Publicité

À bas les demi-mesures !

22 octobre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Il faut rester modeste devant les résultats. » Rama Sithanen, le ministre des Finances a répété cette phrase en plusieurs occasions lors de sa conférence de presse de vendredi dernier. Sa prudence s’explique peut-être par le fait qu’il est l’un de ceux qui pensent que le bilan économique du gouvernement, après un an au pouvoir, aurait pu être meilleur.

Pourtant, les récentes prévisions économiques concordantes du Fonds monétaire international, de la Mauritius Commercial Bank et du Central Statistics Office indiquent que l’économie est en convalescence. Des indicateurs qui étaient restés au rouge durant des années virent à l’orange. La croissance économique pour l’année 2006 pourrait atteindre 4,6 %. La zone franche manufacturière qui connaissait d’importantes contractions annuelles depuis quatre ans va enfin enregistrer un taux de croissance de 1,5 % en 2006 (voir encadré). Tandis que le taux du chômage baissera légèrement de 0,2 % pour atteindre 9,4 % en 2006.

Mais ces « modestes » résultats enregistrés auraient peut-être pu être meilleurs.

À la faveur d’une plus grande cohésion à l’intérieur du gouvernement et d’une solidarité plus prononcée de certains ministres envers leurs collègues réformateurs.

C’est avec le budget que les clivages au sein du cabinet sont apparus au grand jour. Dans un conseil où les réformateurs doivent convaincre en permanence des collègues sceptiques ou carrément hostiles à la réforme. Car farouchement opposés à toute décision qui pourrait être préjudiciable à leur popularité.

Le tout sous l’œil intéressé de Navin Ramgoolam dont le langage semble être constant lors de ses sorties publiques. Il appelle à chaque fois au ralliement derrière la réforme. Qui est devenu un leitmotiv dans presque tous ses discours récents. Mais l’attitude publique du Premier ministre peut contraster avec celle qu’il a en Conseil des ministres. Où, son attitude « indépendante » et insuffisamment « supportive » en direction du camp des réformateurs reçoit une interprétation particulière. En effet, ceux hostiles à la réforme, prennent la posture de Ramgoolam comme aveu implicite qu’il ne soutient pas pleinement la réforme. Une posture, qui, si elle perdure, condamnera alors la réforme à l’échec.

Excès de zèle et mauvais timing</B>

Même s’il ne dispose pas de tout le soutien politique qu’il lui faudrait, le ministre des Finances ne rate aucune occasion pour dire qu’il a la bénédiction du Premier ministre, mais avoue aussi, entre les lignes, que tous ses collègues ne soutiennent pas, comme ils le devraient, le camp de la réforme. « Ceux qui négocient avec moi avec l’Union européenne ou nos autres bailleurs de fonds comprennent parfaitement que la voie de la réforme que nous menons est celle à suivre. » On comprend que ce ne sont pas Arvin Boolell ou Madun Dulloo, respectivement ministre de l’Agro-industrie et des Affaires étrangères et du Commerce international, qui posent problème.

La députée Nita Deerpalsing tente une explication. « Depuis le budget, il y a peut-être eu des malentendus. Certains ne se sont pas sentis partie prenante de l’exercice de réflexion. On a un peu oublié de buy-in tout le monde. Pour qu’après, on soutienne activement les décisions prises. » Par ailleurs, pense-t-elle, deux ou trois mesures relèvent de l’excès de zèle et d’un mauvais timing. Comme la décision d’annuler la distribution de pain (School Feeding Project) dans les écoles primaires.

Face aux mesures budgétaires impopulaires, les ministres adoptent différentes postures. Les sceptiques se contentent, pour la plupart, de dire leur désaccord à leur interlocuteur. Tandis que le travail de sape du camp des anti-réformistes vise à décrédibiliser, avec virulence, les mesures prises depuis le budget. En insistant sur le fait qu’elles sont injustes envers la population et qu’elles ne produiront vraisemblablement pas les résultats escomptés.

« Qu’on me dise seulement ce qu’on propose comme alternative ? », rétorque Sithanen.

Un ministre à qui on prête de hautes ambitions et passe pour être hostile à la réforme, se défend mais accuse les autres. « On dit de moi que je ne soutiens pas la réforme, ce qui est totalement faux ! Il suffit de voir le travail que nous abattons au ministère. Je soutiens la réforme, mais je ne pourrais pas en dire autant de certains de mes collègues qui tiennent un double langage. » À quoi Nita Deerpalsing répond que ces ministres devraient savoir que la solidarité gouvernementale les engage.

