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La fin de Saddam, un trait ordinaire de l?histoire irakienne

2 janvier 2007, 20:00

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Lors que Ali Mohamed a été réveillé par des coups de feu célébrant la pendaison de Saddam Hussein, il a éprouvé de la joie et puis cet étudiant irakien de 25 ans s?est remémoré l?histoire de son pays, où bien peu de dirigeants sont morts paisiblement.

?Lorsque j?ai réalisé que Saddam avait été exécuté, j?ai été très heureux. J?ai allumé la télévision et je me suis alors souvenu que tous les présidents irakiens ont péri soit exécuté, soit assassiné. Et cela me perturbe?, dit Ali, qui vit à Diouaniya, dans le Sud chiite.

Au Moyen-Orient, le pouvoir change rarement de mains au terme d?un processus électoral. Mais en matière de violences politiques, l?Irak n?est pas loin de détenir la palme.

Ancienne partie intégrante de l?Empire ottoman, l?Etat irakien a été créé par la Grande-Bretagne après la Première Guerre mondiale et gouverné par des monarques soutenus par Londres jusqu?au coup d?Etat militaire de 1958. Le roi Fayçal II, le prince héritier Abdoulillah et le Premier ministre, Nuri al Saïd, sont alors tous trois assassinés.

L?homme du putsch, le général Abdelkrim Kassem, sera lui-même renversé et tué en 1963. Son successeur meurt dans un accident d?avion et son frère, qui le remplace, s?exile après le coup d?Etat des baassistes en 1968.

Et l?histoire se poursuit: Ahmed Hassan al Bakr, qui a démissionné en 1979 en cédant formellement la présidence à Saddam Hussein - qui exerçait déjà le pouvoir -, meurt trois ans plus tard dans des circonstances mystérieuses. Pour certains, Saddam l?a fait empoisonner.

Depuis le début de sa marche vers le pouvoir, Saddam Hussein avait acquis une connaissance intime de l?assassinat. En 1959, à vingt ans à peine, il avait ouvert le feu sur le général Kassem qui avait échappé à l?attentat.

Un ?pays maudit?

Arrivé à la tête du pays, l?ex-raïs pendu samedi avant l?aube s?était entouré de mesures de protection particulièrement élaborées. Il se servait ainsi de sosies pour échapper aux menaces potentielles pesant sur lui.

?Après 1958, 1968 et 1979, on peut ajouter à la liste 2006?, estime Toby Dodge, spécialiste de l?Irak à la Queen Mary University de Londres. ?On vient d?avoir un procès-spectaculaire de type propagande, une exécution rapide et l?affirmation que cela marque un grand tournant dans l?histoire de l?Irak?, énumère-t-il.

Asir Abdallah est un homme d?affaires. Il a 43 ans. Et se lamente. Avec ses réserves pétrolières - les troisièmes de la planète - et les deux fleuves qui irriguent ses terres, l?Irak, dit-il, devrait être un pays prospère. Mais ces richesses ont été dilapidées par la violence politique.

?Notre pays est un pays maudit, avec une Histoire maudite?, dit-il alors qu?il attend à l?aéroport de Bagdad un vol pour la Jordanie, où il vit désormais.

?C?est un pays dont les deux tiers de la population fuit à chaque changement de régime et le reste est jeté en prison, tué ou réduit à la misère.?

Aux yeux de la majorité chiite, opprimée sous Saddam, le Premier ministre Nouri al Maliki a marqué des points en faisant exécuter le président renversé par les forces américaines quatre jours seulement après la confirmation en appel de sa condamnation à mort pour le massacre de 148 Chiites en 1982.

Mais pour de nombreux sunnites, communauté à laquelle appartenait Saddam, ainsi que pour les avocats de la défense, le procès s?est déroulé dans un climat d?ingérences politiques permanentes.

La télévision publique irakienne n?a pas diffusé les images de l?instant précis où la trappe se dérobe sous les pieds de Saddam. Mais l?enregistrement circule dans son intégralité sur internet.

