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?Le Texan d?Orient?, carburant universel

30 octobre 2006, 00:00

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Une écriture fluide. Comme le pétrole. Inflammable aussi. Car les mots, coupant comme des silex se réchauffent à l?incandescence des sentiments. Ceux qui poussent Cindy et Salem l?un vers l?autre. Elle la Texane, lui fils d?un émir. Sur fond de dollars, ils s?aiment. En dépit des conflits, ils s?aiment.

La solution de l?amour. C?est celle que nous propose Brahim Benaïcha. Auteur d?origine algérienne, il a choisi de publier à Maurice chez les Editions Bartholdi. Pourquoi ? Celui qui se décrit comme ?bédouin, samouraï, musulman, gaulois? explique : ?Je suis comme le saumon, je remonte le courant. C?est un défi de publier à Maurice, d?y publier quelque chose d?universel?. Un choix pas seulement symbolique. Car Brahim Benaïcha se dit conscient de l?attitude de la France : ?Elle regarde son nombril, elle ne nous entend pas. Aujourd?hui, vous êtes entendus que si vous insultez la France, que si vous insultez une religion. Laissons faire le temps.?.

Aussi nécessaire que le pétrole. Aussi précieux que cet or noir qui fait tourner le monde et s?affronter impitoyablement les hommes. S?il taille des costards à John Parker, personnage de magnat texan (en lui ménageant toutefois une belle rédemption), Brahim Benaïcha se défend de tout anti-américanisme. Il tire nettement la ligne de démarcation entre les peuples et les gouvernements, l?un, ?durable, éternel? par essence, l?autre pas.

?Aussi un cri d?amour au peuple américain?

également professeur de judo, Brahim Benaïcha ( expert-comptable), en garde le goût du combat à la loyal. Il défend son livre en disant : ?Si on lit bien entre les lignes, c?est aussi un cri d?amour au peuple américain?. Non sans humour, Brahim Benaïcha affirme que si ?le président Bush m?invite, j?irai, c?est peut-être un humain formidable?. Sensible à l?histoire, il dit ne pas oublier que ?par deux fois, si les ricains n?avaient pas été là??

L?auteur ne manque pas de sens de l?auto-critique. Lui qui raconte sans rire comment, enfant il avait zéro en dictée et pensait que c?était une blague quand il a été appelé pour recevoir le Prix littéraire Aimé Barancy, pour son premier ouvrage, Vivre au paradis. Il aborde sans fard la question de l?Islam, refusant la posture de ceux qui pensent que ?le musulman est inintégrable. L?Islam est pour moi comme toutes les religions, elle a ses extrémistes.? Avant de réitérer qu?il est ?gaulois, c?est-à-dire plus que français?.

C?est bien là la matière dans laquelle l?auteur trempe sa plume : l?humain. Dans ce qu?il a de bas, sa ?jouissance maladive des plaisirs de la chair?. Dans ce qu?il a de vil, de froid, comme peut l?être un requin de la finance. Obsédé par l?argent. Brahim Benaïcha vilipende la spéculation. C?est le ?seul truc? qu?il condamne, cette manière de ?faire de l?argent sans créer de richesses, sans créer d?emploi?.

Observateur critique des affaires du monde, qu?il soit d?Orient ou d?Occident, l?auteur algérien pose aussi son regard sur l?actualité. Nous pousse à regarder du côté de l?Irak. ?On nous a dit que le prix du pétrole allait descendre, moi je l?ai vu monter.? Critiquant la ?grande mode de la privatisation?, Brahim Benaïcha dénonce les ?gouvernants qui sont à la botte des financiers. Par exemple, faut être fou pour privatiser une centrale nucléaire?.

