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« Charity Business » dans la capitale

18 février 2007, 00:00

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Donner des sous à un mendiant, est-ce éthiquement acceptable ou pas ? Devant la précarité et la triste mine qu?affichent certains d?entre eux, quelques pièces de monnaie se font tout à coup lourdes dans la poche pour beaucoup de gens. Mais aide-t-on vraiment ces gens en répondant à leur main tendue ? Il faut croire que ce geste de bonté est trop bien perçu par ces gens nécessiteux, car ils sont de plus en plus nombreux dans les rues à mendier aujourd?hui, devenant même agressifs face à des refus ou l?indifférence de certains.

Depuis quelque temps, il est courant pour tout automobiliste coincé dans les embouteillages à la hauteur de la rade de Port-Louis de se faire aborder par des mendiants, qui se baladent sur le terre-plein entre les voies. Mais aujourd?hui, devant le refus de certains automobilistes, quelques mendiants se montrent insistants, au point de frapper sur les vitres des voitures. Une scène courante dans beaucoup de pays tiers-mondistes, et aujourd?hui dans notre pays.

Les plaintes concernant ces individus tenaces sont légion dans les postes de police de la capitale. Langage ordurier, menaces physiques ou armes blanches tirées, certains d?entre eux n?apprécient pas l?indifférence des passants.

Et pour cause, cette pratique leur est très profitable : quelques-uns se feraient entre Rs 500 et Rs 1 000 par jour. Tendre la main sur le trottoir n?est plus un acte réducteur, mais représente aujourd?hui tout un business lucratif. Et des mendiants ont su cultiver l?art d?abuser de la sensibilité des âmes charitables.

Faire participer leur progéniture

Pour s?attirer la sympathie des passants et principalement des touristes, certains de ces individus n?hésitent pas à faire participer leur progéniture, quitte à ce qu?ils mendient toute la journée dans la rue. Déscolarisés, ces enfants s?enfoncent peu à peu dans la mendicité et deviennent, sans le savoir, des sources de revenus pour leurs parents.

Sanjay, chauffeur de taxi, qui travaille quotidiennement à proximité du passage souterrain qui mène vers le Caudan, témoigne : « Cette femme s?installe tous les matins vers 10 heures au pied des marches du passage souterrain avec son enfant de sept ans et elle ne s?en va que vers 14 ou 15 heures. »

Tout comme des commerçants qui opèrent dans la rue adjacente, Sanjay s?indigne de la présence de cet enfant en bas âge, assis à même le trottoir à longueur de journée. Selon ses dires, la mère obligerait son fils à tenir à bout de bras un gobelet et à demander l?aumône auprès des touristes de passage. Pour attirer davantage l?attention, explique-t-il, la mère n?hésite parfois pas à gifler l?enfant pour le faire pleurer. Une méthode contestable qui a pour but de tirer sur la corde sensible des passants.

Des gens sans scrupule

« Il est clair que cette femme n?utilise pas l?argent qu?elle gagne pour subvenir aux besoins de son enfant. C?est tout simplement inacceptable qu?un petit puisse être traité de la sorte en public sans que personne n?intervienne pour le retirer de cette situation », lâche Sanjay, en jetant des regards en coin à ce dernier, assis aux côtés de sa mère. Cette situation, pourtant au vu et au su de tout le monde, ne semble pas avoir alerté les services du ministère de la Femme ou encore les autorités policières.

Mais loin de ces mendiants classiques qui sont connus pour occuper certains coins spécifiques de la capitale, d?autres ont découvert de « nouvelles » filières. Des pratiques, jadis courantes parmi nombre de quêteurs légaux, ont aujourd?hui ouvert la voie à des gens sans scrupule. Ainsi, certains marchands ambulants délaissent leurs produits qui ne trouvent pas preneurs pour tendre la main et obtenir quelques roupies. Une solution pour se faire plus facilement de l?argent.

Articulant à peine ses mots et traînant chacun de ses pas sur le plancher de l?autobus, Bruno, la trentaine, se présente en enlevant sa casquette. Laissant voir ostensiblement la cicatrice qu?il porte sur le crâne, il évite de trop montrer sa carte d?identité et la fiche ? photocopiée ? d?attestation de quêteur. Les passagers ne prêtent même plus attention à ces mendiants dans les autobus individuels, mais ceux qui ont l?âme charitable mettent tout de suite des sous de côté, attendant le passage de l?homme.

Une présence pas toujours commode

À sa descente du véhicule quelques minutes après sous les insultes copieuses des chauffeurs et des receveurs d?autobus, l?homme s?installe sur les bancs d?un abribus, pour réclamer une cigarette à un passager, en attente du prochain transport. C?est là, pris de court par des questions, qu?il s?ouvre finalement. Il se serait fait opérer pour des « douler la tet ». Depuis, il ne peut plus travailler et compte sur « la bonté » des gens pour se faire un peu d?argent. Il aurait, selon ses dires, une vieille mère et des frères et s?urs à charge.

Originaire de Sainte-Croix, ce jeune homme évite de croiser les regards et ne relève pas la tête quand il parle. Gêne, timidité ou culpabilité, ses émotions sont à peine lisibles. Il élude la question portant sur son autorisation de quête, en répétant sans cesse qu?il est malade et que sa tête lui fait souffrir.

Finalement, face à la proposition d?intégrer une paroisse de son quartier ou une ONG, il répondra : « Gaign plis kass isi misie. » Se relevant péniblement, il se faufile entre les véhicules crasseux pour disparaître dans la foule de la gare Victoria.

Authentiques ou faussaires, le chef de gare en poste a ses propres idées sur les quêteurs. « La plupart de ces gens sont des escrocs. Ils nous importunent, mais ce sont surtout les passagers qui en font les frais. Imaginez-vous, il y en a qui se font environ Rs 700 par jour avec ce business », lâche l?homme, qui a toutefois souhaité garder l?anonymat. Ce montant est connu des receveurs et chefs de gare, car à la fin de quelques quêtes, ces mendiants se tournent vers eux pour échanger leur monnaie contre des billets. « Mazine ou, si enn fer Rs 50 par bus, komie bus ena dan sa lagar la ? », ajoute un receveur.

Mais la présence de ces individus autour, à la gare, n?est pas toujours commode. « Zot mars ar cutter », poursuit le receveur. « Il nous est déjà arrivé d?être confronté à une personne qui nous a menacés avec une arme lorsqu?on lui a demandé d?évacuer un véhicule qui était sur le point de démarrer », explique un chef de gare.

Et la police dans tout ça ? « Dès qu?ils arrivent dans leurs véhicules, les quêteurs déguerpissent. La police a déjà procédé à plusieurs arrestations, mais c?est un business, dès que les agents s?en vont, d?autres mendiants arrivent sur les lieux », se lamente-t-il.

<B>Amrish BUCKTOWARSING et Guillaume GOUGES</B>

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