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L?Ecole de l?excellence
Il y a chez eux, quelque chose d?unique, de grandiose, voire de fascinant. Pourtant, à première vue, ces étudiants en musique ressemblent à tous les adolescents de leur âge. Même sourire parfois détendu, parfois crispé, même regard curieux sur ceux qui veulent les voir de près.
Au Conservatoire de Musique où nous les rencontrons, il n?y pas de cour d?honneur pour eux, juste une salle dans laquelle ils s?installent confortablement autour de Claudie Ricaud, leur directrice, que nombre d?entre eux appellent « Madame ».
Depuis leur plus jeune âge, ces jeunes rêvent d?une « carrière » dans la musique. « Une fois que je me suis mis au piano, je n?ai plus jamais voulu arrêter, » raconte Sébastien, dix-sept ans seulement. « La musique m?a évité toutes les crises que font généralement les adolescents. Une seule chose compte pour moi : la musique.» Un avis que partagent ses neuf autres camarades, réunis autour de lui.
Etre étudiant au Conservatoire de Musique, est pour eux le moyen par excellence d?échapper aux contraintes d?un système éducatif trop axé sur la théorie. Si l?école « normale » les ennuie considérablement, ils trouvent au conservatoire ce qu?ils ne trouvent pas ailleurs : un espace de liberté pour apprendre et cultiver leur art.
« Le conservatoire est notre deuxième maison. Autant on se force souvent à aller à l?école, autant ici, on vient assister aux cours ou tout simplement travailler notre instrument avec infiniment de plaisir, » explique Gary, 18 ans. Comme chacun de ses camarades, Gary est passionné de musique. Il a commencé par la flûte à bec avant de s?intéresser à la batterie, à la guitare et même au piano.
Ces jeunes d?aujourd?hui qui sont capables de s?étendre sur Mozart autant que sur Bob Sinclar, affectionnent autant la musique classique que la musique moderne.
Pour eux, l?une ne va pas sans l?autre. « La formation est d?abord classique, puisqu?elle nous apprend la base et les rouages. Il est d?abord question d?apprentissage, ensuite, on peut envisager d?autres genres de musique, pour fusionner les genres et être un peu plus dans l?air du temps, » précise Martine, 18 ans. « Il n?y a aucune restriction imposée à nos étudiants. Il y a certes des étapes à franchir, une discipline et une rigueur, mais au final, ils se retrouvent toujours à faire ce qu?ils aiment, » explique Claudie Ricaud.
Comment Madame la directrice explique-t-elle le succès de ses étudiants ? « Au Conservatoire, on les habitue à la scène, à jouer dans un ensemble. Ils sont à l?aise dans le maniement de leurs instruments. Ils sont également appelés à composer. La composition est une phase très ardue. Il n?y a pas de recette miracle au succès. Il faut seulement travailler et encore travailler. Comme je le dis souvent, il faut 10% de talent et 90% de sueur pour réussir dans la musique. »
Autour d?elle, les étudiants acquiescent vigoureusement. « Il y a le plaisir d?avoir réussi, mais nous savons que nous avons encore du chemin à faire. On ne finit jamais d?apprendre, de peaufiner son art.
Cela fait plaisir de réussir aussi bien, c?est seulement un encouragement pour aller encore plus loin, » explique Fabrice, 25 ans, étudiant en chant. « La fin du cycle d?études de huit ans, ne clôt pas l?apprentissage de l?instrument. C?est à ce moment-là que tout commence, que l?envie d?apprendre naît davantage, » explique Sophie Némorin, ancienne étudiante du conservatoire, devenue, depuis, enseignante.
Ces musiciens en herbe sont toutefois conscients qu?ici, les perspectives d?une vraie carrière dans la musique sont quasiment inexistantes ici. « Il faudra avoir un vrai métier et faire de la musique en parallèle. C?est dommage, mais tant pis. Ca ne freine nullement notre envie de devenir de bons musiciens,» explique Martine.
« On ne peut pas faire de la musique si on n?est pas prêt à y consacrer beaucoup de son temps et de son énergie.»
C?est la raison pour laquelle la direction du Conservatoire voudrait lancer un projet commun avec le ministère de l?Education et la MIE, pour former les enseignants en matière de musique, pour que cette matière soit inscrite dans tous les programmes d?études au niveau du primaire. « Depuis que nous nous sommes installés en 1987, beaucoup de portes se sont ouvertes. Nos étudiants sont gâtés. Ils ont tout le confort nécessaire pour étudier. Il est impératif aujourd?hui que chaque enfant Mauricien a la chance de découvrir au moins un instrument, » insiste Claudie Ricaud. Le projet serait sur la bonne voie.
En contrôle continu pendant toute l?année sans parler des examens de fin de cycle du Conservatoire, ainsi que les examens de la Royal School of Music pour tester davantage leurs aptitudes, ces étudiants n?en ont-ils pas marre d?être constamment évalués ?
«S?ils ne sont pas en contrôle continu ou en examens, nos étudiants s?évaluent eux-mêmes quand ils jouent ensemble dans l?orchestre. On ne peut pas faire de la musique si on n?est pas prêt à y consacrer beaucoup de son temps et de son énergie, » explique Claudie Ricaud.
Passionnés par leur art, doués de surcroît, ils réussissent également aux examens de la School Certificate et de la Higher School Certificate. « Ce sont nos parents qui ont très souvent peur que l?on néglige l?école au profit de la musique. Mais tout cela n?est qu?une question d?organisation, » renchérit Sébastien. Ces jeunes en quête de perfection font plaisir à voir et à écouter. L?exigence de leur enseignement, la maîtrise de leurs instruments, leur a déjà écrit un bien fabuleux destin.
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