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Notre roupie est dévaluée pour la 2e fois
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Notre roupie est dévaluée pour la 2e fois
Fléchissons l’échine pour pouvoir passer sous la nouvelle fourche caudine que nous imposent nos colonisateurs, le FMI et la Banque mondiale. Nouveau coup dur pour ce qu’il reste des partisans et sympathisants de Sir Veerasamy Ringadoo. Après la première dévaluation de notre roupie, celle du 24 octobre 1979, il jurait ses grands dieux qu’il n’y aura pas de nouvelle dévaluation. Il n’a cessé depuis de renouveler son engagement et sa promesse. Le 12 août 1981, il accusait la MSPA d’irresponsabilité en suggérant cette dévaluation. Dans toutes les réunions de comité d’administration et autres ateliers de travail, ses derniers carrés de fidèles combattaient farouchement toute tentative d’anticiper une nouvelle dévaluation de la roupie, en répétant ad nauseam: “Nadess finn dire pa pou éna nouvo dévaluation !” Et voilà que, en cette dernière soirée dominicale de septembre 1981, la MBC/TV, toujours accommodante et souriante, même quand il s’agit d’annoncer la pire des catastrophes, informe la population mauricienne, celle décroissante de la majorité gouvernementale et celle ascendante de l’opposition MMM-PSM, que sa roupie vient de perdre 20 % de sa valeur par rapport aux devises étrangères.
Comme nous sommes encore à l’ère ramgoolamienne, les mauvaises nouvelles sont toujours annoncées dans cette langue étrangère qu’est l’anglais. “Comprenne qui pourra” demeure la devise mise en pratique à l’Hôtel du gouvernement et plus particulièrement au ministère des Finances.
Le communiqué officiel commence, bien sûr, par l’opération cass di sik lor mo la tête. Les téléspectateurs ont d’abord droit à un exercice d’auto-congrulation. La première dévaluation de la roupie de 30 % du 24 octobre 1979 est un exploit, ayant permis de rééquilibrer l’économie mauricienne, de donner un coup d’accélérateur aux exportations mauriciennes, dont le sucre et les produits textiles. C’est ainsi que la valeur marchande des exportations de la zone franche augmente de 30 %. Même le sucre pourra peut-être améliorer sa situation financière, malgré la ponction de 23,6 % que le fisc insatiable siphonne à la source des exportations sucrières. Il échappe à une nouvelle surcharge de la surcharge de la taxe de sortie. C’est déjà ça de pris à la voracité fiscale.
Des facteurs extérieurs sont venus contrarier la stratégie gouvernementale de dévaluer pour rebondir plus haut. Le dollar américain s’est apprécié par rapport aux monnaies européennes, alors que la majorité des importations mauriciennes sont facturées en dollars américains et nos exportations payées en monnaies européennes. Par conséquent le Droit de tirages spéciaux (DTS) (où le dollar occupe une place prépondérante) qui valait Rs 10 avant le 27 septembre 1981 vaut depuis Rs 12. D’octobre 1979 à septembre 1981, notre roupie s’est appréciée de 20 % par rapport à l’ECU européen, diminuant d’autant les revenus obtenus de l’exportation de nos sucres en Grande-Bretagne.
Les produits de la zone franche butent de plus en plus sur des mesures protectionnistes. Ce secteur doit impérativement diversifier ses produits et ses marchés.
Le ministère des Finances n’a, par conséquent, d’autre alternative que de rétablir la parité entre la valeur de notre roupie et celle de la monnaie de référence européenne, l’ECU, en la dévaluant de nouveau de 20 %. Cette mesure prend effet le dimanche 27 septembre 1981, 18 heures.
Pour ne pas augmenter le prix de vente du riz de ration et de la farine, le gouvernement décide que l’achat de ses denrées de base continuera à se faire à l’ancien taux, soit d’un DTS pour Rs 10. Leurs prix de vente au détail demeurent par conséquent inchangés. Il décide également un gel des prix pour une période de six mois.
La Banque de Maurice décrète parallèlement que le lundi 28 septembre 1981 sera un jour férié pour le secteur bancaire. Des mesures sont prises pour que ce congé bancaire extraordinaire n’affecte pas les paiements des salaires, pensions, allocations sociales.
Paul Bérenger, porte-parole du MMM et de la GWF, fait savoir qu’il n’est nullement surpris par cette deuxième dévaluation de notre roupie. Ses analyses antérieures concluaient qu’elle était inévitable, en dépit des multiples négociations de Ringadoo. Il prévoit que l’inflation écrasera davantage la population mauricienne, dont le pouvoir d’achat demeure plus que jamais en peau de chagrin.
La presse boolelliste, The Nation, ne souffle mot de cette deuxième dévaluation de notre roupie. Le défunt Cernéen, connu pour ses affinités avec notre secteur privé et le PMSD (encore qu’il hésite parfois entre celui de Gaëtan Duval et celui de Monsieur Eliézer François) préfère parler plus pudiquement d’un rajustement de 20% de notre roupie, suivi en cela par Advance le journal de SSR. La presse se déchaîne dans l’après-midi du 28 septembre 1981. Elle titre en neuf colonnes à la une : “Deuxième dévaluation de la roupie : 20 %... Moins de deux ans après le choc du 24 octobre 1979”. Elle fait état de la déception de Maurice Paturau. Bérenger lui confie que, pas plus que la première, cette deuxième dévaluation de notre roupie ne marchera pas. Autrement dit : “Vive sa dépréciation chronique !” Elle proteste contre la manière d’annoncer cette 2e dévaluation : 21 heures : Restez à l’écoute pour une annonce importante. Une heure plus tard : coup de massue ! Votre roupie est de nouveau écornée par 20%.Philo Blackburn, futur allié du PTr, parle de ‘débandade’. Guy Ollivry anticipe la dépréciation en parlant de “dévaluation en dévaluation”. L’express signale que Sir Seewoosagur Ramgoolam est en transit (entre deux avions) à l’aéroport de Plaisance au moment de cette nouvelle dégringolade de notre monnaie. A chacun ses priorités.
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