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L?histoire d?amour d?un homme et d?un pays

17 septembre 2006, 20:00

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Grand tribun, père de la Nation, politicien exemplaire animé par l?obsession de servir? Les qualificatifs ne manquent pas. Comme tous les leaders politiques, sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) a connu ses moments de gloire et d?autres, plus difficiles. Premier ministre de l?île Maurice indépendante de 1968 à 1982, il a laissé un héritage à la mesure du poids de l?histoire. Aujourd?hui, ceux qui l?ont combattu l?encensent. D?autres se déclarent son héritier. Enfin quelques-uns continuent à refuser de voir en lui le patriarche de la politique mauricienne.

L?homme ne laisse pas indifférent même si, avec le temps qui passe, la jeune génération ne sait pas grand-chose de lui. Alors qu?il est déjà entré dans la postérité, il importe, grâce aux confidences de quelques personnes qui l?ont connu, de reprendre ce chemin qui mène à ce politicien qui a tant marqué la vie de Maurice.

Pour l?historien Benjamin Mootoo, il y a trois grandes époques dans le parcours de SSR. ?La première, explique-t-il, c?est lorsqu?il a été confronté à une aristocratie blanche qui contrôle les leviers du pouvoir économique, administrative et politique. La deuxième, c?est vers la fin des années 1940 et le début des années 50 où il prépare le terrain pour que la communauté hindoue s?affirme comme la communauté numériquement supérieure. Enfin dans les années 60 et après, il est différent tout en restant un gentleman avec des principes et des manières.? Un homme doué d?un sens aigu des convenances et de décorum. C?est une caractéristique du personnage. C?était aussi un homme qui restait à l?écoute des autres. ?Il nous recevait toujours même si cela pouvait prendre du temps?, témoigne le syndicaliste Auguste Follet, ancien président de l?Organisation de l?unité des artisans-travailleurs.

<B>Confiance en la jeunesse</B>

C?est aussi parce que SSR recherchait souvent l?avis des autres et notamment des jeunes. Razack Peeroo, qui a été son ministre du Travail entre 1979 et 1982, se rappelle comment il demanda à SSR s?il pouvait gérer ce ministère si sensible. En guise de réponse, il s?entendit dire : ?Je vous fais confiance. Qui naît avec de l?expérience ? Il faut avoir une occasion de se prouver pour acquérir de l?expérience.? Il affichait ainsi une grande foi dans les jeunes. Il n?hésita pas, en une autre occasion, à demander à Razack Peeroo de venir le voir à son bureau afin que le jeune avocat lui dise comment il voyait l?avenir.

Jean-Claude Augustave confirme cette confiance que SSR avait en la jeunesse. ?Lorsque je l?ai connu de près, entre 1979 et 1981, il m?a toujours accordé son soutien même si j?étais jeune. Il était tout le temps accessible. Je pouvais aller le voir à 4 h 30 du matin. C?est regrettable qu?aujourd?hui des gens qui ne l?ont pas connu du tout se revendiquent de lui.? La tentation de récupérer l?héritage de SSR est aussi dénoncée par Harish Boodhoo. ?Ils sont nombreux ces hypocrites qui se réclament du ramgoolamisme maintenant que le personnage n?est plus?, affirme celui qui a été proche de SSR avant de le combattre sur le plan politique. ?Il y a trop d?hypocrites qui, après l?avoir dénigré et trahi, sont à présent des fervents ramgoolamistes?, enchaîne Auguste Follet.

Le ramgoolamisme est devenu une philosophie. Qu?en est-il exactement ? ?Le ramgoolamisme est tout d?abord un humanisme, explique James-Burty David. Cette philosophie politique est fondée sur une dimension humaine : tolérance, respect mutuel, liberté, solidarité, démocratie. Ce sont des vertus qui ont toujours guidé ses choix. Des exemples abondent. L?Etat providence s?appuie sur le concept d?une société solidaire. L?indépendance est une dynamique de liberté. Le multiculturalisme est l?expression d?une co-existence voulue et nourrie. Des options économiques, inspirées des courants socialistes, ont toujours privilégié l?épanouissement de l?être humain avant tout.? Pour sa part, Razack Peeroo ne fait aucune distinction entre le travaillisme et le ramgoolamisme. ?C?est le même humanisme. SSR a toujours été du côté des économiquement faibles et des vaincus. Il luttait aussi pour réduire les inégalités entre hommes et femmes. Sa sagesse faisait qu?il laissait ses ministres travailler en toute indépendance. Grand démocrate à l?écoute des aspirations des gens et des idées nouvelles, il oeuvrait contre la pauvreté en consolidant l?Etat providence.?

