Publicité
Quand les marchands ambulants font la loi
Par
Partager cet article
Quand les marchands ambulants font la loi
Bien maquillée, les cheveux relevés en queue de cheval, Samira fait le pied de grue à la rue Farquhar, à Port-Louis, ce jeudi après-midi. Elle a confié son sac de raphia rempli d?« articles de luxe » à une amie qui gère un commerce non loin de là. Samira jette, de temps à autre, un regard furtif à la fourgonnette de la police stationnée à quelques mètres d?elle.
Pas de chance. Les policiers n?ont pas l?air de vouloir bouger d?un iota. Ils la tiennent à l??il, ainsi qu?une demi-douzaine de marchands ambulants dont les articles sont rassemblés dans des boîtes en carton. Encore une journée de perdue à attendre qu?une brèche se crée dans le bouclier dressé par les forces de l?ordre. « Gramatin mo ti al Ruisseau du Pouce, asiz asize, pena narien, lerla nou fine vine là », maugrée Samira. Elle dit avoir travaillé dix jours au Ruisseau du Pouce sans avoir vendu un seul produit. Ses compagnons d?infortune ont beau trépigner, ils doivent s?avouer vaincus, plier bagages et rentrer.
Mais la résistance s?organise. Voici une quinzaine de jours que marchands ambulants et force de l?ordre jouent au chat et à la souris. En effet, ils sont une poignée à faire fi de l?ordre d?injonction émis par la Cour suprême d?évacuer la rue Farquhar, il y a quinze jours, en s?agglutinant chaque jour près des commerces, tentant de liquider leurs articles.
Toutes sortes de trafics
« Nou pe sey tras enn lavi », soupire Attick, la cinquantaine. La boîte en carton remplie de marchandises est restée fermée depuis le matin. Pourtant, ce marchand possède un étal au Ruisseau du Pouce, à côté du Jardin de la Compagnie. « La vente inn tombe nett laba. Se pou sa ki mo vinn isi pou sey vann enn deux l?artik, mo fam li reste labas touzour? »
Les maraîchers du marché central ont violemment protesté contre la présence des marchands ambulants le 9 août. Leur présence attirait des personnes louches qui s?infiltraient afin de se livrer à toutes sortes de trafics. Le calme revenu, les maraîchers du marché central, n?ont pas baissé la garde.
« Il est vrai que la situation s?est assainie à 90 % sous la pression des autorités. Mais, au moindre relâchement, les marchands ambulants envahiront les trottoirs et les parkings de nouveau », soutient le vice-président de la Market Traders?Association, Isoop Soobadhur.
Et si les maraîchers respirent, le public affiche la satisfaction. « Dimounn extra kontan, zot dir zot mars en liberte. Touristes ? Toute la zourne trouve zot aster, zot senti zot en securite », poursuit notre interlocuteur. Mais du côté des marchands ambulants, c?est la galère. « Ici au Ruisseau du Pouce, raconte Rehanah, nous ne nous sentons pas en sécurité avec ces filles de mauvaise vie. De plus, les ventes ont baissé, et il y a des jours où je ne vends rien. Il aurait fallu faire plus de publicité pour que les gens sachent que nous sommes ici. »
Le peu d?intérêt des marchands
Son époux fustige le manque d?animation et l?absence d?éclairage. Ce qui explique le peu d?intérêt des marchands à venir vendre leurs produits ici. Résultat, dit-il, ils ont tendance à repartir sur les lieux d?où ils ont été évincés. D?autres ont fait une demande auprès de la municipalité afin de pouvoir exercer dans les rues latérales de la rue Farquhar, à savoir, la rue de la Corderie et la rue dite de l?Hôpital. Mais la réunion prévue à cet effet entre les membres de la force policière, le maire et la Street Vendors Association (SVA), vendredi, n?a rien donné. « Nous sommes un peu déçus du refus du maire de laisser exercer les marchands ambulants dans les rues latérales. Nous comptons insister », s?entête le président de la SVA, Hyder Ryman.
Il explique que lorsque l?ordre d?évacuation avait été donné pour la rue Farquhar, les forces de l?ordre ont également fait évacuer les lieux allant jusqu?au bâtiment IKS et les alentours de la gare du Nord. « Ce sont ces derniers qui se retrouvent le plus en difficulté en ce moment », dit-il tout en concédant qu?une grande partie des marchands n?ont pas de permis.
Mais beaucoup sont d?avis que les marchands ambulants sont de mauvaise foi. Pour des raisons humanitaires, les autorités municipales leur avaient accordé un délai en juin pour qu?ils vident la rue Farquhar et se préparent à aller s?installer au Ruisseau du Pouce. Mais ils ont fait la sourde oreille jusqu?à ce que les maraîchers, leurs voisins mécontents, fassent entendre leur voix deux mois plus tard.
Déterminé à assainir la situation, le lord-maire, Reza Issack, avait offert aux marchands ambulants de soumettre leurs noms en vue d?un tirage au sort pour l?allocation des étals au Ruisseau du Pouce. Ce que ces derniers ont refusé de faire arguant la non-transparence de cet exercice. Les autorités municipales soupçonnaient les marchands ambulants de refuser cet emplacement parce que la première rangée avait été allouée à des fleuristes dans un souci d?esthétisme.
Un accord a pu heureusement être conclu entre la SVA et les autorités municipales. La situation s?est décantée et il avait été décidé que les 125 marchands postés au Ruisseau du Pouce ne paieraient rien pendant trois mois. Malgré ces facilités, les étals sont vides la majeure partie de la journée, à l?exception de vendredi après-midi où il régnait une certaine animation.
Pour Shaylee, une employée de bureau, les autorités ont pris une bonne initiative d?installer les marchands ambulants à côté du Jardin de la compagnie. « Mais pour que la clientèle se fidélise, il faut que les marchands restent sur place. Souvent en passant ici à trois heures de l?après midi, on ne voit que des étals vides. Cela ne va jamais attirer personne ! »
Abdullah Hossen, l?ancien lord maire, souhaite que le problème des marchands ambulants soit considéré dans sa globalité. Selon lui, une solution à long terme avait été trouvée par le gouvernement MSM-MMM à travers la construction du Hawker?s Palace.
« Cet emplacement leur aurait permis d?exercer leur profession de manière honorable tout en permettant l?épanouissement du petit commerce? » Le Hawker?s Palace aurait permis de caser 1 200 marchands ambulants. Malheureuse-ment le projet a été gelé par le gouvernement du jour.
L?autre solution serait de réaménager l?ancien bâtiment de la NTA situé à la gare Victoria pour les marchands.
« Cela aurait créé un tremplin pour nos artisans locaux. » Pour Abdullah Hossen, certains remèdes doivent être des remèdes d État et non de gouvernement. Le problème des marchands ambulants en fait partie.
Publicité
Publicité
Les plus récents