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“L’industrie du bâtiment aura besoin de plus de 5 000 ouvriers additionnels

22 novembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Quels sont les signes annonciateurs de ce boom dans le secteur du bâtiment ? </B>

Il y a effectivement un boom dans l’industrie de la construction. Nous constatons que de plus en plus les clients nous sollicitent pour des projets dans le tourisme, dans les activités commerciales et dans le développement immobilier.

L’industrie du tourisme tire en grande partie ce regain d’animation dans le secteur du bâtiment. C’est le résultat des réformes appliquées par le gouvernement pour relancer ce secteur d’activités mais aussi pour attirer plus d’investissements étrangers.

L’investissement étranger est en croissance. De gros chantiers sont financés par des étrangers et nous travaillons actuellement beaucoup pour eux. Les investissements privés sont destinés principalement dans les integrated resort schemes (IRS) et dans d’autres projets hôteliers. Il y a, d’autre part, un intérêt grandissant de la part des promoteurs mauriciens pour le développement foncier et immobilier.

● <B>Estimez-vous que cette dynamique va se maintenir ? </B>

Maurice est en train de retrouver un certain dynamisme au niveau des affaires. Il y a un regain d’optimisme par rapport aux années précédentes qui ont été marquées par une certaine morosité. Il y a en tout cas beaucoup de belles perspectives dans le bâtiment.

Nous sommes en train de cibler les clientèles haut de gamme. Les promoteurs proposent des résidences et des morcellements de grand luxe à leurs clients. à Trianon, par exemple, l’on vient de réaliser un excellent projet de morcellement de luxe destiné à une clientèle haut de gamme. Il y a d’autres initiatives similaires ailleurs sur l’île.

Le gouvernement devra, à mon avis, songer à promouvoir des développements du type IRS dans les villes également. Avec les réformes économiques qui se mettent en place et avec la politique d’ouverture qui est appliquée, il faut prévoir un grand nombre d’étrangers qui viendront à Maurice pour travailler et faire du business. Il faut pouvoir leur offrir un certain cadre de vie en ville pour les encourager à venir s’installer chez nous.

<I>“Je constate que l’état s’intéresse aux développements type private-public partnership (PPP) comme cela se fait en Angleterre, à Singapour et en Irlande.” </I>

● <B>Qu’est-ce qui stimule cet intérêt pour le développement foncier et immobilier à Maurice ? </B>

Il y a beaucoup de terres agricoles qui sont actuellement libérés à des fins de développement foncier dans le cadre de la réforme de l’industrie sucrière. Je constate aussi que les prix n’augmentent pas comme c’était le cas dans le passé. Cela encourage les gens à acheter des terres.

Il y a beaucoup de familles appartenant à la classe moyenne qui achètent des terres. Les Mauriciens ont cette culture d’investir dans les biens fonciers dans le but d’assurer l’avenir de leurs enfants.

● Il y a un net recul de l’investissement du gouvernement dans les grands travaux publics. Cela ne risque-t-il pas d’entraver la croissance du secteur ?</B>

Le gouvernement a revu ses priorités en fonction de ses contraintes budgétaires. L’investissement public a diminué en conséquence. Le gouvernement adopte une nouvelle stratégie d’investissement. Je constate que l’état s’intéresse aux développements type private-public partnership (PPP) comme cela se fait en Angleterre, à Singapour et en Irlande.

Les initiatives de financement et d’exploitation conjointes secteur privé-secteur public pourront assurer l’activité dans les grands travaux publics.

La baisse des investissements publics dans l’infrastructure et le bâtiment est de toute façon compensée par la croissance au niveau des projets privés.

● <B>Les constructeurs sont-ils prêts à s’embarquer dans des projets PPP ? </B>

Nous le sommes. D’ailleurs, nous avons nous-mêmes formulé dans le passé plusieurs propositions dans ce sens. Malheureusement, le gouvernement est resté silencieux sur ces idées.

Il y a au fait un énorme marché pour des projets conjoints. Plusieurs opportunités existent, tels les stades, les hôpitaux et d’autres infrastructures. Les PPP sont au fait une formule win-win pour toutes les parties en présence.

Les PPP protègent l’état contre de mauvais investissements. Un opérateur privé ne va pas investir son argent s’il ne se retrouve pas à la fin de la journée. Cela encouragera le gouvernement à identifier des initiatives rentables.

