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Nourritures terrestres

3 novembre 2006, 00:00

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Un peu lassé par l?ingurgitation répétée de gloubi-boulga, selon la recette de Casimir, élément incontournable de mon régime de hautes calories, je me suis résigné à consulter un diététicien sur les conseils d?un ami qui me veut du bien ou qui en veut à mon bien, j?ai comme un doute là-dessus.

Ce toubibologue fluet qui porte probablement un pyjama à une rayure, m?a recommandé une alimentation à base de poisson et j?ai pris mes repas de piscivore mélancolique au gré des marées. Après quinze jours, j?ai constaté une forte poussée d?écailles au niveau des membres inférieurs qui m?a fait ressembler à la petite sirène de Copenhague taille XXL avec, de surcroît, un encombrement des branchies, et un flottement cérébral quasi aérien dû à une daube de poissons volants. Je me suis surpris à tâter l?arête de mon nez, mon peigne a tracé une raie médiane au beurre noir qui a pris l?envergure d?une manta, sans affecter, Dieu merci, le fouet caudal qui avait enjolivé mon séant dans l?intervalle.

Mais ce qui m?a poussé à rompre mes relations avec ce praticien vénal, c?est sa note d?honoraires retrouvée dans mon courrier par le plus grand des tazars. J?ai depuis abandonné résolument la pêche en tête de rade qui demande tant de patience qu?on peut apparenter sa monotonie à celle d?une veillée portuaire.

Je suis alors retourné à mes premières amours et ceux qui, comme moi, adorent jouer au cook, surtout devant les fourneaux, savent à quel point la cuisine mauricienne, héritée des cinq continents est un assortiment de delicatessen qui ne craint aucune rivalité.

Faisant fi de l?imagination débridée des cuistots dont le talent a été longuement macéré dans l?exotisme et qui mijotent des serpents à l?étouffée (à l?inverse de Cléopâtre je préfère l?aspic à l?anaconda) et des potages aux gras minets, je suis revenu aux bons vieux menus qui ont fait leurs preuves. Je veux parler des currys, caris, carrys ou carris dont les orthographes diverses bafouent même les producteurs de poudres qui placent en pole position l?ourite verte au massala, le cari n° 2. vedette des fancy fairs et, gloire soit rendue aux Réunionnais, le tangue, bénéficiaire d?une fête annuelle, et qu?on apprête après l?excision de l?os qui pue, masque à gaz sur le nose.

Au cours de mes pérégrinations internationales, j?avais déjà rayé de la carte ces plats qui après trois ans vous restent encore sur l?estomac tel le Bénichou de Bruxelles et dans un antre de Soho, le basmati safrané au piment corrosif où je suis resté cloué au pilaw-riz, sauvé in extremis par une injection au soufflet de forge de yogourt au bifidus émollient des Carpates qui vous descend dans l??sophage comme St Éloi dans sa culotte réversible en velours côtelé.

Pour clore ce court intermède gastronomique, j?ai atterri, comme d?habitude, dans un restaurant chinois où je hale assez souvent mon honorable carcasse, où la soupe d?ailerons de requin rendrait marteau n?importe quel squale, où le Foo Yang Ha de crevettes atteint l?Himalaya de l?onctuosité, où le bol déviré est absolument renversant, où le patron veille sur ma tranquillité pendant, dit-il, que l?idole déjeune et où mon fort coup de fourchette m?a valu la considération dévolue à un authentique dragueur de mines.

VOLCY

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