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Armes à feu : l?état désarmé

20 novembre 2006, 00:00

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Peut-on garder des armes chez soi pour réparation ? La question se pose après la saisie d?une quarantaine d?armes au domicile d?un habitant de Beau-Bassin, Jacques Yves David. Il avait expliqué que les propriétaires lui avaient remis ces armes pour réparation. S?il ressort que pour réparer une arme, il faut l?expédier à l?étranger, il est aussi vrai que le Firearm Act de 2006, loi votée en mars par le Parlement et promulguée peu après, prévoit des permis de gunsmith. Ce qui veut dire que contrairement à l?ancienne loi datant de 1940, des armes pourraient être réparées à Maurice. Jacques Yves David aura donc été victime de la lenteur administrative, cette partie de la loi n?ayant pas encore été appliquée.

?Un réparateur d?armes devient très vite un expert et peut fabriquer des armes?, prévient un importateur. Mais il semblerait qu?ils sont plusieurs à le faire à Maurice. ?Il est connu qu?aucun des trois principaux importateurs ne répare les armes à feu. Ils ne font même pas l?entretien et de nombreux détenteurs de permis de port d?armes s?adressent à des tiers pour la réparation. Et je peux vous dire que Jacques Yves David n?est pas le seul. Il y en a d?autres. Des policiers détenteurs de permis de port d?armes s?adressent également à ces gunsmiths pour la réparation de leurs fusils?, confie un chasseur qui a requis l?anonymat. ?Il n?y a pas que la réparation. Nous devons régulièrement réviser nos armes. Et il n?y a pas beaucoup de détenteurs d?armes à feu qui peuvent faire ces révisions.?

Cependant, l?Etat n?a pas attendu la fusillade de Petit-Verger intervenue chez les Bhugeloo pour chercher à limiter le nombre d?armes qu?un Mauricien peut détenir, soit deux fusils au maximum. Cette partie de la loi prévue dans le Firearm Act de 2006 est d?ores et déjà appliquée par le Firearm Index. ?Si tout est en règle, on peut vous donner le permis pour une arme après enquête. Nous limitons déjà les permis à deux en prévision de l?entrée en vigueur de la nouvelle loi?, déclare le préposé du Firearm Index des Casernes centrales.

Des fusils au marché noir

C?est en fait tout ce que la police arrive à faire avec la nouvelle loi. Il est vrai que le législateur prévoit que cette loi entre en vigueur petit à petit. De fait, plusieurs clauses restent difficilement applicables. Notamment en raison du manque de moyens de la police.

L?article 6 de la loi préconise que : ?An application for a Competency Certificate shall be made to the Commissioner in the prescribed form ; Subject to subsections (5) and (6), the Commissioner may issue a Competency Certificate to an applicant who (a) has successfully completed the prescribed training course and passed the tests conducted by the Commissioner regarding the safe and efficient handling of a firearm of the type in respect of which a firearm licence, or registration...? Mais la réalité est tout autre : pour mener le proficiency test prévu dans la législation, la police se trouve face à une structure inadéquate pour la formation et l?examen en question. Pire : elle ne sait même pas sous quelle forme doit se décliner ces cours de formation.

Nadal, qui cherchait du renseignements auprès du préposé de Firearm Index, la semaine dernière, l?avait interrogé pour savoir si la formation se présentait telle que celle dispensée aux chasseurs en France. Réponse : ?Venez nous voir, on partagera nos connaissances et vous nous direz comment cela se fait en France !? C?est dire l?étendue des connaissances sur le sujet !

Des tests sont toutefois obligatoires depuis longtemps pour tout détenteurs de permis de port d?armes pour l?obtention d?un gaming licence. ?Il s?agit d?une simple formalité?, soulignent des préposés au Firearm Index.

Il n?empêche que face à la difficulté d?obtenir un permis de port d?armes, certains se tournent vers des armes illégales. Importées ou de fabrication locale. Et là encore, les autorités sont dépassées.

Après avoir braqué un pistolet sur la tempe d?Anerood Jugnauth, alors Premier ministre en 1985, Sembhoo avait déclaré qu?il avait acheté son pistolet au marché noir. ?Mo ti pe rod enn revolver, mo dimande cot gagne sa, zot dir moi al sur le port pou gagner. Mo ale et mo finn aste enn avek enn marin taiwanais?, avait-il confié.

Est-il aussi facile de se procurer ces armes ? En tous cas, c?est ce qu?il laisse entrevoir. A condition qu?on a des contacts. Trois voies s?ouvrent à ceux qui considèrent cette éventualité : le vol, se tourner vers la marché noir, ou alors en fabriquer un soi-même. D?ailleurs la police en a saisi au moins quatre de fabrication locale récemment.

Et qu?en est-il des munitions ? ?Nous ne vendons des munitions qu?à ceux qui ont un permis. Le nombre et le type de balles achetées sont alors répertoriés sur le permis de port d?armes?, explique Christian Lagesse de Robert Le Maire. Ce qui n?empêche pas à certains détenteurs de refourguer une partie des munitions achetées à des tierces personnes. Difficile de contrôler, même si le nombre de balles que peut acheter un détenteur de fusil est limité. Et pour contrôler les balles utilisées, il faudrait que les policiers filent chaque chasseur. Une impossibilité.

PERMIS

Trois types de port d?armes

■ Les chasseurs détiennent en général deux types de fusils, les carabines de chasse pour le cerf et les fusils à canon lisse qui tirent des chevrotines contre les lièvres et les sangliers. Pour pouvoir obtenir un permis de carabine, il faut obtenir une attestation venant d?un propriétaire de terrain de chasse ou d?un directeur de chasse certifiant que ce dernier vous permet de chasser les cerfs sur ses terres. Cette attestation doit accompagner la demande de permis adressée au commissaire de police. Une fois ce permis obtenu, le détenteur doit passer un test oral concernant l?arme auprès du responsable de l?armurerie de la police. Pour le permis d?un fusil à canon lisse, il est nécessaire d?avoir l?attestation d?un propriétaire de champs de cannes ou de verger où l?on peut chasser des lièvres. Deuxième catégorie : les armes de poing pour l?autodéfense. Notamment des pistolets semi-automatiques de petit calibre délivrés uniquement à ceux qui peuvent prouver que leur vie est en danger ou à des commerçants qui doivent convoyer de fortes sommes d?argent. Les compagnies de sécurité et les gardiens de terrain de chasse ont, en général, des permis pour des pistolets semi-automatiques alors que les gardiens de chasse ont des permis pour des fusils.

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