Publicité

Le ras-le-bol des villageois

2 novembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

“Nous aimerions bien savoir si la somme de Rs 28,9 millions votée pour ce projet a été judicieusement dépensée. A voir la qualité des travaux, nous sommes sceptiques. Si un cyclone traverse cette partie de l’île, nous serons les premiers à en faire les frais”, expliquent une vingtaine d’habitants du village de Bambous-Virieux.

Ils font allusion au projet de protection côtière à Bambous-Virieux dont les travaux ont été officiellement lancés le 17 avril par Pravind Jugnauth, le vice-Premier ministre et ministre des Finances au sein de l’ancien régime en présence de Rajesh Bhagwan, alors ministre de l’Environnement et l’ancien Secrétaire parlementaire privé Rajesh Bhowan.

Ce projet comprend la protection de la côte dans cette localité sur environ 700 m afin de renforcer des murs de soutènement et les infrastructures existantes. Les travaux, confiés à une firme locale, comprenaient la réhabilitation de la jetée existante, des escaliers et des rampes pour les pirogues, la création d’une aire de stationnement, la construction de bâtiments, de trottoirs, de drains, d’un kiosque, le câblage souterrain et l’éclairage externe.

L’autre préoccupation de ces villageois, c’est l’attitude cavalière d’un ressortissant étranger. “Il prend tout le village en otage. Il fait appel à la police pour nous faire partir d’un espace de détente à proximité de la plage que l’Etat a fait aménager. Près de la route principale où se trouve sa maison, c’est le seul endroit où la firme responsable des travaux, n’a pas abattu une partie du mur pour créer des trottoirs. Par contre, elle l’a fait chez plusieurs familles. À cause de l’entêtement de cet homme, nos enfants sont quotidiennement exposés aux accidents de la route”, soutiennent les habitants.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est la décision prise par ce ressortissant étranger de placer son bateau carrément sur la rampe où doivent passer les pêcheurs avec les moteurs de leurs bateaux après leur sortie en mer. “Nou envi ki l’autorité régler sa ban problème de manière civilisée et ramène li à l’ordre. Nou demande l’Etat protége nou zenfants, pas protège miraille”, déclare Jean-Marc Appollon, en présence de plusieurs villageois visiblement exaspérés.

“La vie nou zenfants plis précieux qui so miraille”, ajoute Lutcheemee Peerally. Marie Alisée Lagaillarde et Marie-Rose Pierre-Louis partagent la même inquiétude. “Nous n’avons rien contre lui. Nous avons le sentiment que c’est nous qui sommes devenus des étrangers dans notre pays”, lancent avec amertume Lutcheemee, Jacky Appollon, Izam Moustapha, Ashok Bhowany, Rishiraj Ramphul, Paul Gillette dans un même élan de solidarité.

En ce qui concerne les travaux qui sont sur le point d’être complétés, les habitants les comparent à ce qui a été réalisé à Grand-Sable et à Petit-Sable. “Nous avons lutté depuis des années et des années pour avoir enfin des infrastructures dignes de ce nom, et voilà ce que nous récoltons aujourd’hui !”, fumine Paul Gillette, la soixantaine, en désignant un monticule de terre qui, d’après le plan du projet, aurait dû constituer un mur de soutènement.

“J’habite ce village depuis mon enfance. C’est bien ici que la maison de Maurice Pauline, aujourd’hui décédé, a été emportée par les vagues lors du passage de cyclone Carol”, rappelle-t-il.

Rishiraj qui a travaillé sur ce chantier dès le début des travaux, parle du projet originel et des modifications subies : “Il est regrettable que nous ayons à traverser dans la cour des gens avec le risque d’être attaqués par des chiens au lieu de pouvoir passer sur le rivage comme initialement prévu”, déplore Rishiraj.

Satiadev Moothia, secrétaire parlementaire privé et député de la circonscription Rose-Belle-Vieux Grand-Port tire à boulets rouges sur le ressortissant suisse qui est à l’origine du mécontentement des villageois. “Nous sommes au courant de sa façon d’agir. C’est révoltant. Une seule personne ne peut tenir en otage tout un village et faire comme bon lui semble. Il va un peu trop loin. J’ai déjà discuté de cette affaire avec Anil Baichoo, le ministre de l’Environnement. Nous allons effectuer une visite sur place mercredi. Il se permet de bafouer la loi en construisant un mur dans l’illégalité. Trop, c’est trop Il faut mettre un frein à tout cela.”

En ce qui concerne la qualité des travaux en cours, le SPP s’était déjà rendu sur place avec le project manager du ministère de l’Environnement. En fait, le projet initial n’a jamais été modifié. “Je lui ai fait part de mon insatisfaction de la qualité des travaux en cours. Nous allons revoir toute la question avec les parties concernées. Chacun doit prendre ses responsabilités”, déclare le SPP.

Rajesh Bhagwan ancien ministre de l’Environnement a aussi donné son avis sur la qualité des travaux. “Je suis de très près la situation. Voilà un sujet qui pourrait intéresser de très près le directeur de l’Audit pour un rapport. Autant que je sache, il y a des consultants et des ingénieurs pour faire le suivi ces travaux. Quand nous étions au gouvernement, nous avons cru qu’il était très important de donner de l’emploi et des distractions aux habitants de cette région qui ont toujours été considérés comme les parents pauvres du développement. Je viendrai avec une question parlementaire sur cette affaire”.

Publicité