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Un meneur d?hommes hors pair : Michaël Leal

11 février 2007, 20:00

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A cceptant de diriger, la Development Works Corporation (DWC) naissante, en janvier 1971, Michaël Leal apportera au nouvel organisme parapublic ses innombrables qualités d?entrepreneur, d?homme d?action, de visionnaire, de meneur d?hommes charismatique. Il sait se montrer dur et impitoyable à l?égard de ceux qui trichent, qui mentent, qui agissent sournoisement et ses visites surprises sur ses innombrables chantiers seront funestes à plus d?un. Il sait également se montrer juste et rendre à chacun selon ses mérites. Il sait surtout être un père attentionné pour chacun des hommes de la DWC qu?il considère comme ses enfants. Rien de ce qui les concerne ne saurait lui être étranger. Chaque salutation, chaque poignée de main, chaque échange de propos est un moment de vérité, une rencontre entre hommes authentiques, visant le même idéal : permettre à d?anciens travailleurs de relève assistés de retrouver leur dignité et la fierté de maîtriser un métier, une occupation professionnelle.

Les erreurs et autres faux-pas ne manquent pas, dus le plus souvent à des regrettables malentendus. Michaël Leal n?est toutefois pas homme à s?enliser stupidement dans une erreur. Quand il sait s?être trompé, il sait exprimer ses regrets, présenter ses excuses mais surtout réparer le mal fait. Il a le c?ur trop bon pour tolérer que quelqu?un quelque part puisse souffrir injustement à cause de lui. Ses hommes le savent. Cela explique la cordialité qui existe entre eux et lui. Il lui suffit d?ailleurs de tendre la main à un ouvrier pour que celui-ci soit convaincu que cette main tendue est celle d?un homme connaissant au sou près l?incommensurable valeur du travail manuel.

Michaël Leal submerge d?appels de détresse, venant de toutes parts, dans et hors de la fonction publique. Il n?est pourtant pas homme à attendre que le travail vienne à lui. Il a d?autres ambitions pour sa DWC. Il veut la lancer là où d?autres, mieux armés, mieux financés, disposant de meilleures ressources financières, hésitent, tergiversent, se cachent derrière des paravents, se dérobent. Sa DWC sera pionnière ou ne sera pas.

C?est en janvier 1971 que Michaël Leal démissionne du Parlement (laissant sa place au Dr Régis Chaperon) pour prendre la direction de la DWC. Le 12 décembre 1972, elle passe sous la tutelle du ministre de l?Emploi. Le 31 décembre de cette année, son directeur Clovis Vellin, est désigné par l?express Mauricien de l?année, désignation suivie honteusement par son limogeage (voir l?express du 9 février 2007). Au début d?octobre 1973, Robert Mc Namara, président de la Banque mondiale, se déclare favorablement impressionné par le fonctionnement et les réalisations de la DWC. Début janvier 1974, elle se lance dans le mixed farming à Dubreuil, un endroit que beaucoup de Mauriciens pensaient inhabitable. Septembre 1975, Michaël Leal motive un millier de ses hommes à aller couper la canne et aider ainsi le Sucre manquant d?ouvriers pour la moisson. Juin 1976 : abolition de la rémunération partielle en rations. Les salaires sont désormais versés en argent comme dans les autres secteurs. Janvier 1977 : la DWC s?attelle à la construction de 119 salles de classe. Juin 1977 : la DWC met 4 000 hommes à la disposition du Sucre pour la coupe de la canne. Des ministres et des secrétaires parlementaires donnent l?exemple. Août 1979 : titularisation de 5 700 journaliers de la DWC. Septembre 1979 : la DWC concurrence avec succès les entreprises de construction du secteur privé. Novembre 1979 : inauguration de la route permettant aux véhicules d?atteindre le sommet de la Montagne des Signaux. La mort l?empêchera de la faire redescendre sur l?autre versant et relier ainsi les vallées du Pouce et des Guibies. Juillet 1980 : Michaël Leal s?insurge contre Kher Jagatsingh : la DWC se sent humiliée par les allégations de ce dernier selon laquelle elle serait ?une allocation de chômage déguisée?. Juin 1981 : la DWC accepte d?embaucher 7 500 chômeurs.

On peut tout aussi bien parler, ici, des diverses expériences de la DWC dans différents secteurs dont la diversification agricole, l?aquaculture, l?élevage, la création de routes, la mise en place de nouveaux ponts. N?oublions surtout pas les tentatives rizicoles à Balaclava et ailleurs ainsi que la pépinière de plantes entre autres indigènes à Eau Bleue que Michaël Leal chérissait comme la prunelle de ses yeux.

Plutôt que de pleurnicher stérilement sur la fermeture de la DWC, ceux, qui s?opposent à celle-ci, feraient mieux de convaincre l?opinion publique que la DWC n?a pas régressé depuis la mort de son fondateur, il y a 25 ans. Qu?ils se fendent d?un bilan-appréciation s?ils s?en sont capables.

Michael Leal, c?est aussi une longue carrière politique qui le conduit d?abord au conseil municipal de BBRH puis à l?Assemblée législative, d?abord comme membre du PMSD puis comme travailliste. Avec Edgard Adolphe, il refuse de démissionner, en 1963, comme conseillers PMSD à BBRH sur l?ordre de Gaëtan Duval et de Jules Koenig. Il est membre fondateur de la Mauritius Union Assurance en 1948, de la Rose Hill Transport en 1954, de la Coopérative de Rose Hill en 1956, de La Sentinelle, propriétaire du quotidien l?express, en 1963, organismes dont il est à plusieurs reprises le président du conseil d?administration.

Il naît le 4 avril 1910, fait ses classes au collège Royal de Curepipe et débute dans la vie professionnelle à la Pharmacie Nouvelle, appartenant à son futur beau-père, M. Raoul Rochecouste, le pharmacien ayant soigné Edgar Beaubois, avant sa guérison miraculeuse devant le tombeau du Père Laval, le 17 juillet 1923. Il aide judicieusement ses fils Clency et Patrick, son beau-frère Guy Rochecouste et sa belle-s?ur Hilda Collet, à transformer la Pharmacie Nouvelle en le puissant groupe de compagnies Leal et Cie que nous connaissons tous.

Sir Seewoosagur Ramgoolam vient tout juste, au début de 1982, de renouveler son contrat à la tête de la DWC quand Michaël Leal succombe, le 9 février 1982, des séquelles d?une simple chute. Fera-t-on encore des Mauriciens de sa trempe ?

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