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Ah ! ces journalistes !

16 septembre 2006, 00:00

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Les journalistes ne sont pas infaillibles. Ils n?ont pas toujours raison. Il leur arrive de commettre des erreurs et, assez souvent, ils éprouvent beaucoup de mal avant de le reconnaître. C?est qu?ils aiment avoir le dernier mot. La moindre critique est aussi perçue comme des tentatives liberticides. Au nom de la liberté d?expression, ils peuvent être amenés à confondre leur rôle de quatrième pouvoir et celui de contre-pouvoir. Loin d?être de parfaits professionnels, certains s?éloignent d?une pratique rigoriste du journalisme au profit d?une conception plus souple. Mais personne n?a le droit de leur faire la leçon. On dirait presque que c?est leur seule prérogative.

Conscients qu?ils ont une mission à remplir, ils ne permettront à personne de se mettre au travers de leur chemin. Ils repoussent avec force l?anathème d?amateurisme qu?on peut leur lancer. Certes, ils n?ont pas tous été formés pour ce métier, mais ils le font avec passion et conviction et le font savoir à chacune de leur prise de position. Bref, les journalistes n?aiment pas qu?on leur dicte les règles de leur métier.

Etre capables d?autocritique, c?est ce qui permet le mieux de se prévenir contre des critiques autrement évitables. C?est cette sagesse qui a manqué à la profession jusqu?ici car, autrement, non dans un esprit corporatiste, mais par souci de préserver son indépendance, elle aurait déjà pris l?initiative de fixer elle-même les limites de sa liberté. En un mot, elle aurait pratiqué l?autorégulation pour ôter à un quelconque pouvoir politique l?ambition de la réguler. Comme c?est le cas aujourd?hui.

Désormais prise au piège, elle organise la résistance. Des associations se mettent en place. La codification des règles est en cours. Un tel processus ne peut être que bénéfique, même s?il faut bien faire ressortir que ce n?est pas par réaction aux agissements man?uvriers du pouvoir. C?est pour mieux affirmer la relation partenariale qui lie la presse écrite non partisane à ses lecteurs. Une relation basée sur la confiance. Une relation fondée sur cette fonction de la presse à déverrouiller une société autrement trop opaque.

C?est, en effet, le mérite premier de la presse indépendante mauricienne. Dans une société qui cultive la culture du silence, elle a rempli pleinement son rôle. Elle a servi de relais, offrant un espace d?expression à tous ceux qui osent parler, allant même jusqu?à garantir l?anonymat à ceux qui ont le courage de dire, mais pas celui d?afficher leur identité.

Certes, il faut éviter l?aporie qui peut avoir cours chez certains. Le monde se met en scène dans une certaine mesure à travers les médias. Mais les médias ne sont pas le centre du monde. On n?invente pas la réalité quotidiennement. L?information n?est pas l?ultima ratio de l?action humaine. C?est lorsqu?on est conscient de ses limites et qu?on pratique l?humilité dans l?exercice d?un pouvoir qu?on arrive le mieux à respecter la noblesse de sa profession.

Parce qu?il est pris entre deux électricités contraires, rationalisation économique et populisme social, la majorité gouvernementale est devenue aujourd?hui l?otage de ses paradoxes. Il y a, d?un côté, une action pensée de modernisation des structures économiques et, de l?autre, un délire de dérèglement institutionnel au nom d?un clientélisme politique primaire. Quelles que soient les justifications derrière la mise en place d?une « Media Commission », celle-ci ne représentera, au mieux, que des désirs coercitifs des seigneurs du jour et, au pire, une vaine tentative de contrôler la parole libre. Dans les deux cas, elle est condamnée à échouer à terme.

C?est Balzac qui disait que si la presse n?existait pas, il ne fallait surtout pas l?inventer. Maintenant qu?elle est là, elle s?est transformée en arme séculière de la démocratie. C?est un prix que nous devons tous payer.

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