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Vol d?eau : les compteurs contrôlés à distance

3 novembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La Central Water Authority (CWA) voit grand pour faire baisser les abus dans la fourniture d?eau. Dès janvier prochain, la station sera en mesure de contrôler les compteurs d?eau à distance, à partir des véhicules qui sillonneront la région.

En premier lieu, le projet touchera les usines des zones industrielles. La consommation des hôtels, entre Rs 400 000 à Rs 700 000 d?eau par mois chacun, sera contrôlée de façon plus sophistiquée. En effet, sur les écrans de contrôle de son quartier général à St.-Paul et à travers des équipements de télémétrie, la CWA aura des indications sur le débit utilisé minute par minute par chaque hôtel.

Selon la CWA, ce contrôle télémétrique mettra aussi fin aux fraudes venant principalement des gros et moyens consommateurs d?eau potable. De fait, cet organisme parapublic qui a le monopole du captage, du traitement et de la distribution d?eau potable à Maurice, n?est payé que pour 54 % du volume d?eau distribuée à travers l?île. Les 46 % restants sont ?unaccounted for?, c?est-à-dire que les autorités n?arrivent pas à expliquer la destination de ce pourcentage d?eau perdue. Le manque à gagner découlant de cette non-revenue water tourne autour de Rs 400 millions par an.

?On dit que ces 46 % sont perdus dans les fuites, explique Harry Boolauck qui vient d?être renommé directeur de la CWA. Il est évident que nous avons un gros problème de perte d?eau dans des fuites avec un très vieux réseau de canalisation, mais il n?y a pas que les fuites. Il y a le vol perpétré par des consommateurs, principalement les moyens et les gros. Dans le passé j?ai déjà fait travailler une escouade anti-fraude qui a fait entrer des millions de roupies dans la caisse de la CWA. À mon retour à la tête de cet organisme, je constate que l?escouade est quasi paralysée. On va s?attaquer à ce problème de vol et de non-paiement de même qu?à celui des compteurs défectueux.?

De son côté, Leekraz Sakkesingh, technicien de la CWA, soutient : ?Des 46 % de pertes, 36 % sont des vraies qu?il faut détecter et régler mais environ 10 % relèvent du vol à travers la manipulation des compteurs et des connexions.? Dans les conditions actuelles, il est impossible à la CWA de détecter tous les cas de manipulation des compteurs et de connexions frauduleuses car cela implique une surveillance de 24 heures sur 24. Or, la télémétrie permettra une telle surveillance.

Chandrasen Matadeen, un des principaux ingénieurs de la CWA, explique que le contrôle et la lecture à distance des compteurs permettront aux responsables de ne pas entrer dans la cour des gens pour le relevé des compteurs. ?Des petites modifications aux compteurs traditionnels et l?ajout de quelques pièces permettront non seulement de lire à distance à partir des véhicules sillonnant la région, mais aussi de détecter toute manipulation ou modification de ces compteurs. L?équipement donne des indications sur toute manipulation : l?heure et la durée pendant laquelle le compteur a tourné au ralenti.?

?Nous installerons des équipements de télémétrie à Mare-aux-Vacoas qui nous donneront des indications en temps réel du débit d?eau qui quitte ce réservoir 24 heures sur 24. Ainsi, nous serons informés sur les écrans de contrôle de toute baisse ou hausse anormale du débit.?

Ce sont les zones industrielles de Valentina, Plaine-Lauzun et La Tour-Koenig qui ont été choisies pour le lancement du projet de contrôle et de lecture à distance. Si tout marche bien, le projet sera étendu à toutes les zones industrielles et éventuellement aux 288 000 consommateurs de la CWA.

Les hôtels de plage seront contrôlés à partir du quartier général de St.-Paul, compte tenu du fait qu?ils sont de grands consommateurs avec des factures jusqu?à Rs700000. ?Nous installerons des équipements de télémétrie à Mare-aux-Vacoas qui nous donneront des indications en temps réel du débit d?eau qui quitte ce réservoir 24 heures sur 24. Ainsi, nous serons informés sur les écrans de contrôle de toute baisse ou hausse anormale du débit. Ce sera la même chose pour tous les hôtels de plage et nous aurons des indications sur le débit d?eau qu?ils consomment minute par minute.?

Ces innovations et l?investissement de Rs 1,2 milliard dans la détection des fuites souterraines (voir hors-texte) font partie de la nouvelle politique du nouveau directeur général, Harry Boolauck. ?Il y a aujourd?hui une volonté politique de régler ce problème avant la fin du mandat du présent gouvernement.?

Maurice bientôt à sec ?

Réduire au maximum les pertes d?eau dans des fuites souterraines fait partie de toute une stratégie. En effet, les projections de la consommation avec le développement touristique, industriel, des ?Integrated Resorts Schemes? et de nouvelles cités ouvrières indiquent que le pays aura besoin d?autres réservoirs. Le projet de construction d?un autre barrage à Bagatelle démarre sous peu.