EXTRAIT

Le terrorisme financier

■ John Parker est un vrai prédateur de la finance. Il est furieux contre Alan Smith, son fidèle collaborateur depuis des années et des années. Après que l?OPA lancée sur la Petrol Company n?a pas abouti, il a décidé de le descendre en enfer, sans état d?âme. John Parker veut tout de cette compagnie. Il est déterminé à ne laisser aucune miette aux Binswik. En redoutable financier, il provoque une réunion de crise dans le but d?élaborer un plan pour avaler totalement la compagnie anglaise. L?opération est délicate car la compagnie est de droit anglais. Elle est cotée à la bourse de Londres et de New York. Pour se faire, John Parker se replie à Houston, en plein fief texan, là où il se sent totalement en sécurité, comme l?aigle perché là-haut, au sommet de la montagne. La réunion stratégique est d?importance pour l?orgueil de John Parker. Alan Smith est là accablé depuis son échec. Paul Northon est assis en face de l?ami du président Haig. Seuls ses yeux témoignant de son humanité. Il est là, à l?écoute, prêt à sonner la charge. Quant à John Parker, il fulmine intérieurement. Jamais il n?a pensé se trouver dans cette situation délicate, lui, l?ami d?Abdelkrim Bensalem. En effet, il y a quelques mois, lorsqu?une simple dépêche avait annoncé que la Petrol Company avait découvert d?importants gisements dans l?Emirat des Bensalem, John Parker était devenu fou de rage. Il avait appelé sur le champ Abdelkrim, son ami : Abdel ! C?est quoi, ces infos ? Je viens d?apprendre que vous avez accordé, encore, des concessions dans mon dos, aux Anglais !

Mais ! Non ! John ! Je t?assure, que je n?étais pas au courant ! C?est mon cousin, Abdelaziz ! Tu sais que sa deuxième épouse est Anglaise !

John Parker n?est pas près d?avaler la couleuvre. Coûte que coûte, il veut ces gisements.

Alors, il réplique sèchement : Abdel ! Tu te débrouilles, comme tu veux, pour faire échouer l?opération ! Je m?en fous, passe un démenti !

Abdelkrim Bensalem, au bout du fil, à Londres, se retrouve dans les cordes. Il sait que son ami, John, est tenace, pugnace. Il ne lâchera pas comme ça les gisements. Alors, il essaie de calmer le Texan : Bon ! Bon ! John ! Je vais voir ce que je peux faire ! Mais je te préviens, si le décret d?attribution est contresigné par le vieux, il me sera impossible de faire quoique ce soit ! Dans ce cas, il ne te restera qu?à trouver autre chose pour mettre la main sur les gisements !

OK, Abdel ! Dépêche-toi ! Et tiens-moi vite au courant !

Abdelaziz Bensalem n?est pas né de la dernière pluie. Il a tout fait en règle, sinon, il s?exposerait aux foudres du vieux sultan, son oncle. Hélas pour John Parker, le décret d?attribution de prospection est contresigné par le monarque. Les carottes sont cuites pour le Texan.

Lorsque John Parker apprend la nouvelle, il entre dans une colère noire :

Tu vois Abdel ! Avec vos conneries, à flirter avec l?aristocratie anglaise, ton cousin est en train de se faire couillonner par sa femme !

EDITION

Bartholdi, le retour

■ ?Tout le monde sait ce qui s?est passé, c?est du passé?. Michel Tholasse, désormais seul à bord du vaisseau des Editions Bartholdi, a choisi d?écrire une nouvelle page dans l?histoire de cette maison. Après des déboires financiers, il est désormais en freelance, travaillant à son domicile à Vacoas, ?pour diminuer les frais?. ?J?ai tenu bon, je peux vous confirmer qu?après la version française de ?Le Texan d?Orient?, nous allons publier le deuxième livre de Gaëtan de Chazal, ?l?histoire maritime des Mascareignes?, au mois de décembre. Les Editions Bartholdi, lancées avec faste avaient affiché de grandes ambitions à sa naissance. Se donnant pour parrain Edouard Maunick, poète. Une maison qui a publié, entre autres, ses 50 quatrains pour narguer la mort, ainsi que le prototype du Dictionnaire créole d?Arnaud Carpooran.

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