politique française”.

Qualifiant souvent de “paradoxe” le fait qu’un “fils de Hongrois” ait été élu en promettant de lutter contre l’immigration, la presse africaine exprime la crainte que “les relations, (...) caractérisées sous Chirac par une véritable chaleur humaine, changent de perspective” (Sud, Dakar). M. Sarkozy “ne voit en l’Afrique que l’immigration qui fait mal à la France” mais “ignore tout ce que l’Afrique apporte à la France et à la francophonie”, regrette Le Potentiel de Kinshasa (République démocratique du Congo).

<B>“Amis et toutous de la France”</B>

Avec son “parler vrai”, la presse se demande cependant si M. Sarkozy peut changer les rapports franco-africains. En Côte d’Ivoire, des journaux voient dans l’élection française un revers pour le président Gbagbo, dont le parti est affilié à l’Internationale socialiste, tout en espérant que la “rupture” annoncée permettra un renouveau des relations franco-ivoiriennes, exécrables sous Jacques Chirac. “Les appuis aux “amis et toutous de la France” ne seront plus systématiques”, espère Nord-Sud, mais “Sarkozy arrivera-t-il à briser cette image de la France (de Chirac), amie des régimes corrompus ?”

Souvent perçu comme franc mais teinté de cynisme, le discours de M. Sarkozy fait cependant espérer “une rupture avec le paternalisme” qui “pourrait forcer les dirigeants africains à se prendre en main”, suggère Madiambal Diagne, patron du Quotidien de Dakar.

Lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, M. Sarkozy est souvent venu “prendre des conseils” auprès du roi Mohammed VI. Pourtant, contrairement à M. Chirac, habitué du royaume, M. Sarkozy a choisi l’Allemagne et non le Maroc pour sa première visite à l’étranger.

<B>Philippe BERNARD</B> Jean-Pierre TUQUOI</B> <I>© Le Monde 2007. Distribué parThe New York Times Syndicate</I>

PASSATION DE POUVOIR

<B>Dernier conseil plein d’émotion pour Chirac et Villepin </B>

■ Jacques Chirac présidait mercredi le dernier Conseil des ministres de ses 12 années à l’Elysée, où il a salué l’action du gouvernement de Dominique de Villepin qui lui a fait part, en retour, de son attachement. Lors de cet ultime rendez-vous empreint de “chaleur et d’émotion”, aux dires des participants, le président a longuement exprimé sa “reconnaissance” aux ministres sur le départ et a eu quelques mots pour son successeur.

“Je fais toute confiance au futur président, Nicolas Sarkozy, pour permettre à la France de remporter de nouveaux succès, dans la cohésion, l’unité et le respect de ce qu’elle est”, a-t-il dit. “Tous mes voeux l’accompagnent dans son action.”

Christian Estrosi, ministre délégué à l’Aménagement du Territoire, a donné une version un peu différente de la façon dont Jacques Chirac a salué l’arrivée de son successeur.

“On a senti la joie qu’il avait de voir la France confiée par le peuple, par les électeurs, à Nicolas Sarkozy”, a déclaré à la presse ce proche du président élu.

“C’est un élément très fort de continuité et de sécurité pour notre pays de voir cette transition qui se fait dans le plaisir, le bonheur d’avoir Nicolas Sarkozy aujourd’hui à l’Elysée”, a-t-il ajouté.

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