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L?anarchie cajolée
Le lord-maire de la capitale a manifestement raté sa vocation. Au lieu de briguer les suffrages des citadins pour une fonction de gestionnaire, le sympathique Reza Issack aurait mieux fait de solliciter un mandat de ministre de religion.
Comme tel, il aurait pu, à loisir, donner libre cours à son excédent de compassion envers ceux qui sont dans la peine. En se présentant devant l?électorat urbain aux récentes élections municipales, il avait réclamé, de bon gré, et s?est vu attribuer la responsabilité de veiller au respect de la discipline dans les limites de la ville. Or, mardi dernier, il a complètement oublié le sens de sa mission. Et, contrairement à ce que la ville attend de son premier magistrat, le politicien Issack a cédé devant l?anarchie. Il a passivement assisté à la transformation de l?enceinte de la mairie en une vraie foire. Il a aussi permis à des gens opérant dans l?illégalité, à y bivouaquer pour la nuit.
Les marchands, dits ambulants, qui assiègent des artères très fréquentées du centre-ville refusent d?occuper les échoppes installées à grands frais sur la partie du Ruisseau du Pouce longeant le jardin de la Compagnie. Ils prétendent que le lieu est excentré et inapproprié pour leur commerce.
Et dans sa magnanimité envers ceux qui méprisent un ordre de la Cour, et sans tenir compte des inconvénients causés aux piétons et aux commerçants qui règlent leurs redevances rubis sur ongle, le lord-maire a cédé devant des arguments fallacieux.
Il suffit, pourtant, de revenir quelques années en arrière pour se souvenir que des bookmakers qui envahissaient, jadis, le voisinage du marché central étaient tout autant récalcitrants à se plier à une décision municipale. Ils refusaient de se déplacer vers le Champ de Mars, sous prétexte que la clientèle ne suivrait pas. Mais, le conseil municipal avait tenu bon. Les trottoirs furent rendus aux piétons. Les bookmakers n?ont pas pour autant disparu. Cette fois, il a malheureusement manqué au lord-maire le courage de faire respecter la dignité de la Maison du peuple. Par peur de perdre quelques votes.
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