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Élections américaines : Lobbies, argent et pouvoir
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Élections américaines : Lobbies, argent et pouvoir
Devenu partie intégrante de la politique américaine, le lobbying n?est jamais aussi actif qu?en période électorale, lorsque les clients des lobbyistes espèrent voir élus le plus possible de candidats réceptifs à leurs préoccupations. Le terme désigne une tentative d?influencer les autorités. Lobby ? « couloir », en anglais ? évoque le pied de grue auquel est astreint celui qui intervient auprès du décideur?
En mars 2005, 21 500 lobbyistes étaient inscrits à la Chambre des représentants. Le Center for Public Integrity estime que 22 000 entreprises ont utilisé les services de 3 500 firmes de lobbying et plus de 27 000 lobbyistes depuis 1998.
Le cabinet texan Akin, Gump, Strauss, Hauer & Felt, deuxième firme du secteur (une centaine d?avocats, plus de 6 millions de dollars de chiffre d?affaires), représente aussi bien Boeing que la tribu indienne des Wampanoag, le cinéma de Hollywood ou le pétrolier chinois CNOOC.
Mais seules deux firmes de lobbying, sur les vingt principales, se trouvent sur K Street, à Washington. Cette artère est pourtant devenue le synonyme des collusions entre le pouvoir et l?argent. La « rue K » a pâti de la publicité faite autour d?un scandale qui affecte, depuis 2005, la majorité républicaine. Il est né d?un projet qu?ont eu ses jeunes loups, notamment texans, lorsque le parti a repris en 1994, la majorité à la Chambre.
L?adjoint du speaker (président) de la Chambre, Newt Gingrich, était Tom DeLay (aujourd?hui en disgrâce), un important dirigeant de l?association évangélique Christian Coalition. Leur objectif était d?assurer une domination républicaine durable sur le Congrès. Le moyen ? Redécouper les circonscriptions afin d?assurer la « prime aux sortants » et de dégager assez d?argent pour financer leurs campagnes. Le « Projet K Street », comme le nommait DeLay, a consisté à développer les passerelles entre le personnel politique et les cercles conservateurs et à faire pression sur les firmes de lobbying pour qu?elles embauchent des républicains.
« Nous suivons le vieil adage : punissez vos ennemis, remerciez vos amis », expliquait alors l?évangéliste. Depuis, les va-et-vient entre lobbyistes et congressmen n?ont cessé d?augmenter. Il y a quinze ans, le lobbying était une activité peu flatteuse aux États-Unis. Mais durant les années de la « nouvelle économie », les élus ont été saisis par la fièvre de l?enrichissement. Depuis, de plus en plus acceptent un recrutement dans le privé.
Des crédits pour leurs clients
Les lobbyistes espèrent obtenir des changements dans la loi ou des crédits pour leurs clients. Pour cela, ils doivent approcher les législateurs, en vertu du principe « payer pour l?accès ». La plupart des associations professionnelles ont acheté des locaux près du Capitole pour que les élus puissent venir à leurs invitations. Les lobbyistes renvoient l?ascenseur par des voyages, des financements de campagne électorale, etc.
Le scandale Abramoff a cependant conduit à une tentative de réforme.
En, décembre 2005, le sénateur républicain John McCain a présenté un projet qui limitait drastiquement les cadeaux et les voyages offerts et rallongeait la période durant laquelle les anciens ministres, hauts fonctionnaires et assistants parlementaires ne peuvent pas prendre professionnellement contact avec leurs ex-collègues.
En mars, le Congrès a adopté une version minimale du projet. Les lobbyistes ont interdiction d?offrir des cadeaux aux parlementaires, mais les firmes qu?ils représentent? peuvent s?en acquitter. Les voyages tous frais payés ne sont pas prohibés, pour peu que leur financement soit pré-approuvé. Et la réforme n?a pas rehaussé l?image du Congrès.
Et malgré la réforme, le lobbying est l?un des thèmes de la campagne des élections à mi-mandat présidentiel. Les candidats se reprochent mutuellement d?être « prisonniers d?intérêts particuliers ».
À Seattle, la sénatrice sortante démocrate, Maria Cantwell, a été accusée par son adversaire d?avoir obtenu 11 millions de dollars pour les clients d?un de ses amis, à la tête d?une firme de lobbying. Plus de 300 publicités ont été tournées pour dénoncer les réceptions offertes par les lobbyistes aux candidats.
Au point que le président de la Ligue de défense des lobbyistes américains ? le « lobby des lobbies » ?, Paul Miller, a pris la mouche. Il a écrit aux responsables électoraux des deux partis : « Si vous êtes tellement convaincus que nous sommes le principal problème dans le système, alors rendez-nous l?argent ! » Personne ne l?a encore pris au mot.
@ 2 006 Le Monde (Distribué par The New York Times Syndicate)
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