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Daddy cool !

2 octobre 2006, 00:00

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Boney M est à Maurice. Le temps de se produire sur la scène mauricienne pour nous ramener en arrière au temps des déhanchements endiablés du disco. Bon plan pour les nostalgiques et les jeunes de jadis devenus aujourd?hui, pour une bonne partie, des adultes et des parents responsables. Ceux-là même qui voient d?un ?il méfiant les différentes expressions culturelles contemporaines, trop subversives à leur goût. Pourtant, il serait bon de rappeler qu?elle est trop facile cette tentation de vouloir réduire la culture populaire à une expression de vulgarité.

Derrière la pensée qui consiste à fourrer la culture populaire dans tout ce qui fait ?peuple? se cache un mépris intellectualisant. Dans un pays qui souffre d?un déficit chronique de culture, la dénégation ontologique du citoyen libre est criante dès qu?on aborde la question de la place du citoyen au sein de la société. On le vérifie à différents niveaux.

Au plan des médias d?abord où l?aporie est nettement perceptible. On y assiste à des visions extrêmes de la culture. Celle de masse et celle de l?élite. C?est une attitude révélatrice de la société dans son ensemble avec les médias comme faisceau réflecteur d?une situation de dualité. Cette société a de toujours privilégié une posture de pathétique condescendance à l?égard de la culture populaire et de mimétisme aveugle aux valeurs et pratiques qui nous viennent de l?étranger. Même s?il ne s?agit pas d?opposer une culture de classe à une culture de masse, il importe de mesurer la distance qui sépare l?une de l?autre, tout en tenant en compte le fait que culture populaire et culture de masse ne signifient pas la même chose. Cela ne diminue en rien le fait que la distance entre culture populaire et élite culturelle est symbolique d?un certain nombre de représentations sociales et identitaires qui déterminent l?architecture d?une société.

Les conditions sociales de production de cette culture populaire sont elles-mêmes méprisées. Parce qu?elles sont géographiquement marquées. Parce qu?elles sont sociologiquement surdéterminées. Ce n?est pas tant un rejet d?une intelligentsia ou d?une élite quelconque que le réflexe de ?blackbouler? cette création qui ne participe pas du code lisse de l?esthétisme autorisé. Dans ses articulations aux médias, le populaire, qui bénéficie d?une large exposition, se donne à voir surtout comme phénomène commercial à succès. Certes rapport sain mais rapport en inadéquation avec les aspirations dont cette culture rend compte. Soit un mode de vie qu?on se refuse de comprendre parce que son caractère explicite lui ôte le charme de l?analyse. Mais ce n?est pas en tant qu?objet d?étude en soi que cette culture devrait nous interpeller mais comme témoignage d?une volonté de légitimation de nouveaux acteurs et de nouveaux modes de pensée.

Pourtant c?est aussi toute une économie qui se met en place. Une économie florissante qui tire sa force de produits à fort contenu identitaire et culturel. C?est la caractéristique première de cette culture populaire. Elle recèle un rapport d?adhésion et d?appartenance à tout ce qui ne fait pas la culture des riches. Il y a dans la culture populaire un effort incessant de valorisation et de légitimation qu?il ne faut pas ignorer.

Parallèlement, c?est une culture qui prend souvent naissance dans une altérité. La culture populaire rime ainsi avec contre-culture, indépendante, underground ou alternative. Après la période de révolte, ces pratiques intègrent certes la hiérarchie traditionnelle et tentent de tirer profit de l?industrie de la culture. Mais ce qui est plus important, c?est que ces différentes expressions témoignent d?un vécu et naissent de l?électricité que génèrent les relations sociales. Ce contexte de tension met en exergue l?ambivalence et la dynamique de la société. à titre d?exemple, soulignons la tendance au métissage que recèle la culture populaire. Une nouvelle poéticité culturelle peut ainsi se développer. Les nouvelles formes d?expression musicales en sont l?illustration. à Maurice, nous souffrons, à ce chapitre, de la grande tentation du mimétisme. Cependant, quelques rares artistes arrivent à donner un contenu à une forme importée. Le résultat est souvent assez décapant.

La culture populaire à Maurice est rangée dans le registre des valeurs minorées. Au mieux, le populaire n?est considéré que comme un ersatz culturel adapté aux besoins d?un public non-initié. Du Daddy cool quoi!

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