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Pamela Vencatasamy : insaisissable insouciance
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Pamela Vencatasamy : insaisissable insouciance
Tout commence par une question. Lancinante interrogation. ?Kot lepok lamarel, tina, pot, zakana zakana ?? se demande Pamela Vencatasamy. Où sont donc ces jeux traditionnels mis en déroute par les consoles de jeux vidéo (ou pour faire dans l?air du temps) les cartes Yu-gi-oh ?
Au-delà de cette question fondamentale, c?est surtout celle de l?individualisme qui fait couler l?encre sur le papier de celle qui expose pour la première fois en solo. Un rendez-vous avec le public qui durera jusqu?au 15 octobre à la galerie Malcolm de Chazal à Curepipe.
?Te souviens-tu ?? demande simplement Pamela Vencatasamy. Sans se forcer, la mémoire se met en place. Déconstruit les images projetées par la dizaine de tableaux exposés. Pour mieux y superposer nos propres souvenirs. Ceux des jours où le temps était une notion abstraite. Où l?heure pour jouer se passait de permission pour sonner.
Dis, te souviens-tu de ces parties de ?lamarel? épiques où l?on attendait patiemment son tour ? Quel enfant, muni d?une feuille de papier n?a pas dessiné ses rêves (ou ses cauchemars) ? Son papa tenant la main de sa maman, ses petits frères et s?urs le cas échéant, avec autour une ribambelle de papillons, de fleurs, de soleil, d?oiseaux, de nuages?
L?exposante elle, choisit de restituer l?océan. Qui plus est à la manière d?un dessin d?enfant. Premier plan de lecture du tableau intitulé Mwa mo pou desin nou zoli lamer : un enfant (on imagine qu?il s?appelle Sébastien vu le prénom écrit en toutes lettres en haut de cette composition). Une moue concentrée plisse son visage. Il tire presque la langue. En le regardant, nous pouvons pratiquement sentir que Sébastien retient sa respiration pour ne pas rater son dessin.
L??uvre aurait pu s?arrêter là. Mais non. Pamela Vencatasamy, visiblement en quête de vraisemblance (pour ne pas dire de vérité artistique ? concept parfois trop subjectif et insaisissable pour que nous l?appliquions à un plasticien) poursuit sa réflexion.
Au final, elle a rajouté par-dessus Sébastien qui dessine, des dessins d?enfants. De ceux qu?une grande s?ur ou qu?un parent retrouve forcément un jour sur des documents importants qu?il aurait malencontreusement oublié de ranger. C?est bien vu. Tout comme la palette utilisée. Des couleurs gaies, qui rappellent celles des crayons de couleur dont raffolent les enfants.
Enfants aux masques durs et vieillissants
Pourtant, une évidence s?impose. Il s?agit de l?insoutenable dureté qui émane de cette galerie de portraits d?enfants. Question de perspective, de proportion ? Pas seulement. Certes, certains visages pêchent par manque d?équilibre. Les grands yeux étonnés semblent être la spécialité de Pamela Vencatasamy.
Mais ces puits (sans fond) d?émerveillement ne peuvent cacher la relative maladresse du trait. En clair, plus on regarde ces visages plus notre esprit nous envoie un signal d?alarme : il y a quelque chose qui cloche dans ces visages. Est-ce le nez qui est trop démesuré ou la pommette trop incurvée ? Une chose est sûre : plus on contemple ces visages a priori remplis de douceur, plus ils se transforment en masques durs et vieillissants.
On ne peut s?empêcher de se demander si ces personnages tout à l?heure si chaleureux n?ont pas grandi avant l?heure. Ils déversent sur nous l?infini tristesse qui accompagne la conscience d?avoir raté une étape de sa vie : l?enfance. Regardez de plus près la gamine qui dépose des petits bateaux en papier dans une eau boueuse. Nul sourire. Elle porte le poids du monde.
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