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Opposition requinquée, gouvernement stoïque

29 octobre 2006, 20:00

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?Nous sommes très sereins au gouvernement?, affirme le chief whip, Lormesh Bundhoo. ?Nous n?allons faire aucun cadeau au gouvernement?, rétorque Alan Ganoo du MMM. ?Le Parlement va être la plate-forme pour refléter le mood du pays, soit un pessimisme ambiant?, enchaîne Joe Lesjongard du MSM.

Le ton est donné. La rentrée parlementaire sera chaude. Les deux principaux partis de l?opposition, le MMM et le MSM, affûtent leurs armes. La majorité, l?Alliance sociale, pour sa part, se dit prête à relever le défi. La confrontation sera d?autant plus âpre que de nouvelles donnes ont surgi depuis la prorogation des travaux parlementaires début août.

Le fait le plus marquant est le dégel noté entre le MMM et le MSM. Les deux principaux partis d?opposition ont entrepris un processus de réconciliation. Des deux côtés, on affiche la volonté d?un travail en commun au Parlement. Evoquant la relation de son parti avec le MMM, le président du MSM, Joe Lesjongard, affirme que son ?parti a fait le nécessaire et que les conditions d?un travail collectif au Parlement sont réunies?. ?Même s?il n?y a pas de réconciliation officielle, le MMM et le MSM fonctionneront en unité au Parlement. Nous allons frapper très fort et ensemble?, confirme Alan Ganoo. ?Les deux partis ont cessé de se tirer dans les pattes. On était à un moment en colère mais aujourd?hui la cible, c?est clairement l?Alliance sociale?, ajoute Rajesh Bhagwan du MMM.

<B>Dégel MSM-MMM</B>

Et quid d?Ashock Jugnauth et de son parti l?Union nationale ? Un proche du MMM ne cache pas que le problème qu?aurait pu poser Ashock Jugnauth est en train de se régler de lui-même. Il constate d?abord un consensus minimal entre Paul Bérenger, leader MMM, et Pravind Jugnauth, leader MSM. Le dégel repose aussi, selon lui, sur le fait que l?opinion publique manifesterait le v?u que les deux partis cessent les hostilités. ?Le fait qu?Ashock Jugnauth a des difficultés pour décoller règle en quelque sorte le problème. Et le fait même que Paul Bérenger ne parle plus autant de lui en dit long?, explique ce cadre du parti mauve.

Pour Joe Lesjongard, si la synergie du MMM et du MSM se vérifie au Parlement, on enregistrera inévitablement des effets boule de neige sur le terrain strictement politique. Reste désormais à savoir ce que fera le leader de l?Union nationale. Celui-ci continue à présenter Paul Bérenger comme son partenaire. La réciprocité serait-elle toujours de mise ? Affaire à suivre?

Celle qui est déjà conclue a trait à l?offensive promise par le MMM et le MSM contre l?Alliance sociale. ?Le forum parlementaire va être utilisé pour marquer des points politiques?, affirme ainsi un observateur politique. ?C?est maintenant, confirme Joe Lesjongard, que les gens commencent à subir de plein fouet les incidences négatives des principales mesures du premier budget de l?Alliance sociale?. Un contexte socioéconomique précaire pousse effectivement les deux partis d?opposition à une action concertée au Parlement. ?Nous allons faire feu de tout bois notamment sur la question du coût de la vie, l?appauvrissement de la population, la criminalité où nous allons démontrer qu?elle est toujours en hausse lorsque le PTr est au pouvoir?, déclare avec force Alan Ganoo.

Le MSM tient le même langage. Il s?agit d?acculer le gouvernement sur l?économie. ?Nous allons aussi démontrer qu?il y a contradiction entre un Premier ministre qui dit qu?il faut attendre deux ans avant que la situation ne s?améliore et un vice-Premier ministre qui dit déjà noter des signes encourageants?, souligne le président de ce parti.

Pour l?opposition, c?est l?heure de la revanche qui a sonné. Après des débâcles électorales et un temps d?incertitude, il s?agit de se positionner à nouveau comme alternative. ?Pour nous, c?est une belle revanche dans le sens où tout ce qu?on avait dit se vérifie désormais?, ne cache pas Alan Ganoo.

<B>Défendre un budget</B>

Au gouvernement, tout en concédant que la situation est difficile, on parie sur le fait que la population a compris qu?il faut faire des sacrifices. ?Il ne faut pas non plus oublier que ce ne sont pas les seuls élus de l?opposition qui posent des questions. Jamais les backbenchers de la majorité n?ont eu autant de liberté d?interroger les ministres. C?est la preuve que nous avons une conception très large de ce que doit être la démocratie parlementaire?, fait ressortir Lormesh Bundhoo. Le député de la majorité, Suren Dayal, rappelle qu?on ne peut pas juger un gouvernement, élu pour un mandat cinq ans, après seulement une année de gestion. ?Nous avons été élus pour réaliser un programme et déjà nous enregistrons des résultats positifs?, insiste le député rouge.