La participation d’un opérateur privé dans un projet public favorisera une meilleure exploitation de l’infrastructure en question. Par exemple, la plupart des stades à Maurice sont fermés au public à partir de 18 heures. Si un opérateur privé s’en charge, il s’assurera que le stade soit opérationnel au moins 18 heures par jour. Ce qui assurera une meilleure rentabilité de cette facilité sportive.

● <B>Dans quelle mesure le manque de main-d’oeuvre est-il un problème pour le secteur ?</B>

C’est au fait un gros problème pour l’industrie.

Il faut que les autorités trouvent le moyen de puiser d’un pool de chômeurs en vue d’alimenter ce secteur en main-d’œuvre. Avec le boom qu’on connaît, il faut anticiper des sérieuses difficultés à l’avenir. Les clients imposent des délais courts et nous sommes obligés de les respecter.

Nous devons travailler les week-ends et faire des heures supplémentaires afin de pouvoir compléter les travaux à temps. La main-d’œuvre locale n’est pas encore habituée à travailler à ce rythme. L’absentéisme est aussi un gros problème dans ce secteur.

Ces facteurs nous poussent à rechercher des ouvriers étrangers. Ces derniers viennent à Maurice pour travailler et ils sont disposés à y consacrer le maximum d’efforts pour se faire de l’argent. Cette attitude nous est également très bénéfique dans la mesure où elle nous permet de réaliser nos contrats dans les temps.

Nous avons un gros déficit de main-d’œuvre.

L’industrie du bâtiment aura besoin de plus de 5 000 ouvriers additionnels.

● Les ouvriers mauriciens disent que les compagnies de construction préfèrent la main-d’œuvre étrangère parce qu’elles ne veulent pas payer le taux réclamé par les ouvriers locaux…</B>

C’est totalement faux. Un maçon gagne plus de Rs 500 par journée. S’il travaille à la pièce ou fait des heures supplémentaires, il peut même obtenir jusqu’à Rs 1 000 en une journée. C’est le taux du marché. Malgré cela nous n’arrivons pas à trouver des ouvriers en nombre suffisant. à part le manque d’effectifs, nous faisons aussi face à un problème d’absentéisme. Certains travailleurs profitent de la situation du marché pour se comporter de manière peu responsable. Ils s’absentent souvent sans aucune raison valable. Ils savent que la demande pour la main-d’œuvre dans le bâtiment est élevée, et ils en profitent pour faire la pluie et le beau temps. Cela nous coûte cher dans la mesure où nous éprouvons des difficultés pour compléter nos travaux à temps.

● <B>Votre société a connu une progression rapide. Pensez-vous qu’il y a de la place pour des compagnies de petite et de moyenne tailles ?</B>

Je fais un appel à tous les petits constructeurs à s’engager plus activement dans leurs activités et à investir dans les nouveaux équipements. C’est ce que nous avons fait. Nous avons investi dans des grues et d’autres équipements. Nous avons aussi mécanisé plusieurs opérations en raison du problème de main-d’œuvre.

Si les autres opérateurs ne suivent pas le pas, des groupes étrangers viendront s’installer à Maurice et vont nous livrer une rude concurrence.

La bataille se gagne sur la qualité. Depuis notre création en 1991, nous avons fait la qualité de notre service notre priorité. De ce fait, nous avons toujours bénéficié d’une bonne publicité de bouche à oreille.

Nous avons toujours répondu à l’appel du client sur le plan de la qualité du travail et en termes de respect des délais de livraison des projets. Nous avons une équipe de 35 personnes jeunes et dynamiques et qui est totalement dédiée au service des clients locaux et étrangers.

Nous poursuivons, d’autre part, nos investissements dans les dernières technologies de construction afin de constamment améliorer le niveau de notre service.

● <B>Êtes-vous satisfait que la méritocratie prévaut sur le marché ? </B>

Si le client est satisfait de votre travail, il va revenir vers vous. Je ne pense pas qu’il va tenter sa chance ailleurs avec des soumissionnaires mois chers et qu’ils ne connaissent pas assez. Il incombe au client de choisir sur la base des critères qu’il juge appropriés.

Le gouvernement peut encourager la démocratisation de cette industrie en donnant les moyens aux petits opérateurs d’émerger. Il est grand temps de mettre en place une école de formation pour les entrepreneurs dans le bâtiment.

<I>Propos recueillis par</I> <B>Akilesh ROOPUN</B>

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