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Transport de colère : l’UBS paralyse P.-Louis

22 novembre 2006, 20:00

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Il n’y a pas comme nos réminiscences quotidiennes pour mesurer le progrès (ou la régression) nous séparant de 1981, année qui nous est antérieure d’un quart de siècle. Aujourd’hui, il suffit d’un rien pour provoquer des embouteillages s’étalant sur plusieurs kilomètres de long, dans une île faisant environ 75 kilomètres de long sur une soixantaine de large. Le moteur d’un poids lourd calant sur la montée des Hussards, une cargaison de macadams s’étalant par bâbord, un accrochage métallique froissant deux chauffeurs grincheux, un policier déréglant la circulation routière de peur de rater l’envolée d’une grosse légume à bord d’une Aston Martin, des feux de signalisation restant au rouge pour mieux boycotter le MR de Maurice et de Rodrigues, autant de grains de sable, pouvant nous rappeler à tout instant que le gouvernement du zanzman est tout autant incompétent que le précédent en matière de règlement instantané de problèmes chroniques.

A la fin de novembre 1981, on chercherait en vain le mot “embouteillage” dans les colonnes hospitalières de nos journaux, déjà taxés d’irresponsabilité et de prostitution. L’autoroute intra-urbaine et les rues portlouisiennes sont seulement encombrées.

Des préposés peuvent encore surveiller les parkings réservés (permit holder) jusqu’à l’arrivée automobile de leur patron sur les coups de 10 heures. Pour créer un embouteillage adéquat, il faut la mobilisation d’un nombre encombrant de poids lourds. Comment organiser une telle mobilisation automobile ? Il suffit de privilégier l’une ou l’autre compagnie d’autobus, aux dépens d’une ou de plusieurs autres jusqu’à ce que, de guerre lasse, les compagnies ainsi victimisées montent au créneau et obstruent les principales artères de la capitale, avec leurs véhicules, ceux privés de fitness de préférence.

Cette recette est mise en application avec succès par le gouvernement Ramgoolam, à la fin de novembre 1981. Le dernier mardi de ce mois, journée éminemment parlementaire, encore que notre Assemblée législative ne siège pas pour cause de vacances parlementaires prolongées, pour cause d’urgente nécessité de profiter au maximum des dernières opportunités de voyager en avion aux frais de la princesse, avant l’inéluctable changement de régime.

Pour provoquer l’embouteillage monstre des rues portlouisiennes par les autobus de la United Bus Service, le gouvernement Ramgoolam multiplie les attentions, largesses et autres amabilités en faveur de la CNT et de l’éphémère compagnie Pillay Express, ayant plus ou moins repris les activités de la défunte Moka Flacq Transport. Comment mieux entraver le bon fonctionnement d’une UBS, jugée trop favorable à l’UBIW de Paul Bérenger, sinon en permettant aux véhicules de la CNT et de Pillay Express de braconner les usagers du transport en commun sur les lignes qui lui sont traditionnellement réservées, entre Curepipe et Port Louis ?

La patience de la UBS résiste jusqu’au 24 novembre 1981. Mais trop c’est trop et, en ce jour fatidique, des autobus de cette compagnie prennent position et possession des principaux carrefours portlouisiens. Une demi-douzaine, campant devant notre Hôtel du Gouvernement, suffit à bloquer notre Place d’Armes et l’accès à la rue Royale et à la Chaussée et à transformer en impasse la rue de l’Intendance. D’autres bloquent les petites entrées et grandes sorties de nos casernes centrales, pour le plus grand plaisir de nos pandores, ainsi privés du devoir d’aller porter secours aux citoyens, devant se fier aux policiers pas forcément policés pour faire régner l’ordre et la paix publique, comme au gouvernement en place car ne pouvant aller ailleurs.

Encore plus astucieusement, un autobus, toujours de l’UBS, se met en travers de la route Royale, à Cité Vallijee, juste en face du garage-mère de sa compagnie, bloquant du même la circulation entre Bell Village et GRNO. Une timide tentative des autorités gouvernementales, pour dévier la circulation de la route Royale vers l’autoroute intra-urbaine, entraîne l’embouteillage systématique de celle-ci, toujours par les autobus de l’UBS.

Du coup les autobus embouteilleurs condamnent à la paralysie les autobus non embouteilleurs, rendant difficile et malaisée la tâche de braves policiers, chargés de verbaliser les véhicules embouteilleurs, sans ajouter un stress additionnel aux poids lourds ne pouvant ni avance ni reculer ni encore moins se déplacer latéralement, en leur imputant, à tort, des velléités d’embouteillage.

Les automobilistes, pris dans le filet des autobus embouteilleurs, ne tardent pas à donner, sinon de la voix, du moins du... klaxon. Nos braves pandores se démènent pour décourager les plus excédés d’entre eux de laisser là leur voiture paralysée et de poursuivre leur route à pied.

Les badauds sont à la fête. D’autant plus que des pandores veulent déplacer manu militari des autobus exerçant leur droit d’expression et manifestant leur liberté d’opinion.

Le mouvement prend fin vers les 14 heures quand le ministre des Transports, Me Bus...sier (cela ne s’invente pas) promet de se pencher sur la question. Aurait-il fait la même promesse, en se levant de bon matin, que les Portlouisiens auraient été privés du spectacle amusant d’une prise du Port Louis par des autobus de l’UBS, cafouillage désopilant digne des meilleurs films de Jacques Tati, revus et corrigés par Charlie Chaplin.

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