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Deenoo Shanta Ramessur, la femme et la mer
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Deenoo Shanta Ramessur, la femme et la mer
Le long des golfes clairs de Petit-Sable, elle danse au souffle du vent, se jette frénétiquement au pied des dunes de sable et berce du creux de ses vagues. Ses effluves salins ont titillé la mère qui a répondu à l?appel... de la mer.
Grande, des franges châtain en houppette, moulée dans un haut à deux tons fuschia et blanc et d?une jupe verte à fleurs, notre femme pêcheur qu?est Deenoo Shanta Ramessur arpente l?océan au lever du jour, mais aussi à la tombée de la nuit. « Mo préfère travay pou mo mem. Li dir, li demann bocou sacrifice mé ti guitte ti guitte nou arrivé dans la vie », soutient-elle.
Cette vie, justement, ne lui a pas toujours fait de cadeaux. Mais elle entend se battre pour ne pas subir les caprices de la mauvaise fortune. Car depuis l?enfance, celle-ci s?est abattue sur sa famille.
Originaire du village de Grande-Retraite, Deenoo Shanta Ramessur n?a pas droit à une scolarité. Ni ses deux s?urs cadettes. Les parents, Lallchand et Chandrowtee, sont handicapés et ne peuvent subvenir à leurs besoins. Leur maigre pension couvre à peine les frais du ménage. « Zot ti éna problème dans lipié, zotte pas ti capav marsé ni travay. Ler mo fine gagn 9 ans, papa ine dire mwa bizin ale travay », raconte-t-elle.
Ainsi, elle doit se réveiller aux aurores pour aller planter des oignons dans les cultures voisines jusqu?à 14 heures. Et ce travail lui rapportera Rs 2 par jour ! Pendant des années, Deenoo Shanta Ramessur devra durement labourer les champs. « Mo lékor ti casse cassé mais pas ti éna soi. Ti bizin travay pou aide fami », ajoute-t-elle.
À l?adolescence, Deenoo Shanta Ramessur travaille également sur les propriétés sucrières où elle effeuille les cannes et balaye les champs. Puis, à sa majorité, elle se marie et va vivre à Petit-Sable. Elle goûte bientôt aux joies de la maternité et met au monde deux fils. Hélas, son mariage ne dure pas plus de trois ans. Son époux ayant un penchant pour la bouteille. Deenoo Shanta Ramessur le quitte et épouse, en secondes noces, Manichun, un pêcheur. De cette union, naissent deux autres fils.
Dans un premier temps, elle continue à travailler aux champs puis, elle commence à s?intéresser à la pêche. « Mo bonhomme ti pé ale la peche tous les zours. Ler là mo fine décide pou ale avec li mais mo pa ti cone narnié », explique-t-elle. C?est alors que Manichun se charge de sa formation et la jette dans les filets de la pêche. Ainsi, elle apprend vite à maîtriser la canne à pêche, l?appât, l?hameçon, le filet ainsi que les autres techniques.
Sa tête est remplie d?espoir
Le couple s?active alors pour faire mordre des vielles, des lalos, des capitaines entre autres poissons à Petit-Sable, mais également dans les îles Mariannes et Phare. Certaines périodes sont creuses ! Le poisson ne mord pas ! Du coup, Manichun et Deenoo Shanta Ramessur doivent aller pêcher le matin, mais aussi en soirée et ce, jusqu?à une heure du matin. « La nuit li pli dificile, pa trouvé mais éna plis chance gagne poisson », déclare notre interlocutrice.
Et par jour, cela leur rapporte entre cinq à dix livres de poisson, que le banian passe chercher le lendemain. Mais le poisson se faisant rare dans les eaux du lagon, le couple doit aller en pleine mer pour remplir un tant soit peu son filet. Parfois à 30 mètres de profondeur et à 2 000 ou 3 000 mètres de nos côtes.
Ainsi, Deenoo Shanta Ramessur, rame avec un taon à bord de son bateau à moteur, qui porte le nom de Where Do You Go, et affronte les dangers. Car parfois, la mer se fait furie et se déchaîne sur nos pauvres pêcheurs, qui soit retournent bredouilles ou pire ne reviennent jamais !
Et pour parer à toute éventualité, Deenoo Shanta Ramessur a adhéré à une formation plus approfondie pendant huit semaines sur la pêche en haute mer. Celle-ci était dispensée au centre de pêche à Pointe-aux-Sables. « Mo pa conne lire mé mo cone débrouillé moi dans la peche. Mo bizin fer ça pou mo capav aide mo bonhomme, mé osi débatte pou mo zenfant, pou kapav asté livre ek cahier pou zotte alle lékole. Moi mo pa fine gagne sa chance la », confie-t-elle.
Cette formation lui a permis de pêcher avec des équipements modernes, d?apprendre d?autres techniques et d?utiliser des bateaux disposant de moteurs plus puissants pour Flic-en-Flac et Tamarin. Trois autres femmes ont aussi suivi le même cours. « Aster la mo coné ki équipement sékirité bizin améné, ki fer en cas panne ou catastrophe dans la mer, mo capav mette tout sa là en pratique », indique-t-elle.
Forte de sa formation, elle a obtenu un certificat la semaine dernière. Et sa tête est remplie d?espoir. Avec son époux, Deenoo Shanta Ramessur compte contracter un emprunt pour acheter un bateau avec un moteur plus performant pour s?adonner à son métier qui rime désormais avec passion.
Entre quelques tâches ménagères qu?elle accomplit rapidement avec l?aide des enfants, Deenoo Shanta Ramessur enfilera sa chemise, une jupe, un tusse, une veste et une casquette. Puis elle marchera jusqu?à la plage où l?y attend le Where Do You Go ! Et direction : haute mer, pour une nuit à attendre que les poissons veuillent bien mordre à l?hameçon !
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