De loin, Jacques de Navacelle, le président du Joint Economic Council (JEC) se dit « inquiet » de voir que certaines décisions prises dans le cadre du budget ne sont toujours pas mises en œuvre. Avec Deer-palsing, Navacelle pense que l’introduction d’une nouvelle loi du travail est « urgente » car elle complète l’arsenal incitatif déjà mis en place par le Business Facilitation Act visant à simplifier le lancement et la gestion des entreprises à Maurice.

Décisions courageuses à mettre en œuvre</B>

Sur d’autres dossiers toujours liés à la réforme économique dans le pays, Navacelle se montre encore moins tendre. Notamment sur la question de la congestion routière. « Il y a une certaine lassitude et de l’énervement devant l’inaction de tous les gouvernements jusqu’ici. On ne peut pas en permanence parler de la spécificité mauricienne. C’est juste un truc pour ne rien faire. On ne peut pas non plus dire que les expériences étrangères ne nous apprennent rien. Si apporter des changements majeurs mais importants dérange un ministre, parce qu’il pourrait ne pas être réélu, c’est mesquin et petit par rapport aux enjeux. »

Parallèlement aux problèmes voisins de la réforme dont parle le président du JEC, certaines mesures contenues dans le budget demandent à être affinées et clairement expliquées. Comme pour la National Residential Property Tax (NRPT). À la faveur d’une mauvaise circulation de l’information et d’une prise de décision hâtive, un pan essentiel de la mise en œuvre de cette taxe a été occulté : la nécessité de compiler un plan cadastral du pays.

Contrairement aux explications données jusqu’ici, le recensement de toutes les propriétés du pays ne prendrait pas plusieurs années, mais deux ans tout au plus. Moyennant l’appel à quelques centaines de fonctionnaires spécialement formés, sur une courte période, pour procéder aux relevés cadastraux. Aidés par les 175 « valuation technicians » du ministère des Finances, ils permettraient enfin à l’État d’avoir une indication exacte des superficies et des valeurs des propriétés résidentielles à travers le pays et de taxer chacun en conséquence.

En attendant que le comité chargé de revoir l’application de la NRPT ne soumette ses conclusions, Sithanen a trouvé la parade en affirmant que seule 10 % de la population paiera cette taxe. Mais dans la réalité, les moyennes diffèrent. Car dans les régions urbaines, la proportion des ménages payant la taxe immobilière dépasse déjà largement les 10 %. Avec des situations grotesques où la villa à Rs 10 millions d’un chef d’entreprise dans l’arrière pays de Péreybère n’est pas taxée, alors que le modeste appartement du planton de son entreprise à Camp-Levieux l’est.

Le temps de la réforme est arrivé depuis le budget. Et au vu des premiers résultats sur les indicateurs économiques, on se rend bien compte qu’elle produit ses premiers fruits. Mais il faut maintenant que le temps de la demi-mesure passe. Pour qu’enfin les décisions courageuses soient mises en œuvre.

<B>Cette croissance qui repart…</B>

Les dernières prévisions du Central Statistics Office contiennent quelques bonnes nouvelles économiques qu’il convient toutefois de ne pas surestimer. Ainsi, la croissance en 2006 pourrait passer à 4,6 % du produit intérieur brut, alors qu’elle était de 2,5 % en 2005. Ce qui ferait renouer le pays avec les taux des années 2003-2004. Mais qui le laisse encore loin d’un taux de croissance souhaitable de 7 % ou 8 %.

L’embellie dans la zone franche est, par contre, plus visible. Après une contraction de 12,3 % en 2004, le secteur textile-habillement devrait grimper à 1,5 % de croissance. Le secteur sucre, lui, connaîtra toutefois une contraction de 3,8 % en 2006. Alors que ce taux était de 9,2 % en 2005. Ailleurs, dans le secteur de la construction, Rama Sithanen dit s’attendre à un véritable « boom » tiré par la construction des Integrated Resorts Schemes à travers le pays et les divers projets de constructions du secteur privé.

Du côté de l’investissement, le taux grimpera de seulement 4,4 % en 2006. Par contre, l’investissement privé semble mieux se porter en 2005, avec une croissance de 9,3 %. Alors que des signes encourageants sont aussi enregistrés dans l’investissement direct étranger (IDE). Ainsi durant le premier semestre de 2005, le pays avait enregistré Rs 1 milliard d’IDE. Ce chiffre a doublé pour la même période en 2006.

Mais une ombre commence à planer sur ce tableau. L’inflation pourrait bien dépasser la barre des 10 % selon les prévisions du FMI.

Publicité