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À monde violent, littérature violentée ?
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À monde violent, littérature violentée ?
par Aline Groëme
Disons d?emblée que nous n?avons pas la réponse. Autre que celle de notre expérience de lecteur. Ces moments de solitude barricadés entre deux couvertures. En embuscade, parfois caché, pour se procurer ce plaisir solitaire qu?est lire. à l?affût de l?action. Sous le feu de la phrase bien tournée.
Devant nos yeux, des meurtres, des empoisonnements. Un mal-être suintant de tous les pores des lignes. Dit, selon celui qui tient la plume, avec une économie de mots. à monde violent, littérature violente ? Trois jours durant, ils étaient plusieurs à y réfléchir. C?était cette semaine lors de la quatrième édition de la Conférence internationale de l?écrivain organisée par le Mauritian Writers? Association. Un événement qui avait pour thème : les défis de l?auteur dans un monde violent.
Au-delà de la portée des textes, c?est le contexte qui nous interpelle. Dans quel cadre évolue l?auteur qui plaide coupable de violence ? Gratuite ou traitée avec réalisme, destructrice ou vengeresse, la violence en littérature est pour nous le pendant de la violence que subit l?écrivain dans l?exercice de ses fonctions.
Ils nous le répètent à longueur d?années. La difficulté de trouver un éditeur. La disparition des mécènes. L?impossibilité de défrayer le coût d?impression de ses écrits. Une situation qui ? selon les cas ? influe même sur la langue d?expression des auteurs. La littérature étant ainsi réduite à un calcul mathématique : j?ai plus de chance d?être lu à Maurice si j?écris en français que si j?écris en anglais. N?est-ce pas là l?une des formes de violence les plus inhumaines que de ne pouvoir écrire dans la langue de son choix ?
Et puis, il y a ceux qui persévèrent. Ceux, qui comme Shakuntala Hawoldar, présidente du Mauritian Writers? Association, qui donnent de la voix, ? même si la caisse de l?association est vide?. Cercle vicieux. Pas d?argent. Des portes à frapper. Vieux réflexe en un état-providence : se tourner vers les portes du ministère de tutelle. Lui-même frappé de manque de fonds chronique.
Quand malgré tout, l?auteur aura surmonté tous ces obstacles, ce sera sans compter les ciseaux de la censure. Monstre marin qui sort des profondeurs, à l?occasion d?un Rape of Sita, de Lindsey Collen, par exemple.
Viendra un jour, sûrement, le moment où l?auteur mourra. De préférence de mort violente. Le vrai test sera : est-ce que ses écrits continueront à enflammer nos imaginations ?
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