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Pensée unique ?
Rien que l?expression déjà pose une énigme : à quoi peut ressembler une pensée humaine qui serait une et indiscutable ? Nous vivons des temps étranges. Alors que l?Humanité n?a jamais été aussi diversifiée, complexe, aléatoire, « On » voudrait nous imposer, à nous, habitants de cette planète, sollicitée par de multiples interrogations, débats de toutes sortes, un mode d?évaluation unique, sorte de « mètre étalon » de la décision, quant à nos choix de société.
Cela a commencé avec le « politiquement correct », une sorte de nettoyage, de décoloration du vocabulaire, idée de l?Amérique puritaine et aseptisée qui a transité en Europe. Des mots sont devenus interdits d?usage ? non qu?ils fussent injurieux, mais trop exacts et précis. Ce qui a donné lieu à un charabia vague et ridicule, heureusement peu employé. Il ne suffit pas d?imposer un terme aux usagers, encore faut-il qu?il « prenne », comme on le dit d?une sauce, ou d?un plâtrage. Pour un esprit normal, que peut bien signifier « autrement capable » ? ça ressemble à un rébus à décrypter ; personne n?a jamais dit que tel ou tel handicapé était un bon à rien, (sauf un esprit malveillant) et le mot ne comporte rien d?insultant. Il a remplacé le mot « infirme » qui, lui, pouvait sembler désobligeant. On sait que ces infortunés, privés d?un sens, peuvent se montrer remarquables sur d?autres plans. Un exemple que je connais bien : j?ai, dans ma famille, une nièce qui est aveugle de naissance. Elle se soucie assez peu du qualificatif appliqué à son handicap. Elle a trente-cinq ans, est jolie fille, a une vie sentimentale. De plus, elle exerce la profession de professeur de lettres dans un lycée parisien, munie d?une agrégation. Estimée de ses élèves, qui ne voient pas en elle une « autrement capable », mais un prof comme les autres, avec quelques mérites en plus?
Cette « political correctness » a tracé le passage à un certain nombre de comportements censurés, qui déchaînent la fureur d?associations diverses qui vivent d?attaquer, de dénoncer tel ou tel manquement à cette police d?un nouveau genre. Le dernier qui fut l?objet d?un de ces procès d?infamie est le Pape Benoit XVI pour une déclaration, d?ailleurs à caractère historique, désignant une communauté religieuse. Car nos modernes censeurs ne se contentent pas de censurer le vocabulaire, ils jugent, dénoncent et refont l?Histoire à la lumière de nos informations présentes. On fait des livres d?Histoire des réquisitoires partisans, en ignorant les mentalités d?une époque. On parle de l?esclavage des Noirs, en occultant le fait qu?entre le XVe et le XVIe siècles des esclaves Blancs (et chrétiens) furent détenus par des peuples d?Orient? D?ailleurs, quand on dit « racisme », cela veut dire automatiquement « anti-Noirs », en ignorant ? ce que dénonçait récemment Alain Finkielkraut, écrivain et philosophe : l?émergence d?un racisme anti-blanc, qu?à propos des émeutes en France, Jacques Julliart dénonçait également. Il est risqué d?être différent, peut importe la couleur. On glose sur l?intolérance, mais l?intolérance n?a jamais été aussi encouragée qu?aujourd?hui, sur un certain nombre de sujets. Des éditeurs refusent de publier des auteurs pour « délits d?idées », des journalistes qui « pensent mal » se voient exclus des rédactions. Des publications remarquables sont totalement « ignorées » de la critique? Sur les campus, des pétitions contre Untel ou Unetelle se multiplient, menaçant leur gagne-pain.
Cette impérieuse inquisition a poussé à la nouvelle manie de la « repentance », obligés que nous sommes d?implorer pardon pour des péchés que nous n?avons pas commis. Jusqu?où remontera-t-on ainsi ? Nos nouveaux juges referont le procès des morts, en les extrayant et de leur histoire, et de l?air du temps d?une époque? Et ça ne fera rire personne ! Comme l?écrivait récemment Jean-François Kahn, on banalise le lynchage médiatique.
Toutes ces nouvelles censures sont les produits de la pensée unique, réglée en grande partie, sur les préceptes moraux américains. On sait bien par où commence tout totalitarisme ? l?Histoire nous en a cruellement instruits ? cela commence par l?interdiction d?agir (librement) et finit par l?interdiction de penser (librement). Commence alors le règne des automates terrorisés, abrutis, voués à une mort lente.
On me dira que j?exagère, que l?on n?en est pas là, etc. Certes. Mais notre monde va de plus en plus vite. En moins d?une décennie les dictateurs ont pu procéder au « décervelage » de peuples aussi intelligents et cultivés que l?Allemagne, la Russie, la Chine. L?homme de nos temps est-il plus résistant ? Certainement pas.
Seuls la volonté, le courage, étayés par l?information vraie, nous donnent de quoi résister aux systèmes en place. En maints domaines, s?installe ce constat que faisait récemment A. de Benoist : « Il n?y a plus d?idées justes ou fausses, mais des idées conformes, en résonance avec l?esprit du temps, et des idées non conformes, dénoncées comme intolérables. »
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