<B>?L?élan de l?homme vers l?homme?</B>

Démocrate, certes, mais c?est aussi celui qui décréta l?état d?urgence et qui musela opposants, syndicats et presse indépendante. A cela, Razack Peeroo répond : ?On ne peut tout mettre sur son dos. Peut-être qu?il a fait un mal pour un bien. Nous n?avions pas besoin du communisme et, lui, il croyait dans l?économie mixte.? ?Peut-être que les autres l?ont contraint à la répression?, suggère Jean-Claude Augustave. ?La manifestation contre la visite de la princesse Alexandra l?avait beaucoup agacé?, laisse entendre Auguste Follet.

?L?état d?urgence, c?était une erreur politique autant que le fait d?avoir cédé Diego Garcia aux Anglais, avance toutefois Harish Boodhoo qui salue, néanmoins, ?la grandeur d?âme et l?humilité de SSR?. Il était toujours en train de regarder au-delà de nos côtes.?

Visionnaire, SSR l?a été. ?Il serait hasardeux de réduire le ramgoolamisme à une définition bloquée. Il est avant tout l?élan de l?homme vers l?homme, conclut James-Burty David. Ce dynamisme permet aux valeurs humaines de s?exprimer incessamment dans la construction complexe d?une nation. Aujourd?hui plus que jamais et dans une société où la complexité de la mondialisation risque de décentrer l?humain face à des considérations diverses, le ramgoolamisme est toujours d?actualité. C?est une façon de rappeler que l?homme demeure l?essentiel de toute mesure.? C?est cet homme dont nous célébrons aujourd?hui le 106e anniversaire de sa naissance. Un homme qui a su, à sa manière, inventer le pays.

Nazim Esoof côte de précieux documents, l?auteur fait remonter à la surface les mentalités qui s?expriment dans une étroitesse qu?il faut bien évidemment replacer dans son contexte. Ces ouvrages, qui s?adressent en particulier aux étudiants, chercheurs et tous ceux intéressés par l?histoire politique, nous livrent ce qui a contribué à façonner ce que nous sommes aujourd?hui.

Des Français aux Anglais, les aspirations des classes privilégiées sont répercutées dans les lois en vigueur, explique Pahlad Ramsurrun. Ce qui donnera lieu à deux Constitutions, celle de 1825 puis de 1832. Il faudra attendre un demi-siècle plus tard, soit en 1885, pour une Constitution élective élaborée par un gouvernement britannique plus libéral. Au fil des ans, l?immigration indienne change la donne. Mais, nous rappelle l?auteur, la Constitution de 1885 n?autorise pas la participation des travailleurs engagés ni celle des descendants d?esclaves d?ailleurs dans les affaires politiques du pays.

Pahlad Ramsurrun cite pour cela The Commercial Gazette du 31 octobre 1895. ?L?enregistrement des Indiens comme électeurs continue à se faire sur une très grande échelle (?) Nous n?aurions rien à dire si ces Indiens avaient les qualités requises par la loi mais dans la plupart des cas, ce sont des cochers, de simples laboureurs, des marchands de légumes qui se font passer pour des propriétaires et des gens possédant un revenu de trois cents roupies. Ce man?uvres sont tristes à constater car lorsqu?on réclame la radiation de ces électeurs de contrebande, la communauté indienne sera persuadée q?on cherche à les priver de ses

<B>Des dates qui comptent</B>

Sir Seewoosagur Ramgoolam est né avec le siècle dernier, le 18 septembre 1900. Enfant, il a témoin d?une époque tumultueuse dont, entre autres, la Première Guerre mondiale, l?arrivée au pouvoir du régime communiste en l?ex-Union Soviétique. Maurice était, elle, en prise à des secousses sociales. C?est dans ce contexte qu?il partit pour l?Angleterre pour des études en médecine. Il rentra au pays en 1935. Il fut très sensible à la cause des Indo-Mauriciens. Il entama dès lors une série de rencontres avec les leaders politiques. Il entreprit une action sociale intense au point d?être nommé membre du Parlement en 1940. Il épousa Suschil Ramjoorawon en 1941 et eut deux enfants Navin et Sunita (photo). En 1947, il se joignit au Parti travailliste (PTr) fondé en 1936 par le Dr Maurice Curé.

Aux élections de 1953 et 1957, le PTr obtint de grandes victoires électorales. C?est au début des années 60 que SSR commença à militer pour l?indépendance du pays. Débutèrent alors les réformes constitutionnelles qui aboutirent à l?Indépendance du pays en 1968. Confrontée à des multiples défis, l?île Maurice indépendante s?engagea dans la lutte contre la pauvreté et en faveur de l?industrialisation. Le PTr et SSR eurent fort à faire face au nouveau parti de Bérenger, le Mouvement militant mauricien. Cela eut pour conséquence l?institution de l?état d?urgence, l?arrestation des opposants au pouvoir et la répression contre la presse écrite. Aux élections de 1976, SSR obtint une maigre victoire avant de céder la place à sir Anerood Jugnauth en 1982 qui, après sa rupture avec Bérenger, le désigna Gouverneur général en 1983. Il mourut le 15 décembre 1985.

