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Rencontre avec Manan Fakoo?

10 décembre 2006, 00:00

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Au bout du fil ce matin : « Manan Fakoo, ça ! » On pense tout d?abord à une plaisanterie. Mais la voix, tremblotante, demeure sérieuse : « Je suis souffrant? J?aimerais que vous voyiez dans quel état je suis? » Comment ? Où ? La réponse fuse, comme dans un film policier : « C?est moi qui vous rappellerai ! »

Quelques heures plus tard, Manan Fakoo reprend contact avec nous. Rendez-vous est donné sur l?autoroute. Il se pointera plus d?une demi-heure plus tard. On prend place sur la banquette arrière. Manan Fakoo, un gros bandage autour de la tête (qu?il tente de dissimuler sous une casquette), les deux mains pansées, indique la direction à prendre au chauffeur, entre deux champs de canne, vers un petit village?

La conversation commence alors que la voiture s?élance. Son débit est lent, mais il se montre volubile, comme un besoin d?extirper ses sentiments de fugitif, de plaider sa cause ? qu?il est convaincu d?être la bonne. « Vous voyez bien que je suis malade. Je ne suis pas dans un état pour faire de la prison. Je n?y survivrai pas? » Pourquoi ? « J?ai déjà fait de la prison. Et je sais à quel point cet univers est violent, dangereux. Lors d?un précédent séjour, des détenus avaient menacé de m?injecter une seringue de sang contaminé. Dans cet état physique, je ne pourrai pas me défendre. J?y laisserai ma vie? Qui prendrait alors soin de ma mère, mon épouse et mes deux enfants ? »

Mais vous avez été condamné et vous ne pouvez pas continuer à fuir la justice ? Son visage se crispe : « Je préfère mourir libre qu?entre les murs d?une prison. »

Manan Fakoo ne s?est pas seulement confié à la presse. Il a parlé ce même vendredi à un inspecteur de police (il nous donne son nom) et lui aurait clairement fait comprendre qu?il ne compte pas se rendre. « Je lui ai dit de dire aux autres policiers que s?ils me persécutent, c?est mon cadavre qu?ils auront. Ma femme et moi sommes prêts à mourir (voir hors-texte). »

Mais comment arrive-t-il à déjouer l?escouade policière mise sur pied pour le traquer afin qu?il purge sa peine de prison ? « J?utilise plusieurs cartes sim. Je suis très discret dans mes déplacements et je peux compter sur nombre de mes amis qui savent que je ne suis qu?une victime dans cette cabale contre moi. Tout le monde sait que je suis malade et ils me proposent leur aide. » Mais jusqu?à quand continuera-t-il à fuir ? « J?aimerais qu?on me donne la garantie que je n?irai pas en prison? qu?on réexaminera tout mon dossier. Je vous dis que je suis victime d?un complot politique. »

« Je suis victime »

Le terme « complot politique » lancé, Manan Fakoo commence alors une longue explication, citant à profusion les noms des politiciens proches de l?opposition qui, selon lui, auraient tout fait pour « jette moi en bas ». Il évoque aussi le propriétaire d?une discothèque avec qui il a eu des démêlés. Manifestement il a autant d?amis que d?ennemis : « C?est ainsi que vous êtes un activiste politique. »

« Tout le monde le sait que j?ai été proche des travaillistes. Je suis aujourd?hui victime d?un règlement de comptes entre politiciens. (Il cite des noms). J?ai été persécuté, jeté en prison, mais je n?ai jamais baissé les bras. J?ai toujours fait appel depuis ma condamnation en 2001. Sauf qu?entre-temps, soit en février de cette année, j?ai été sauvagement agressé par plus d?une soixantaine de nervis devant ma maison, d?où mon état. » Il soulève son t-shirt, nous montre ses cicatrices, puis il enlève ses bandages et exhibe ses doigts et articulations gonflés à notre photographe.

On lui demande alors comment en tant qu?« activiste travailliste », il réagit quand il apprend que le Premier ministre, au Parlement mardi, a affirmé qu?une « special squad » a été mise sur pied pour le traquer. « Je suis blessé par ces propos, même si je comprends la position de Navin Ramgoolam. Mais je demande qu?on m?écoute avant de me rendre. » A-t-il rencontré le chief whip ou tout autre dirigeant travailliste récemment ? « Je ne suis jamais allé rencontrer qui que ce soit, mais il se peut qu?on se soit croisé, à l?hôpital ou ailleurs? » Qui ? Manan Fakoo n?en dira pas plus.

On prend congé de lui. Et lui reprend sa route, dans la nature? en attendant un dénouement qu?il ne veut nullement brusquer. Quitte à demeurer hors-la-loi, en échappant, plus d?une fois jusqu?ici, à une armada de policiers lancés à ses trousses?

MANDAT D?ARRET DEPUIS LE 12 SEPTEMBRE

Manan Fakoo a été condamné sous trois chefs d?accusation : les deux premiers pour possession d?armes à feu et le troisième pour avoir donné des instructions pour troubler l?ordre public. Selon l?acte d?accusation, il aurait sommé le Dr Dinesh Ramjuttun de mettre fin à un meeting organisé lors de la campagne de l?élection partielle à Flacq-Bon-Accueil en 1998, faute de quoi « il y aurait des coups de feu ». Il avait été condamné à trois ans de servitude pénale. Après appel, sa peine a été ramenée à un an de prison. Toujours insatisfait, Manan Fakoo a alors tenté de faire appel devant le Privy Council. Mais sa demande d?autorisation a été rejetée par le Senior Puisne Judge, Bernard Sik Yuen. Et le 12 septembre 2006, un mandat d?arrêt a été émis contre lui. À samedi, la police était toujours à sa recherche. Répondant à la Private Notice Question, le Premier ministre affirmait que « les efforts de la police ont été vains puisque Manan Fakoo n?a pas encore été appréhendé par l?escouade spéciale ». Navin Ramgoolam a aussi exigé des explications sur cette affaire au commissaire de police.

SON EPOUSE ENTAME UNE GREVE DE LA FAIM

Sangeeta a 35 ans et elle est mariée à Manan Fakoo depuis 19 ans. De cette union sont nés une fille, 17 ans, et un fils, 15 ans. À partir de demain, Sangeeta annonce « une grève de la faim ». Elle veut que ses démarches pour que son époux soit gracié aboutissent. « Il est très malade. Ce n?est pas les certificats médicaux pour attester qu?il ne peut être incarcéré qui manquent ? Elle nous présente plusieurs certificats médicaux [?] Vous voyez, Manan ne survivra pas? Il faut que les autorités comprennent que je ne demande pas qu?on contourne la loi, mais seulement qu?on considère à nouveau son état physique avant qu?on ne le jette en prison. »

Dans la maison familiale des Fakoo, à Beau-Bassin, c?est la mère de Manan qui accueille les visiteurs. À 68 ans, elle est toujours en quête des nouvelles de son fils : « Ou conné akot li été ? Eski li bien ? » Quand on lui demande si son fils a toujours été turbulent, elle répond : « So caractère chaud, mais li enn bon garçon? »

Elle dit qu?elle est trop vieille pour une grève de la faim, mais elle soutiendra sa belle-fille Sangeeta. « Mo espéré ki banne dimoune comprend nou? »

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