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Jean-Pierre Marius, à l?ombre du « vacoas »
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Jean-Pierre Marius, à l?ombre du « vacoas »
De prime abord, l?idée n?a rien d?ingénieux. Notre homme exécute les mêmes gestes que faisait sa grand-mère, il y a des années de cela. Son entreprise est issue d?un patrimoine familial, d?un savoir-faire ancestral. Il n?est pourtant pas moins fier de ce qu?il a réalisé. En 2007, il produit toujours des tentes en vacoas. Il a aussi conçu des coffrets pour le compte de L?Aventure du Sucre, des mallettes pour Recto Verso, des pochettes d?invitation pour la NPCC, des sacs pour l?UNDP.
C?est que notre interlocuteur s?obstine. Il est convaincu que les produits artisanaux aux fibres de vacoas ont un avenir tout tracé, alors que le plastique est décrié et qu?il y a un retour vers le naturel.
Qui est donc cette personne qui défie le temps, affiche une forme presque insolente quand il s?agit de sa petite entreprise ? Il s?appelle Jean-Pierre Marius et habite Vieux-Grand-Port. Il est pêcheur au lever du jour, planteur et artisan à la tombée de la nuit. Puiser dans la nature pour gagner sa vie, c?est comme cela qu?il voit les choses. Et il n?est pas du genre à se montrer dans les soirées huppées. C?est juste un homme simple qui caresse une ambition discrète, mais tenace depuis qu?il a repris le flambeau d?une entreprise de vacoas.
On l?a rencontré tout en sueur dans un champ de pandanus situé près de l?église de Notre Dame du Grand Pouvoir à Vieux-Grand-Port. Un écriteau y est planté : « Association des artisans de pandanus du sud ». Depuis deux ans, grâce au soutien du Mouvement autosuffisance alimentaire (MAA), ceux qui s?y connaissent en produits à base de vacoas se sont regroupés pour mieux s?armer contre les difficultés du marché. Ils sont une quinzaine dans cette association. Jean-Pierre fait partie des rares qui reçoivent des commandes importantes et il ne manque pas de faire appel aux autres membres pour lui donner un coup de main.
Du boulot, il y en a ! Derrière le sac en vacoas qui renferme votre déjeuner, toute une chaîne de travail est mise en place. Dans ce champ de pandanus, Jean-Pierre nous montre fièrement la trentaine de plantes qu?ils ont mises en terre, il y a un an, mais ce n?est que dans trois ans que le pandanus atteindra la maturité nécessaire pour être travaillé. « La patience est le maître-mot dans ce travail », lâche Cinderella qui travaille avec lui.
« Une matière première qui se fait de plus en plus rare »
En attendant, Jean-Pierre a planté d?autres arbres chez lui, dans des terrains vagues, une permission octroyée par le service forestier. Mais ce n?est pas suffisant. Il faut encore guetter dans la cour des gens et acheter leurs feuilles. « La difficulté dans ce métier, c?est de trouver la matière première qui se fait de plus en plus rare. » Toutefois, depuis le temps, il a établi un réseau où se fournir, à Petit-Sable, à Bois-des-Amourettes et même à Vacoas.
« Avant que notre stock ne s?épuise, on se met à la recherche du pandanus chez les gens, on négocie les prix. Une fois qu?on trouve un accord, avec ma femme Fabiola, on va couper les feuilles qu?on met en tas. Le lendemain, on prend un camion et on récupère toutes ces feuilles pour les ramener chez nous », explique notre entrepreneur-artisan. Ce n?est là que le début du maillon. Avant que les feuilles ne soient séchées au soleil, il faut, à l?aide d?un couteau, faire des lanières. Après deux jours, on peut alors les natter. Commence ensuite la transformation. Il faut faire les découpages selon les modèles que Jean-Pierre a créés, les assembler, les coudre à la main et à la machine. Ces produits sont souvent renforcés avec du carton et du tissu, il y a les boutons à insérer, le vernis à fixer?
Si ce n?est pas toujours facile, Jean-Pierre n?envisage pas de lâcher le filon. Du plus loin qu?il s?en souvienne, il avait 14 ans et aimait déjà ces feuilles de vacoas qui se métamorphosaient en tentes. Il avait tenté une première fois de faire de l?artisanat son métier, mais cela n?avait pas marché. Cela fait dix ans qu?il s?y est remis. Sa méthode a changé, il s?informe, ne cherche plus à être seul à bord, s?inspire des professionnels. Grâce à l?association, il a reçu une formation en marketing. Et tel un chef d?orchestre du vacoas, il se débrouille avec maestria. Pricilla, Cin-derella, Joséphine, Moy etc., il s?entoure des femmes de la région qui lui donnent un coup de main pour qu?il honore ses commandes.
Tantôt il réalise des profits, tantôt il accuse des pertes. Cela fait partie de l?univers de l?entrepreneuriat. Jean-Pierre accepte les enjeux et compte créer d?autres produits, viser d?autres marchés, une manière de signifier qu?il est loin d?avoir dit son dernier mot.
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