Et la diffusion d?une vidéo amateur des derniers instants de Saddam, sur laquelle on entend des responsables irakiens le railler alors qu?il est sur le point de mourir, pourrait attiser davantage encore les violences religieuses qui poussent l?Irak vers la guerre civile.

Pour Toby Dodge, de l?université Queen Mary, cette exécution et sa diffusion sont ?conformes à la logique brutale dont Saddam Hussein se servait lui-même?. ?On ne peut même pas parler de justice de vainqueur, mais plutôt de l?oeuvre indigne d?un gouvernement précaire?, poursuit-il.

Entre-temps, le nombre de morts parmi les civils en Irak a atteint un chiffre record, selon le ministère de l?Intérieur, et on dénombre 3 000 soldats tombés chez les américains en près de quatre ans d?occupation.

Claudia PARSONS

REACTION

Les Sunnites dans la rue

Entre deuil et rage, les sunnites sont en passe de faire de Saddam Hussein un martyr. Assommés dans un premier temps par l?annonce de l?exécution de l?ancien dictateur, ils se rassemblent désormais en foule en Irak, manifestant contre une mise à mort qu?ils assimilent à une vengeance chiite sous égide américaine et qui pourrait approfondir encore le conflit interconfessionnel. Lundi, le pays sunnite était dans la rue. A Bagdad ils étaient des centaines. Geste fort en symboles, à Samarra, la foule a investi le sanctuaire chiite cible le 22 février dernier de l?attentat qui avait déclenché l?actuelle vague de violences, enlèvements, massacres et représailles entre chiites et sunnites. Dans cette ville à majorité sunnite, les manifestants ont brisé les scellés qui ferment toujours le sanctuaire Askariya, tombeau des 10e et 11e imams chiites surmonté d?un dôme doré, qui doit être reconstruit. Jusqu?à l?exécution du raïs pourtant, la plus grande partie de la population sunnite d?Irak, minoritaire dans le pays, était discrète dans son soutien à l?insurrection, et à l?écart des violences intercommunautaires.

OCCUPATION

Attendu par les démocrates, George W. Bush doit annoncer sa nouvelle stratégie

■ Depuis une semaine, retiré dans son ranch texan, George W. Bush a élaboré sa nouvelle stratégie en Irak. Revenu à Washington, lundi 1er janvier, le président américain s?apprête à annoncer son plan, au moment où le Congrès démocrate vient de prendre ses fonctions. ?Si le président propose une escalade en Irak, je m?y opposerai, et de nombreux collègues au Congrès feront de même?, a prévenu le président de la commission des affaires étrangères du Sénat, Joseph Biden, reconnaissant tout de même que le pouvoir des démocrates, qui n?ont la majorité que d?une voix au Sénat, se limitait à exercer une ?influence?. L?opposition aux républicains compte utiliser au maximum les outils à sa disposition : Biden a prévu une dizaine d?auditions sur la guerre, dont une en présence de la secrétaire d?Etat, Condoleezza Rice, et le sénateur démocrate Carl Levin a annoncé qu?il entendait convoquer le nouveau secrétaire à la défense, Robert Gates, et d?autres responsables. Les démocrates comptent aussi peser lors de la présentation du collectif budgétaire pour financer la guerre en Irak et en Afghanistan, puis celle du prochain budget en février.Pourtant, George Bush compte annoncer une stratégie de ?victoire? en Irak. Il devrait s?adresser à la nation d?ici à la semaine prochaine, selon la BBC. Le nouveau plan de George Bush prévoit une augmentation des troupes en Irak, poursuit la chaîne anglaise. Entre 17 000 et 20 000 soldats devraient venir renforcer les 140 000 Américains déjà engagés en Irak, a annoncé en fin de semaine dernière le ?New York Times?. Certains parlent de chiffres plus élevés. La mission des renforts devrait être axée sur la sécurisation de certaines zones.

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