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Conformisme ?

19 novembre 2006, 00:00

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«Conformiste, moi ? Allons donc !? » Il ne plaît à personne d?être catalogué conformiste. Beaucoup plus gratifiant de passer pour original, rebelle, imprévisible. Cela fait plus « artiste » d?exhiber une attitude différente du commun, affranchie de l?ordinaire. Malcolm de Chazal s?était révélé orfèvre en la matière?

Pourtant, la terminologie évolue avec le temps. Une langue vit de ses usagers, et les usagers, ceux qui la pratiquent couramment, changent eux aussi avec les années : l?évolution des m?urs et de l?instruction, les nécessités professionnelles ; et, depuis l?invasion de nos existences par les médias, les phénomènes de mode. Si l?on consulte le dictionnaire, on lira : conformisme, fait de se soumettre aux usages, aux coutumes de son milieu. Traditionalisme.

Cette définition s?applique sans doute encore dans le domaine de la famille, de la religion, des problèmes quotidiens. On agit selon des normes transmises, « parce que l?on a toujours fait comme ça? ».

Mais il convient de distinguer ce que nous faisons et ce que nous pensons. La Révolution française de 89 eut ses Nobles révolutionnaires, (le comte de Mirabeau en fut un) mais qui gardaient pour le roi le respect qui leur paraissait naturel. Plus près de nous, la révolte de mai 68 fut un mouvement bourgeois, mené par des étudiants issus de familles riches, de notables en vue, aucunement poussés par le besoin et la misère. Les révolutions ne commencent jamais par le bas. Les malheureux, les démunis talonnés par l?urgence des besoins vitaux, n?ont guère le loisir de remuer des idées.

De nos jours, en cette époque d?hyper-communication, il devient très difficile de penser par soi-même, de préserver une certaine autonomie de jugement, d?indépendance morale. Les radios, les télés imposent dans les foyers leurs analyses, leurs commentaires. Comment y échapper, si nous voulons rester informés ?

Et puis, comme chacun sait, la communication n?est pas l?information. Dans un livre exemplaire, « La Connaissance inutile », Jean-François Revel ? esprit libre de première grandeur qui vient, hélas, de nous quitter ? en fait une démonstration convaincante : ? « Ne voit-on pas le plus souvent que les moyens de communication qui cultivent l?exactitude, la compétence et l?honnêteté constituent la portion la plus restreinte de la profession, et leur audience le plus petit secteur du public ? N?y voit-on pas que les journaux, émissions, magazines ou débats télévisés, les campagnes de presse qui remuent les profondeurs et y soulèvent les lames les plus puissantes se caractérisent, sauf exception, par un contenu informatif dont la pauvreté le dispute à la fausseté ? Même ce que l?on appelle le journalisme d?investigation, loué comme exemple même du courage et de l?intransigeance, obéit dans une large mesure à des mobiles que ne dicte pas toujours le culte désintéressé de l?information? »

Ce qui revient à dire qu?il est très difficile d?être réellement informé. À cause, également, de la négligence d?un public qui se laisse abreuver d?approximations tendancieuses. On peut suggérer quelques moyens d?y voir plus clair. D?abord, se méfier. De ce qui se dit, se colporte, se repère. La rumeur ne constitue pas une information. Churchill disait : « Un chameau, c?est un cheval dessiné par un comité. » De là, on imagine ce que devient le cheval décrit par une foule. La lumière ne jaillit pas forcément de la discussion. Il en jaillit plus probablement le sujet de la discussion prochaine.

Ensuite, se renseigner à des sources différentes, voire divergentes? Ce n?est pas l?impression d?un texte qui fait sa véracité. Chacun défend sa boutique. C?est ainsi que J-F. Revel, à force de polémiquer avec la Gauche, en justifiant ses critiques, s?était créé, sur son bord des ennemis pugnaces?

Enfin, et c?est peut-être le moins facile, se garder d?emboîter le pas aux réflexes du plus grand nombre, de suivre les marottes, les tics, les réactions mécanisées de son époque. On sait à quel point le recul de l?Histoire, le dépouillement des archives permettent de corriger de grossières erreurs défendues durant des années. Parfois même, l?imposture se détruit d?elle-même.

Dans les années 80, j?ai ainsi vu nos chers intellos du Quartier Latin, déguisés en bonshommes Mao, on en « travailleurs » du Jardin du Luxembourg, chemises de flanelle à carreaux et sabots assortis, non pas repiquer des poireaux à l?ombre de la statue de Marguerite d?Angoulême, mais mener débat avec véhémence et gravité sur l?avenir de la Révolution en marche. On était à la veille d?ovationner M. Mitterrand, grimpant solennellement les marches du Panthéon, rose rouge à la main? Moi, je revenais de Téhéran, où j?avais passé deux années au milieu d?étudiants agréables et cultivés. Mes bons collègues de la rue d?Ulm m?accueillirent comme un déporté qui venait de souffrir sous la férule du Shah d?Iran? Heureusement, disaient-ils, (sans même se renseigner auprès du témoin que j?étais) un libérateur, l?ayatollah Khomeny avait chassé l?odieux dictateur, et le peuple iranien allait enfin respirer ! Je leur répondis : « On en reparlera dans trois mois ». Sans patienter trois mois, on fut vite renseigné quant au style de « respiration » sanglante infligée à des citoyens dont le crime avait été de servir leur pays.

Chez les intoxiqués de la propagande, on trouve toujours cette crainte d?être le dernier à monter dans le train? Mais ce n?est que le train des idées qui ne les mène pas sur place. Méfions-nous des copies conformes, méfions-nous des modes du temps. Rien ne se démode comme les modes de penser d?une époque.

Michel BEDU

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