L?Alliance sociale ne compte, d?autre part, céder aucun terrain même sur la question des difficultés économiques. Pour les deux interlocuteurs rouges, le Premier ministre et les élus de l?Alliance sociale font leur travail d?explications, malgré le constat de certains observateurs. Ils notent qu?il n?y a pas eu de véritable campagne pour soutenir le budget. En effet, il est reproché au Premier ministre d?avoir commenté le budget uniquement sur des plateformes officielles. C?est ce qui amène un observateur politique à soutenir que l?Alliance sociale rencontrerait certaines difficultés sur le terrain. Un avis qui n?est évidemment pas partagé par les élus du gouvernement.

?Le budget n?est pas seulement l?affaire du ministre des Finances. Tous les ministres et députés le soutiennent à travers les activités et fonctions auxquelles ils participent?, maintient ainsi Lormesh Bundhoo. ?Il y a une volonté pour faire croire que l?Alliance sociale est en difficulté sur le terrain. Mais ce n?est qu?une perception que l?opposition tente de créer. Tout n?est certes pas rose mais si nous prenons des décisions difficiles, c?est dans l?intérêt du pays et la population comprend cela?, ajoute Suren Dayal.

Du côté du MMM et du MSM, on ne compte pas pour autant lâcher prise. Certains prévoient même que les difficultés auxquelles est confronté le gouvernement ameneraient le Premier ministre à chercher à diviser l?opposition. ?Et le MMM et le MSM savent que Navin Ramgoolam est maître dans l?art de faire les yeux doux. Mais nous savons aussi que nous n?avons aucun intérêt à nous frotter à un PTr en chute libre?, prévient ainsi Alan Ganoo. ?Il est définitif que Navin Ramgoolam tentera de casser la dynamique de l?opposition en flirtant avec l?un ou l?autre parti?, confirme un observateur politique.

<B>2008, le tournant</B>

Sur le plan strictement politico-électoral, cet observateur estime néanmoins qu?il ne faut pas s?attendre à un quelconque réalignement avant 2008. Pour lui, beaucoup de choses dépendront de la décision que prendra Navin Ramgoolam lorsque sir Anerood Jugnauth achèvera son mandat de président de la République dans deux ans. ?La décision de le maintenir à son poste ou de le remplacer, et cela par qui, influera sur l?échiquier politique?, fait-il remarquer.

En attendant ce tournant, les principales formations politiques persistent à quadriller le terrain. L?Alliance sociale continuera à être présente aux fonctions officielles, cela lui garantissant une exposition certaine à la radio-télévision nationale. Le MSM compte accentuer son action sur le terrain à travers des réunions et meetings. Enfin le MMM, après avoir complété sa série de meetings dans les vingt circonscriptions du pays, terminera l?année avec un meeting national le 8 décembre, à Rose-Hill et son congrès le 12 novembre où le parti mauve célébrera son 37e anniversaire.

Au fil des mois, la politique politicienne reprendra graduellement ses droits. Entre-temps, gouvernement et opposition sont suspendus aux résultats que donneront les réformes en cours. Dans deux ans, a dit le Premier ministre. Deux ans qui seront certainement très longs pour la population et trop courts pour la classe politique. La présente rentrée parlementaire nous donnera une indication du mood politique qui, sauf imprévus, devrait exister dans le pays durant les mois à venir.

PARLEMENT

<B>Agenda chargé dès mardi</B>

La rentrée parlementaire, mardi, promet bien des réjouissances, à voir les questions qui seront posées au Premier ministre et aux membres du gouvernement.

Rajesh Bhagwan, député du MMM, demandera des explications au Premier ministre, Navin Ramgoolam, à propos de ses récentes missions à Cuba, à New York, à Bucarest et à Londres. Il souhaite connaître la composition exacte de la délégation faisant partie du voyage et la durée de chaque mission ainsi que les dépenses effectuées.

Sera aussi abordée, par Ajay Gunness, la question de la perte ou non d?une caméra pendant ces missions et si c?est le cas, des résultats de l?enquête.

Il sera également question de la vente à la barre. Le député, Sekar Naidu, désire savoir si le Premier ministre a reçu des représentants des associations de victimes.

En ce qui concerne les brutalités policières de juillet 2005 à ce jour, Sheila Grenade demandera au Premier ministre si le commissaire de police lui fournira le nombre de cas rapportés et le nombre de cas pour lesquels des enquêtes ont été engagées.

La question de la récente saisie de faux médicaments sera soulevée par le député du MMM, Sam Lauthan. Le Premier ministre devra dire s?il a obtenu ou obtiendra des informations du commissaire de police quant à la quantité et à la nature des médicaments saisis.

La question parlementaire de Maya Hanoomanjee, députée MSM, adressée au ministre de l?Industrie et du Commerce, portera sur le prix des barres de fer. Si effectivement une hausse des prix a eu lieu en août 2006, le ministre sera interpellé pour en communiquer les raisons et indiquer si une étude avait été préalablement effectuée.

En cette rentrée parlementaire, sera aussi débattu en première lecture le projet de loi concernant la non-assistance à personne en danger. Toute personne contrevenant à cette loi sera susceptible de payer une amende maximale de Rs 10 000 et se verra sanctionnée d?une peine d?emprisonnement n?excédant pas deux ans.

Un projet de loi concernant l?aérodrome de Plaine-Corail, à Rodrigues, sera aussi proposé en première lecture.

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