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L?enfer du travail précaire
Pierre se ronge les sangs. Cela fait plusieurs semaines qu?il n?a pas travaillé et, de ce fait, n?a pas ramené grand-chose pour garnir le garde-manger. À Cité St-Malo, dit-il, plusieurs maçons comme lui, « ape dormi lakaz », faute de travail dans sa localité. C?est le drame de ceux qui exercent un métier précaire.
Manier la pelle, battre le béton, aligner les parpaings, voilà tout ce qu?il sait faire pour assurer une vie décente à ses trois enfants. Par dépit, il s?est reconverti dans la cordonnerie, un métier qu?il a appris à Maurice peu de temps après son arrivée ici. Mais il a dû se rendre à l?évidence. Il n?est pas fait pour cela. « Mo vremem pa pe ressi trouve enn lizour », soupire-t-il.
Le métier de maçon est dur, mais paie bien son homme. À Rs 450 la journée, on arrive à garder la tête hors de l?eau? Le problème, c?est que le travail se fait rare. Il lui est de plus en plus difficile de payer le loyer de sa maison de type « Firinga », acquise après de nombreux obstacles. Et la situation ne cesse d?empirer. L?aîné de la famille, qui contribuait aussi au budget familial, est maintenant cloué au lit, à la suite d?un accident de moto. « Li ti pe ed mwa lor santie. Aster dokter dir li pa pou kapav fer travay dir aster parski li finn bizin ajoute enn viss dans so lipie. Li finn affebli apre sa aksidan la. »
Alors, Pierre passe ses journées à espérer des lendemains meilleurs pour sa famille. Son rêve de gérer un jour une petite boutique ou une tabagie s?éloigne de plus en plus. Il se retrouve à la case départ après 13 ans à Maurice. Et dire qu?il avait quitté Rodrigues dans l?espoir de trouver du travail et d?assurer un avenir meilleur à ses enfants.
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