Toutefois, toutes les prévisions pourraient être bouleversées si, comme l?indiquent certains experts, la pluviosité à Maurice connaît une baisse importante avec le changement climatique dans le sillage du réchauffement de la planète.

Dans cette éventualité, Maurice devrait avoir recours à d?autres stratégies dont le retraitement des eaux usées pour la consommation domestique et le des-salement de l?eau de mer. En termes d?épuration, Maurice a fait une petite avancée, et de l?eau du réseau de tout-à-l?égout est utilisée pour l?irrigation dans la région de St.-Martin.

Nous sommes loin de ?Thames Water? qui épure l?eau de la Tamise pour la renvoyer dans les robinets. L?eau de ce fleuve est épurée une première fois, donnée aux consommateurs et l?eau usée de nouveau épurée ainsi de suite pendant 11 fois de suite avant d?arriver à la mer.

Comprendre

● Rs 1,2 milliard et un expert allemand contre les fuites

C?est la Banque européenne d?investissement qui a avancé Rs 1,2 milliard à la CWA pour juguler le problème de perte de 46 % de l?eau traitée et mise dans le réseau de distribution. Le bailleur de fonds a demandé que la stratégie soit bien définie et la tâche confiée à un expert en matière de fuite d?eau, qui devrait assumer la fonction de ?Project Coordinator?.

Cet oiseau rare est un Allemand, Ulrich Bernhard Averesch, arrivé hier. Il a une certaine connaissance du réseau de distribution de la CWA, ayant déjà travaillé pour la Wastewater Management Authority.

Cet organisme qui met en place un réseau sou-terrain de tout-à-l?égout est tenu de remplacer tous les tuyaux de la CWA qu?il endommage ou qui sont trop vétustes.

Questions à Harry Boolauck

?La CWA doit devenir un modèle de productivité?

● Économiste de la London University, vous avez dirigé la CWA de 1996 à 2000. Quels sont vos objectifs maintenant que vous êtes retourné à la tête de cet organisme parapublic ?

Le rendre le plus efficient possible. Faire de la CWA un modèle du genre, un exemple à copier. Un modèle de productivité. Depuis cette semaine, il y a un branle-bas de combat des syndicats qui craignent pour les emplois parce qu?ils pensent que je vais privatiser. Je n?ai jamais parlé de privatisation et si privatisation il y a, ce sera au gouvernement de décider. Moi, je veux rendre cet organisme plus performant en me basant sur les principes de productivité japonais, notamment la sécurité d?emploi, la coopération entre le management et les employés et le partage des bénéfices avec les salariés. I?ll make them run et ils n?ont rien à craindre pour leur emploi. Au contraire, ils peuvent s?attendre à des 14e, 15e et 16e mois si tout marche comme prévu.

● Vous ferez cela à travers une privatisation et avec une expertise étrangère ?

Pourquoi avoir recours à des étrangers quand on peut le faire soi-même ? En ce qui concerne la privatisation, je souligne que cette question est beyond my jurisdiction. Je ne me fais pas d?illusion : ma vision pour la CWA passera par des moments difficiles car je devrai faire face à des dizaines de saboteurs à l?intérieur même de la maison.

● Environ 54 % de l?eau que vous captez et traitez sont perdus dans des fuites ou des vols. Comptez-vous vous attaquer à ce problème ?

Ce n?est pas un problème nouveau. Chaque directeur qui est arrivé ici a voulu mettre fin à cette perte énorme mais personne n?a pu aller jusqu?au bout. Cette fois-ci, il y a une forte volonté à résoudre ce problème. On va mettre le paquet. Rs 1,2 milliard seront investies dans la détection de ces fuites et un expert allemand est arrivé au pays, hier, pour commencer le travail. Il faut aussi s?attaquer au problème de vol, de compteurs défectueux et des consommateurs qui ne payent pas leur consommation depuis des dizaines d?années.

A chaque fois qu?on menace de couper leur fourniture, ils vont voir le ministre X ou Y. Cette fois-ci on ne va pas tolérer des interventions ministérielles. C?est injuste qu?une grosse partie des consommateurs paye et qu?une minorité ne paye pas. En fait, cette majorité est en train de payer pour ceux qui volent l?eau de la CWA.

● On dit que vos tuyaux et votre réseau de distribution sont trop vieux et qu?on n?arrivera pas à détecter les fuites ?

Entièrement faux. Les équipements modernes nous permettent de détecter tous types de fuite, y compris dans des tuyaux posés en 1800 en Grande-Bretagne.

● Quand pensez-vous que vous arriverez à transformer la CWA en un modèle ?

Avant la fin du mandat du présent gouvernement. Vous voyez bien qu?on a déjà démarré des projets.

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