Publicité
Au Front national, l?heure des comptes a sonné
Par
Partager cet article
Au Front national, l?heure des comptes a sonné
L?heure des règlements de compte a-t-elle sonné dans la maison Le Pen ? Avec seulement 10,44 % au premier tour de l?élection présidentielle, le Front national (FN) a subi un grave revers. C?est son plus mauvais score depuis 20 ans, le FN ayant réussi, au cours des trois précédents scrutins présidentiels, à rassembler entre 14,5 et 17 % des voix. Jean-Marie Le Pen a aussi perdu plus d?un million d?électeurs depuis 2002, 1,6 million même, si on prend en compte ceux de Bruno Mégret qui était candidat il y a cinq ans.
Le Front national ressasse les raisons de sa défaite : la reprise par Nicolas Sarkozy de certains de ses thèmes l?a privé d?une partie de son oxygène ; l?impossibilité pour Jean-Marie Le Pen, même qualifié à un second tour, d?accéder à la présidence de la République a favorisé le « vote utile » au profit du candidat de l?UMP.
Les thèses et combats de l?extrême droite
Mais ce qui est d?abord en débat au sein des instances dirigeantes du parti, c?est un sujet tabou : la succession du vieux leader frontiste. À 78 ans, il a sans doute mené sa dernière bataille. Et il l?a perdue. Jean-Marie Le Pen refuse d?évoquer son départ, et pourrait même repousser le congrès du parti, prévu à la fin de cette année, pour éluder la question. Mais celle-ci est posée en coulisses.
Avec en toile de fond, un débat sur la stratégie du FN : faut-il rester sur la ligne ? payante jusqu?en 2002 ? d?un parti extrême aux positions provocantes voire choquantes ? Ou faut-il transformer le FN, petit à petit, en parti de gouvernement susceptible de s?allier à la droite républicaine ? C?est la fille de Jean-Marie Le Pen, Marine, qui est l?inspiratrice de cette ligne rénovatrice. Alors que Bruno Gollnisch, le délégué général du FN, et prétendant à la succession, campe sur la ligne « dure ». Une ligne dure à laquelle Jean-Marie Le Pen n?a, lui-même, jamais vraiment renoncé, comme l?ont montré ses dernières saillies de fin de campagne.
Né le 28 juin 1928 à La Trinité-sur-Mer, ce fils de pêcheur s?est positionné très tôt à droite de l?échiquier politique. Étudiant, soldat (en Indochine puis en Algérie), il embrasse les thèses et les combats de l?extrême droite.
Son ultime titre de gloire
De retour d?Indochine, repéré par Pierre Poujade, le leader des petits commerçants, il est élu plus jeune député de France en 1956. Réélu député de Paris en 1958, il adhère au groupe parlementaire du Centre national des indépendants et paysans.
Lors de l?élection présidentielle de 1965, il est directeur de campagne de l?avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat de l?extrême droite. En 1972, le groupuscule néofasciste Ordre nouveau crée le Front national et en offre la présidence à Le Pen. Ayant assuré sa fortune en héritant, en 1976, d?un riche sympathisant, le cimentier Hubert Lambert, il peut se consacrer au développement de son parti, autour duquel il rassemble toutes les familles de l?extrême droite.
L?instauration de la proportionnelle par François Mitterrand, pour les législatives de 1986, fait entrer 35 députés FN à l?Assemblée nationale. Pour élargir son audience, Le Pen se repositionne sur un discours populiste de réponse à la montée de l?insécurité. Cette stratégie s?avère payante : il obtient 14,5 % des voix à la présidentielle de 1988 et 15 % en 1995. Malgré la scission du FN en 1999, avec le départ de Bruno Mégret et de plusieurs cadres du parti, le vieux tribun prouve, en 2002, qu?il rassemble d?abord sur son nom. Avec 16,95 % des voix, il se qualifie pour le second tour au détriment de Lionel Jospin. Ce sera son ultime titre de gloire.
■ @ 2 007 Le Monde ? Christophe KAKUBYSZYN ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
Publicité
Publicité
Les plus récents