Publicité

Lutte de classes

29 avril 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Maurice est un pays profondément clivé. C?est une vérité de La Palice, affirmeront certains ! Mais cette réalité n?est plus seulement criarde, elle est même devenue inquiétante. Nous connaissons la fâcheuse propension qu?ont beaucoup de nos compatriotes à réagir en fonction de l?ethnie ou de la caste. Mais d?autres dissensions animent désormais notre société, dont chacun des individus arrive, aujourd?hui, et avec une grande facilité, à énumérer tout ce qui l?éloigne des autres. Plutôt que de réfléchir et d?agir sur ce qui les rapproche.

Le clivage est d?abord de classe. Mais pas celui qui nous renvoie à notre schéma traditionnel. La confrontation n?est pas entre le peuple et une classe de possédants, qui, pour des raisons historiques, a conservé une puissance économique qu?on peut qualifier d?hégémonique dans certains cas.

Le clivage se manifeste plutôt ailleurs, jusque dans les files d?attentes aux caisses des supermarchés en fin de mois. Lorsque le jeune cadre, lui-même fils d?ouvrier ou de petit fonctionnaire, ayant brillamment réussi professionnellement, arrive avec un caddie rempli à ras bord de ses courses. Et qui trouve à côté de lui, un petit employé de bureau qui a eu tout le mal du monde à remplir le sien, ne serait-ce qu?à moitié.

Les deux subissent les hausses des prix. Le premier comprend que ce sont les règles du marché qui veulent cela, mais ne change pas pour autant ses habitudes de consommation. Les revenus de son couple lui permettent ce luxe. Le second voit en face de lui un privilégié qui a tout eu, facilement croit-il, parce qu?il aura bénéficié d?un soutien économique ou politique occulte, ou encore parce qu?il est bien né. S?ils viennent pourtant du même milieu, tout sépare ce nouveau bourgeois et son voisin dans la file d?attente.

Ailleurs, d?autres clivages se consolident, comme celui qui sépare le religieux du laïc. Dans un camp, les fous de moralité et de Dieu disent que les lois de la République doivent s?intéresser à ce qui se passe sous la couette entre deux adultes consentants. Et ces mêmes religieux vont crier au déni de liberté de culte si jamais une de leurs pratiques est contestée par d?autres citoyens. Parce qu?elle leur cause, objectivement, une gêne dans leur vie quotidienne. Osez affirmer qu?un raisonnement basé uniquement sur la moralité et la religiosité est erroné, et vous courrez le risque d?être lynché. Et de vous faire traiter, selon les cas, de mécréant, anti-telle ou telle religion ou de pervers immoral !

La « classe » des travailleurs entretient également sa propre ligne de front contre tous ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique. Cette « classe » est entrée dans une guerre qui promet de durer. Contre un gouvernement qui, semble-t-il, n?écoute plus ses revendications salariales. Et un secteur privé qui lui demande de toujours travailler davantage, sans vraiment dire explicitement si cela lui vaudra de gagner plus. Cette défiance permanente engendre des situations absurdes. Comme quand un groupe de planteurs conteste l?implantation de la zone économique de Tianli parce que leurs conditions de relogement ne sont pas, selon eux et les politiques qui attisent leur colère, adéquates. Ils ignorent sans doute que leurs enfants, cousins ou voisins y trouveront du travail !

Tout nous sépare. Rien ne nous rassemble. On en vient à se demander, cyniquement, s?il ne nous faudrait pas un événement cataclysmique dans le pays pour amener les Mauriciens à se parler à nouveau et à se comprendre. Toutefois, dans l?idéal, ce serait aux hommes politiques de faire ce travail. Mais il ne faut pas compter sur eux. Les grandes formations sont plus occupées en ce moment à peaufiner leurs tactiques et stratégies d?alliance et d?acoquinement pour conserver ou conquérir le pouvoir. Si leur rêve consiste à présider au destin d?une société qui se sera délitée, qu?ils le poursuivent !

Publicité