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« La participation des enfants contre la violence est essentielle »

5 novembre 2006, 00:00

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Les Nations unies, l?Observatoire des enfants et l?« Ombudsperson for the Children » viennent de publier des études sur la violence à l?égard des enfants. À quoi serviront ces rapports ?

Ma première impression est que les différents partenaires et acteurs des pays du monde, de la région et de l?île Maurice, ont la cause des enfants à c?ur. Je réalise que des efforts sont faits pour s?assurer de leur protection. Les études permettent de recueillir des informations visant à identifier le mal à sa racine ? donc la source de la violence. Il incombe aussi de les communiquer et d?avertir l?opinion pour définir des actions.

Toutefois, il est primordial qu?il y ait une meilleure coordination entre l?État et les ONG, avec pour objectif l?intérêt de l?enfant. C?est la base de toutes ces études qui, à travers la collecte de données, jettent un éclairage sur les formes de violence commises à l?égard des enfants pour mieux savoir quelles mesures adopter pour y remédier. Du moment que nous en identifions le noyau, nous pouvons intervenir. Cela aide également à prévenir et à détecter les facteurs de risques de violence.

Le troisième rapport de l?« Ombudsperson for the Children » indique que 82 % des jeunes de 11 à 16 ans, disent qu?ils ont subi des mauvais traitements. Quel est votre constat de la situation ?

La violence est un phénomène global et récurrent dans le monde, mais aussi dans la région et le pays. En Zambie, par exemple, on compte plus de 1,2 million d?enfants devenus orphelins à la mort des parents et atteints du VIH, 750 000 qui errent dans les rues, 500 000 qui doivent travailler, et tant d?autres qui sont abusés sexuellement, contraints de se prostituer ou de dealer de la drogue. Autant de formes de violence.

À Maurice, il existe d?autres types d?atteintes, notamment l?automutilation, la punition corporelle et le suicide chez les plus jeunes, comme mentionné par l?Ombudsperson for the Children. À grande échelle, le constat est plus alarmant. Les raisons de ce phénomène ? Le monde est devenu plus complexe, avec des pressions économiques, sociales, familiales et financières. Ajoutez à cela de nombreux autres fléaux, comme la drogue et le sida, qui corsent les choses.

Pourquoi les enfants deviennent-ils aussi des agresseurs ?

C?est le revers de la médaille. Les enfants ont subi des violences perpétrées par des adultes, eux-mêmes frustrés par les pressions. Ces enfants vont, à leur tour, faire subir de mauvais traitements à leurs pairs. De victimes, ils deviennent des agresseurs. Une violence en entraîne une autre.

Est-ce qu?une éducation sexuelle intégrée dans le cursus scolaire peut prévenir les grossesses précoces chez les adolescentes ?

Il n?y a pas assez de dialogue, de transmission d?informations sur la reproduction. Or, si on l?introduisait dans le cursus scolaire, cela pourrait aider les jeunes filles, mais aussi les garçons, à prendre conscience des risques de grossesse juvénile. Cela peut aussi être effectué par les parents, qui doivent se faire un devoir d?en parler aux enfants. En même temps, il serait bon de changer les mentalités pour mieux encadrer les adolescentes qui se retrouvent enceintes. Par exemple, il faut leur donner la possibilité de continuer ou de reprendre leurs études et créer des instances qui peuvent s?occuper des bébés entre-temps.

Les publications favorisent un meilleur encadrement des enfants en conflit avec la loi. Comment peut-on atteindre cet objectif, alors même que, dans les foyers, tous les cas sont mélangés et les exposent davantage à la violence ?

La réhabilitation des enfants en conflit avec la loi doit être au centre des préoccupations. Le meilleur bouclier pour eux, c?est la société. La responsabilisation des enfants incombe d?abord aux parents ou aux tuteurs légaux. Si ces derniers ne peuvent l?assumer, on peut confier ces enfants à des familles d?accueil. Toutes ces parties peuvent contribuer à permettre aux enfants de surmonter les souffrances liées aux violences subies.

"De victimes, ils deviennent des agresseurs. Une violence en entraîne une autre."

Le placement en institutions réformatrices doit être fait lorsque c?est vraiment nécessaire, avec un vrai travail de réhabilitation, et non pas pour qu?ils s?enlisent davantage dans la violence en y rencontrant d?autres enfants victimes ou auteurs de méfaits. Mais ils ne doivent pas y être placés en permanence. On peut, par exemple, opter pour des établissements de transit. En Zambie, nous avons créé les Jesus Cares Ministries, où nous réhabilitons 5 000 jeunes, avec un programme adapté aux besoins spécifiques. Nous devons réaliser que chaque enfant est une personne à part entière, qui nécessite une attention particulière. Cela est d?ailleurs stipulé dans la Déclaration universelle des droits humains et la Convention des enfants.

On peut aussi travailler avec des conseillers, des psychologues. Maurice peut, en outre, adopter des mesures qui sont appliquées en Afrique, telles que des réhabilitations différentes pour les cas d?enfants en conflit avec la loi.

En Zambie, les enfants sont formés pour sensibiliser leurs pairs à leurs droits, pour combattre la violence. Comment peut-on aider petits et grands à participer à la lutte ?

La participation des enfants pour lutter contre la violence est essentielle. Il faut les encourager à parler, à créer des espaces pouvant les aider à s?exprimer. Aux Comores, des services d?écoute pour les enfants victimes de maltraitance ont été lancés. De telles structures libèrent la parole. En même temps, il faut que les adultes apprennent à écouter les enfants. Pourquoi ne pas leur consacrer des rubriques médiatiques où ils pourraient parler ? Les enfants savent ce qu?ils veulent. Il faut qu?ils puissent le formuler. Bien entendu, les adultes doivent les aiguiller.

Plusieurs éléments doivent être réunis pour réussir la sensibilisation. Avant tout, il faut donner de l?amour aux enfants. Car si les parents frappent ou blessent ces petits, c?est parce qu?ils ne les aiment pas. Il faut axer sur l?éducation, former les enseignants. Ces derniers sont en première ligne pour s?occuper des enfants, donc plus aptes à détecter la violence. Par exemple, si l?enfant est renfermé sur lui-même, perd l?appétit, a des ecchymoses, se blesse trop souvent, il faut lui accorder plus d?attention. Ces gestes contribuent à relever les facteurs de risques.

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