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Pauvres: Qui sont-ils ?
Plusieurs voies mènent à la pauvreté. Famille éclatée peinant à subvenir aux besoins des enfants, employé précaire qui ne travaille qu?un jour sur trois, chef de famille ne pouvant rêver de s?élever socialement en raison d?un manque d?éducation. Ou encore ancien détenu incapable de se réinsérer dans la société à cause d?un passé houleux, pêcheur souvent tributaire des caprices du temps.
Autant d?exemples qui illustrent les situations où la pauvreté devient tôt ou tard l?issue finale. En 2001-2002, il y avait 23 700 familles pauvres, selon la dernière étude sur la pauvreté du Bureau central des statistiques (BCS).
La misère humaine est multidimensionnelle. Quelle en est la ligne de dé-marcation ? À partir de quel revenu mensuel peut-on considérer qu?une famille tombe dans la catégorie des pauvres ?
Si l?on se réfère à la Banque mondiale, une personne avec moins d?un dollar par jour est jugée extrêmement pauvre (elles sont moins de 1 % à Maurice), celle avec moins de deux dollars est considérée comme pauvre. Elles sont moins de 1,5 % à tomber sous cette catégorie.
On considérait, il y a cinq ans, qu?une famille était pauvre si elle vivait avec moins de Rs 4 384 par mois, selon les chiffres du BCS. Mais de nos jours ce chiffre doit être revu à la hausse. Avec moins de Rs 7 000 par mois, une famille peut tomber dans cette catégorie, indique José Allet, Field Coordinator du Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups.
Magda Verdickt, Senior Programme Manager au Programme des Nations unies pour le développement, estime que Maurice ne possède pas une réelle ligne de pauvreté nationale.
« C?est dommage, car cela aurait aidé le gouvernement à mieux définir sa politique de l?emploi et décider ainsi d?un salaire minimum raisonnable. »
Le nombre de familles pauvres est passé, selon le Bureau central des statistiques, de 8,7 % en 1996-1997, à 7,7 %. De ces 7,7 %, 5 à 6 %, selon José Allet, vivent dans l?indigence absolue, avec Rs 700 à Rs 1 000 par mois. « Nos efforts ont payé, puisque de nombreuses familles sont passées du statut de démuni à celui de classe moyenne. Mais le pourcentage de la frange de pauvreté absolue n?a pas diminué. » Les causes de l?aggravation de cette situation : l?indifférence de la société.
« La société a beaucoup changé. Il y a une évolution des mentalités, beaucoup de rejet en raison des phénomènes liés à la drogue, la prostitution et le VIH/sida », poursuit notre interlocuteur. Aupa-ravant, une famille dans le besoin pouvait compter sur ses proches pour s?en sortir. Plus maintenant.
<B>Vivre au-dessus de ses moyens</B>
Les personnes qui vivent seules, principalement les vieux, et les familles monoparentales avec à leur charge des enfants, sont les plus vulnérables. L?étude précise aussi que les familles monoparentales avec une femme comme chef de famille sont plus à même de dégringoler.
La mort d?un conjoint, un divorce et une séparation mènent à la pauvreté. Les familles ayant comme chef de famille une personne sans éducation ont plus de risques de se retrouver dans cette catégorie.
Malgré sa situation, le pauvre vit parfois au-dessus de ses moyens. Chaî-nes satellitaires, hi-fi, appareils d?électroménager trônent dans des masures délabrées. L?achat à crédit qui offre des facilités de paiement alléchantes est un argument convaincant, quitte à devoir se séparer des objets « achetés » après quelques mois. « Certaines personnes vont s?endetter jusqu?au cou pour marier leurs enfants afin que les voisins puissent en parler. Elles ont soif de reconnaissance », affirme José Allet.
Une réduction du pourcentage de pauvres passe par plusieurs volets. Une meilleure formation des ONG pour qu?elles puissent mieux accompagner les pauvres et les canaliser vers les aides offertes par l?État comme l?Empowerment Programme, une sensibilisation de la société et l?accès à l?éducation ainsi qu?un meilleur encadrement des enfants ayant des difficultés d?apprentissage, souligne le Dr Harris Rambhujun, chargé de cours au Mauritius Institute of Education (MIE), sont nécessaires à la réduction du nombre de pauvres. La travailleuse sociale, Edwige Dukhie, estime, quant à elle, que l?État doit revoir sa politique de logement et construire des maisons adaptées aux revenus des personnes. S?acquitter de Rs 1 000 à Rs 3 000 mensuellement pour devenir propriétaire est encore au-dessus des moyens des personnes qui vivent au jour le jour.
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