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Fiers d?être créole
Je me réfère à un billet intitulé Culture : la revendication Créole et signé Nazim Esoof dans l?édition du lundi 17 octobre. Je voudrais apporter une réflexion pour contribuer au débat.
Commençons par la conclusion. L?auteur du billet sanctionne d?un déni d?ethnicité et de religiosité le fait créole mauricien tant au niveau de la langue qu?au plan culturel. À mon avis, au mieux ce jugement lapidaire relève d?une grossière erreur mais s?apparenterait plus à la tentation révisionniste prompte à sacrifier sur l?autel d?un mauricianisme en gestation (et nécessaire au demeurant), tout ce qui relève de la reconstruction et de la réappropriation culturelle et identitaire de la communauté créole.
L?Histoire nous apprend que la langue et la culture créoles puisent leurs fondations dans le fait religieux et à travers l?ethnicité. Une ethnicité disloquée, une culture démembrée notamment par l?esclavage et ses séquelles. L?économie de plantation s?appuyant par ailleurs sur cette dernière pour assurer sa prospérité tout en laissant des stigmates socioculturels jusqu?à nos jours.
Il convient de noter qu?au sein de l?Église et de la communauté créole existe aujourd?hui une conviction profonde et sincère allant dans le sens d?une réelle convergence d?intérêts, d?une communauté spirituelle sans doute plus réelle qu?il y a disons encore un demi-siècle?
La structure religieuse institutionnelle, avec son approche d?inculturation semble être porteuse des deux sens que l?on s?accorde à considérer comme les fondements de la notion de religion : religere et religare permettant sur la base d?une relecture, religere, d?aller vers un nouveau lien, religare, sur lequel se bâtit une nouvelle dynamique plus en phase avec une nouvelle donne socioculturelle et ethnique..
C?est sans doute à la conjonction de ces deux fondements que s?appuie le festival annoncé récemment sous forme d?un appel pour que les Créoles individuellement pour ?Afirm to lexistans et selebrer nou valer?. Qu?y a-t-il de ?bizarre? par ailleurs que ce soit des personnes ?d?une même communauté? qui s?expriment ainsi : ?Dan dizef poul pakapav gagn ti kanar??
Il n?y a dans cette démarche aucune volonté d?ostraciser ou encore de segmenter? C?est faire un mauvais procès à la communauté créole et ceux ?ayant à c?ur la question créole? que de leur imputer une telle motivation.
Le transfert forcé de populations entières ayant pour dénominateur commun l?esclavage, a façonné le démembrement socioculturel, linguistique et l?écartèlement des croyances. Pour les besoins de l?exercice j?appréhenderai ce fait douloureux plus comme une ?fabuleuse rencontre? afin de mieux appréhender l?avenir et faire face à ses défis stimulants. Sans cette rencontre nous, Créoles, n?existerions pas. Au fil des siècles et des générations notre langue et notre culture ont connu sans jeu de mots un accouchement aux fers?
Oui nous créoles, nous sommes des êtres multiples de par nos origines et notre filiation africaine et malgache. Notre identité est celle de la rencontre. Elle constitue à la fois notre richesse notre force et notre vulnérabilité.
Au fil des siècles nous avons dû apprendre à nous affranchir avant tout de nous-mêmes. Notre apprentissage a consisté à principalement assumer nos différentes facettes. Nous avons dû souvent nous appuyer la plupart du temps sur celles qui convenaient à la société du regard où la pigmentocratie figurait aux premières loges des préjugés. Mais au fond nous aspirions toujours aller à la rencontre des autres parties prenantes de nous-mêmes en récusant le parti pris par rapport aux autres car nous sommes les autres et ils sont une partie de nous-mêmes.
Pourquoi ne pas nous accepter tels que nous sommes : créoles et fiers de l?affirmer ? Pourquoi y voir toujours une tentation sectaire alors que cette affirmation à travers la reconstruction culturelle et la réappropriation de notre histoire multiple forge notre identité de la rencontre, façonne notre être ?..
Nous renier en nous obligeant à nous noyer, et nous seuls Créoles, dans un magma collectiviste nous renvoie au ghetto des sans papiers culturels et identitaires.
Le mantra de la créolité est le partage. Partager sans limite et sans arrière-pensées. Partager sans modération ce que nous considérons être partie de notre patrimoine intangible et notre contribution de jure à cela. Créole dans toute sa générosité, sa multiplicité qui fait de nous des êtres universels, des citoyens du monde à travers la simplicité de l?authentique. Oui nous revendiquons cela, pour mieux le partager? sans réserve et sans a priori pour que fleurissent les mille fleurs de la créolité ! And so what ?
Jean-Marie RICHARD
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