Publicité

R. Mohith et 20 ans de ?Filmco?

26 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Quittons pour un temps le cinéma politicard à Maurice et parfois même d?horreur, pour parler de la véritable industrie cinématographique ou plus modestement de l?exploitation des salles de cinéma. Notre interlocuteur est M. Rajendrachund Mohith qui fête, en mars 1982, les 20 ans de son entreprise, ?Filmco?. C?est la moindre des choses qu?un des plus éminents habitants de L?Avenir nous parle de celui de son entreprise.

Il crée cette compagnie au début des années 1960 et elle commence à opérer en 1962. Les salles de cinéma sont jusque-là dominées par l?exploitation des films occidentaux. Il faut donc frayer un chemin à la diffusion des films en hindi. Les Mohith commencent par ouvrir une salle de cinéma à Saint-Pierre, le ?Naaz?. Ils bénéficient ensuite de l?aide de M. Ramburrun de Lallmatie. Ils y ouvrent une salle de cinéma qui s?appellera d?abord le ?New Delhi? pour ensuite changer de nom et devenir, de façon plus

shakespearienne, le ?Globe?. Ils s?associent ensuite à l??Anand? des Sewraz à Triolet et au ?Baroda? des Virahsawmy à la Rivière-du-Rempart. En mars 1982, la compagnie ?Filmco? peut compter sur la précieuse contribution d?une vingtaine de salles de cinéma. ?Filmco? a aussi des intérêts dans ?BDC? (Q. Bornes), ?Lotus?, ?Lido? et ?Opéra? (salle incendiée depuis).

Le cinéma indien Mala, Sadhana, Meena Kumari, Hema Malini. Les Mohith ne se découragent donc pas. Ils existe à Maurice avant les années 1950. Les conditions d?exploitation des films indiens ne sont pourtant pas les meilleures. Les contrats de location et de diffusion comportent de nombreuses lacunes, causes de bien de malentendus. Les Mohith sentent cependant qu?il y aura une demande grandissante pour aller admirer les Raj Kapoor, les Dilip Kumar, les Sunil Dutt, les Dharmendra, les Ashok Kumar et autres Shami Kapoor. Les actrices ne sont pas moins attirantes et mobilisatrices. Les plus connues se nomment Vijayanti savent que la vogue pour les films en hindoustani est sur une rampe de lancement. Elle ne peut que décoller.

Le goût de la clientèle change pourtant. Graduellement mais aussi spectaculairement. Au départ, ce sont les films religieux qui attirent les plus grandes foules. Rajendrachund Mohith se souvient plus particulièrement de ?Maha Bharat?, ?Hari Darshan?, ?Sant Gyaneshwar?. Depuis, l?engouement des cinéphiles pour les films romantiques, les comédies musicales, les films policiers et d?action, augmente sans cesse au détriment de celui pour les films religieux.

Déjà en 1982 et même au niveau des films en hindoustani, les effets négatifs de la vidéocassette sur l?exploitation des salles de cinéma se font sentir. Le nombre de cinéphiles diminue de mois en mois. Plus besoin de se déplacer ni de payer la place de tous les membres d?une famille. Il suffit de louer une cassette à Rs 10 l?unité et on peut la voir et même la revoir à plusieurs reprises. La qualité de l?image laisse à désirer mais les péripéties rebondissantes de la romance ne s?émoussent guère. Autre avantage, les vidéocassettes, enregistrées souvent illégalement ? on ne parle pas encore de piratage ? mettent à la disposition des vidéophiles des films qui viennent de sortir et que les salles de cinéma mauriciennes ne recevront que dans des mois, sinon des années. Les vidéoclubs poussent comme des champignons pourtant la Banque de Maurice n?accorde aucun permis d?importation pour des vidéocassettes. C?est dire que les valises de bon nombre de voyageurs sont bourrées de cassettes qui entrent ainsi illégalement dans le pays, au nez et à la barbe des autorités douanières, policières et gouvernementales. Vishnu Lutchmeenaraidoo, ministre des Finances de son état, sera le premier à reconnaître qu?il ne sert à rien de ramer à contre-courant. Il permettra donc aux Mauriciens d?acheter hors taxe les magnétoscopes de leurs rêves, au lieu de prendre l?avion pour aller les acheter à Singapour. Au cinéma donc, les restrictions, les difficultés administratives de toutes sortes, les ?stamp duties?, les droits de douane, la censure, l??Entertainment Tax?, l?impôt sur les revenus, le charcutage insensé et pudibond des films et à la vidéo le droit d?opérer en toute illégalité et en toute impunité, le permis de pirater à outrance, de faire fi des droits d?auteurs. Même la fermeture de l?Allied Cinema, à la blancheur politiquement incorrecte, ne permettra pas aux salles de cinéma de lutter à armes égales avec les vidéoclubs qui sont, pour les salles de cinéma, ce que sont les marchands ambulants pour les propriétaires de magasins, ayant pignon sur rue.

Publicité