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La grande hypocrisie

22 avril 2007, 00:00

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Comme un disque rayé ! À l?approche du 1er Mai, les partis politiques sortent la grosse caisse de leurs divergences supposées, ressassées à satiété. Ils cherchent à mobiliser le plus grand nombre possible de sympathisants autour de leurs chefs. La méthode la plus usitée consiste à diaboliser à outrance les adversaires d?en face. « Tout nous sépare » est leur refrain commun. Vaste hypocrisie !

Les Mauriciens ne doivent pas se laisser duper ; je prétends qu?alors même qu?ils sèment ainsi la confusion et la division dans le corps électoral, tous les partis ? je précise tous les partis ? n?ont qu?une idée en tête : quelle prochaine alliance électorale conclure ? Ils ont commencé à y songer, il est temps que les électeurs le sachent.

Pour comprendre la stratégie des responsables politiques, il suffit de se référer à l?histoire électorale récente. Elle démontre que le pays est sans doute entré dans un cycle infernal qui le condamne à des changements de majorité gouvernementale à chaque élection générale. La raison en est qu?aucun gouvernement ne peut plus espérer répondre complètement aux exigences souvent irréalistes et utopiques d?un très grand nombre d?électeurs mal informés.

La responsabilité première de cette instabilité chronique incombe aux partis politiques eux-mêmes. Ils sont à blâmer puisque ce sont eux qui montent les enchères quand ils sont dans l?opposition, promettant à chaque fois ce qu?ils savent ou devraient savoir ne pouvoir honorer une fois au gouvernement. Le hic, c?est que pour se faire élire, ils sont poussés à des promesses inconvenantes par un électorat égoïste, cynique et incivique qui réclame en plus des gages personnels. Et les politiciens n?apprennent jamais la leçon : dans le cadre de la campagne de mobilisation pour le 1er Mai, un ancien ministre MMM, battu aux dernières élections, leurrait ses partisans réunis, cette semaine, en leur promettant monts et merveilles quand il sera, dit-il, ministre à nouveau?

Il ne fait pas de doute que l?ancien gouvernement MMM-MSM s?est fait battre aux dernières élections législatives autant en raison de ces vrais manquements gestionnaires qu?à cause de la critique injuste de ses prétendus échecs par une opposition outrageusement démagogique. Aujourd?hui au pouvoir, l?Alliance sociale voit son soutien populaire s?effriter lorsqu?elle se heurte aux mêmes problèmes qui ont provoqué exactement les mêmes insatisfactions sociales. Prenons l?exemple de l?augmentation des prix et de la protection du pouvoir d?achat : l?Alliance sociale en avait fait son miel électoral, critiquant vertement l?incapacité du gouvernement d?alors de contrôler les prix. Elle fait aujourd?hui l?expérience de la même impuissance. Il n?y a que Jeetah qui croit encore qu?il peut maîtriser l?inflation importée.

Pour faire face aux nouvelles réalités électorales dont ils pensent qu?elles pourraient perdurer, les dirigeants du Parti travailliste ont donc commencé à réfléchir sur la prochaine configuration électorale. Je crois que leurs options sont nettes : le premier choix de Navin Ramgoolam est d?aller aux prochaines élections à la tête de la même alliance. Ce ne sera envisageable, toutefois, que si la pénible restructuration économique en cours porte des fruits extrêmement généreux. Et par conséquent, une large satisfaction électorale. Même les plus optimistes des travaillistes ne croient pas vraiment à un tel scénario. Le plus grand nombre estime prudent d?envisager un nouveau partenaire d?appoint susceptible de suppléer à l?effritement électoral inévitable au bout de cinq années de gouvernance incohérente. La seule question qui demeure est celle du choix de cet éventuel partenaire. Je suis persuadé que MMM et MSM sont disponibles, en dépit de tout ce qu?ils prétendent actuellement. Il faut se méfier davantage quand les partis se critiquent violemment. Plus ils s?insultent en public, plus ils magouillent en privé.

Le point de départ de cette réflexion est le constat que ces deux principaux partis de l?opposition seront incapables de concilier les ambitions conflictuelles de leurs leaders, alors même que personne ne peut gagner seul. S?ils arrivent à s?entendre, ma thèse tombera à l?eau. Pour l?heure, je ne vois vraiment pas comment rapprocher les prétentions des deux leaders premierministrables. Sur la base de sa force électorale, Paul Bérenger ne peut pas se résoudre à laisser à Pravind Jugnauth, comme il l?exige, un pouvoir sans partage. Bérenger insistera, légitimement, pour un équilibre qui tient compte de l?apport dominant du MMM dans tout arrangement. En cas d?alternance, il cherchera à installer le MMM à la tête du gouvernement. Sans exclure, une nouvelle fois, un découpage du mandat. Je dis le MMM car je sens un Bérenger blessé, prêt à céder, personnellement, après le traumatisme de la dernière campagne électorale. Mais si c?est pour être le vice-Premier ministre de Pravind Jugnauth un mandat durant, je suis certain que le leader du MMM préférera devenir celui de Navin Ramgoolam. Marke garde !

Pravind Jugnauth croit, lui, pouvoir encore faire courber Bérenger et être intronisé Premier ministre unique d?un éventuel front de l?opposition. C?est son premier choix. Il s?appuie sur les outrances racistes de la dernière campagne électorale pour disqualifier Bérenger. Mais si les deux partis n?arrivent pas à trouver un accord ? ce qui devient encore plus compliqué avec l?épine Ashock ? je le vois aisément s?installer aux côtés de Ramgoolam. Vice-Premier ministre de Navin Ramgoolam, c?est mieux qu?une nouvelle cure d?opposition.

Si Ramgoolam est dans l?obligation d?exercer ses options, il se heurtera à deux tendances au sein de son parti. Il est évident que ses élus des régions rurales chercheront à privilégier une alliance avec le MSM tandis que ceux des régions urbaines souhaiteront le soutien du MMM.

Je crois que la tendance pro-MMM l?emportera.

Voilà à quoi pensent vraiment les responsables politiques. Les électeurs ont quand même le droit de le savoir, en particulier ceux qui assisteront aux meetings du 1er Mai. Pour ne pas être complètement idiots !

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