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Quand l?histoire prend le pas sur la politique

18 septembre 2006, 00:00

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?L?échec des Hollandais à Maurice s?explique en grande partie par l?absence des femmes?? Voilà une troublante affirmation d?Auguste Toussaint, historien, qui éclaire, en partie, le départ des Hollandais de l?île en 1710. Avaient-ils laissé derrière eux quelques esclaves? Quelles sont les raisons qui ont ensuite amené la France à coloniser l?île ?

Assister à la naissance de l?Isle de France en 1722 à travers divers événements. Son peuplement, d?abord, par l?arrivée des premiers Français de l?île voisine et ensuite ceux venant de France. L?acheminement des esclaves de la Réunion, puis de Madagascar.

Se perdre ainsi dans les méandres du passé pour mieux se retrouver et appréhender l?avenir. Le politicien s?efface devant l?historien et fait sienne la maxime, ?un peuple qui ne connaît pas son histoire est comme un navire sans gouvernail?. Paul Bérenger s?est attelé au deuxième volet d?une série de huit conférences publiques, avant-hier, à la salle des fêtes du Plaza devant un auditoire conquis et prêt à débattre.

?Les principales causes de l?abandon des Hollandais furent les attaques de l?esclave marron, la prolifération des rats et des singes, les cyclones et la sécheresse,? rappelle Paul Bérenger, ?sans compter la négligence de l?administration hollandaise avec les conséquences néfastes sur les arbres, l?ébène notamment, sur le dodo, sur l?ambre. De plus, l?installation des Hollandais à la pointe sud de l?Afrique du Sud, au cap de Bonne-Espérance rendit l?île moins attrayante.?

En décembre 1715, en vertu d?ordres royaux, le capitaine Guillaume Dufresne d?Arsel aborde l?île à la rade du futur Port-Louis et en prend possession. Max Boullé, dans un de ses célèbres tableaux en fit une poignante illustration. Malgré cette affirmation d?Auguste Toussaint dans A short history of Mauritius, ?les Hollandais laissèrent derrière eux quelques esclaves marrons et six compatriotes malades?, les expéditions de janvier 1722 démontrèrent aucune trace de vie humaine. Le gouverneur de la Compagnie des Indes, Julien Duronguët Le Toullec se met en marche pour un tour de l?île pour arriver à la conclusion que ?l?île est inhabitable par les roches?.

Un bon port sur la route des Indes

Certes, comme le souligne Paul Bérenger, les avis divergent parmi les écrivains et historiens. Mais une chose est certaine. Si les Français ont jeté leur dévolu sur l?île Bourbon et l?Isle de France, c?est que leur expérience malgache fut une catastrophe, voire un cauchemar. Les historiens expliquent comment l?île Bourbon a été colonisée par défaut comme un sous-produit de Madagascar, ?une négligeable annexe? précise Paul Bérenger. Or, si l?Isle de France a été ensuite convoitée, c?est qu?elle offrait la garantie d?un bon port sur la route des Indes et d?une protection pour l?île Bourbon. La rade de Saint-Denis ne présentant aucun attrait.

Le peuplement originel de ce qui sera l?île Maurice est ainsi inextricablement lié à celui de l?île s?ur. Pour comprendre le processus démographique de l?une, il est opportun d?analyser celui de l?autre. Le premier Français immigrant volontaire à Bourbon est Louis Payen. Il y a débarqué avec un compagnon et dix Malgaches dont trois femmes. Les premiers colons officiels comprenant une vingtaine d?hommes débarqueront en 1665. En 1667 arriveront les premières femmes européennes, 17 Françaises de l?Inde avec 15 esclaves venus du comptoir portugais de Madras. En 1676, 16 filles de mauvaise vie ou abandonnées de Salpêtrière. Deux ans plus tard, 14 Indiennes venues du comptoir portugais du sud de Gujarat. ?La principale caractéristique de la population originelle de Bourbon a été le métissage. Ce fut le cas aussi pour l?Isle de France dès sa première année d?existence. Dès 1722, les premiers Français arrivèrent de Bourbon. Puis directement de France, de Madagascar, du Mozambique et de l?Inde. à l?époque déjà, cette riche diversité de peuplement était un message d?unité fantastique?, souligne Paul Bérenger. Ce dernier rappelle que les premiers colons étaient contraints de mener une vie misérable. Pour preuve, l?obligation de tuer, en 1723, tous les chiens de l?île sauf 20 afin d?économiser de la nourriture. Période qu?il dénomme ?l?enfer de l?Isle de France?. Quand petite histoire et Histoire vont de pair. ?On n?a jamais fini d?apprendre, ni de rectifier lorsqu?il s?agit d?histoire.?

Ce que ne manqueront de faire en synergie le public et Paul Bérenger, lors de la troisième session dans un mois à Quatre-Bornes. Un faisceau de lumière sera jeté sur l?Isle de France et ses pays de peuplement : l?Inde, la France, la Chine, Madagascar et le Mozambique.

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