PUBLICATION

<B>Hommage à la ?bataille? de SSR pour la Constitution</B>

Entrez dans la bataille. L?invitation est de Pahlad Ramsurrun. L?auteur lance aujourd?hui Sir Seewoosagur Ramgoolam?s battle for a democratic constitution of Mauritius. Deux volumes conséquents et un troisième en préparation pour mettre en exergue ?l?esprit de compromis? de sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR).

Pas que commémorative. Certes, la publication des travaux de recherche de Pahlad Ramsurrun coïncide avec les festivités marquant le 106e anniversaire de la naissance de SSR. Mais au-delà du seul symbolisme, intéressons-nous à la pertinence du labeur de l?auteur, qui relève à la fois de l?historien, de la fourmi industrieuse et du politologue. Un auteur qui fut enseignant au collège Royal de Curepipe et responsable du département des langues orientales. Il est le rédacteur en chef du magazine trimestriel en anglais-français-hindi, Indradhanush.

En deux tomes d?environ 300 pages chacune, il s?attache à revisiter les faits marquants de l?histoire de la Constitution de Maurice. L?auteur vient nous redire à quel point sa rédaction porte l?empreinte des turbulences politiques et sociales des époques successives. Avec pour point de mire, la contribution de SSR dans la révision de la première Constitution proposée par le gouvernement britannique d?alors.

Pahlad Ramsurrun, bien qu?il s?attache minutieusement aux pas de SSR, déborde aussi largement du cadre de la seule vie de l?homme politique et du chef d?Etat, pour mieux remonter aux origines, à la période française et ses quatre Constitutions.

En mettant côte à droits électoraux.?

Mais l?histoire est en marche. La fin du 19e siècle est plus favorable aux demandes des ?gens de couleur?.

?By the turn of the century, even sir William Newton, the father of the ?Great Reform? movement was dissatisfied with the elective constitution of 1885 for which he had struggled hard. Now he proposed the enlargement of the elective principles.?

Siècle prochain, le vingtième. Naissance de SSR. Il entre en scène en juillet 1935, qui coïncide avec le centième anniversaire de l?arrivée des premiers travailleurs engagés. Pour l?occasion, SSR écrit Sons of Immigrants, son manifeste politique publié dans l?Indian Centenary Book. Il y appelle au ?mouvement de masse? et demande la révision de la Constitution pour que la classe des travailleurs occupe la place qui lui revient dans la gestion du pays. Commence alors un long processus qui verra l?institution du premier Consultative Committee pour discuter d?une Constitution initiale en 1945.

A travers une série de documents, Pahlad Ramsurrun analyse le rôle que joue SSR dans ces discussions. Il reproduit des délibérations, preuve de son travail assidu pour extraire la quintessence des ressources disponibles aux Archives nationales ainsi qu?à la Bibliothèque nationale. ?However, it is regrettable that in spite of repeated requests (?) the primary source ? The Minutes of the consultative committee meeting, 1945 and The complete minutes of the consultative committee meetings 1946 ?1947 could not be traced?. Ce qui a poussé le chercheur à dépendre des éditions communes Le Cernéen-Le Mauricien-Advance.

Activités

<B>Le programme du jour</B>

La date ne passe pas inaperçue. Celle du 18 septembre, date anniversaire de la naissance de sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR). Trois lieux ont été choisis pour souffler les 106 bougies. A 9 h 30, traditionnel dépôt de gerbes et prières au samadhi du tribun au jardin de Pamplemousses. Rendez-vous une demi-heure plus tard, selon le programme officiel, à Port-Louis, où une gerbe ira fleurir sa statue (photo) à l?esplanade Professeur Basdeo-Bissoondoyal. A 10 h 30, place à une série de moments d?émotion au SSR Memorial Centre for Culture, demeure du tribun transformée en musée. Les lieux seront dotés, à compter d?aujourd?hui, d?un ?système audio permettant d?écouter les discours de SSR?. Parmi les autres temps forts de la journée : le dévoilement d?un portrait réalisé par Kishore Kumar Bodha, le lancement d?une série de timbres en l?honneur de SSR, la récitation de poèmes et la remise de prix du concours d?écriture organisé par le Mauritius Museums Council. La journée anniversaire s?achèvera à 17 heures à Kewal Nagar, village natal de SSR. Outre le traditionnel dépôt de gerbes, cinq artistes s?adonneront à une séance de live painting sur le thème de SSR. C?est dans ce village de l?Est que Pahlad Ramsurrun ? responsable du magazine trilingue Indradhanush ? lancera l?ouvrage Sir Seewoosagur Ramgoolam?s battle for a democratic constitution of Mauritius. La clôture se fera sur une note populaire, avec une pièce de théâtre au sujet patriotique et un concert avec, à l?affiche, la Rasika Dance Academy, Nancy Dérougère et le Group Zotsa, entre autres.

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