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Jean-Daniel et Rodoman, la musique dans la peau
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Jean-Daniel et Rodoman, la musique dans la peau
Il passe sans cesse à autre chose, il tourne les pages constamment, il joue sa vie comme une partition. Rien d?étonnant puisque la musique se bouscule dans les veines de Jean-Daniel Matien. Quand il n?est pas en train de chanter au rythme de sa guitare dans les hôtels, il vit au tempo du tam tam des marteaux car il fabrique des guitares et même des banjos. Ce jeune Curepipien a décidément plus d?une corde à sa guitare.
Il est passé par ici au Caudan où il a exposé ses instruments de musique dans le cadre de l?exposition Boz Art (nouvelle association qui regroupe les artisans). Il repassera par là certainement parce qu?il a du talent et de l?audace plein la tête. Jean -Daniel chemine dans la vie en musique sans jamais s?arrêter.
À sept ans, il s?est mis à la guitare.
À huit ans, il chantait déjà dans la chorale de sa paroisse. À 17 ans, il intègre un groupe de variétés. Sa cote monte, Jean-Daniel a de la voix et des fourmis dans les doigts quand on lui met une guitare entre les mains. Aujourd?hui, il travaille avec des sous-contracteurs qui lui décrochent des représentations dans les hôtels, sur des catamarans ou sur le Trocchetia.
Mais Jean-Daniel a besoin de voguer encore plus loin. Il rejoint un atelier de construction de maquettes de bateau et se découvre une passion pour l?artisanat. « Comme je ne peux pas rester longtemps en place, je me suis mis à mon propre compte et j?essaye d?innover dans mes produits », explique-t-il. C?est dans sa cuisine réaménagée en atelier, qu?il se livre à des travaux expérimentaux. Il confectionne des pirogues, met en vitrine des maquettes de bateaux, fabrique des stylos en bois et maintenant des guitares et des banjos.
La rude école de la patience
Cette dernière passion, il la doit surtout à sa petite fille qui est en fait à l?origine de son déclic. Elle lui a cassé sa guitare un soir par accident et ce qui devait être une catastrophe puisque cette guitare était la compagne de Jean-Daniel depuis onze ans, est devenue une révélation. Devant ce spectacle de guitare enfoncée, l?artisan a commencé à retourner son défunt instrument dans tous les sens, à traquer les secrets de sa fabrication et n?a pas résisté à l?envie d?en fabriquer une. Trois mois de travail, quinze mille roupies de frais, le résultat est gratifiant. La guitare « Lafaya » est née. Le son est impeccable. Oubliée son ancienne guitare industrielle !
Bien sûr, il fallait innover. Il a donc mis en pratique ses cours suivis au National Handicraft, il a personnalisé sa guitare avec des techniques de maquetterie et de pyrogravure. Jean-Daniel ne compte pas s?arrêter là. « Je reçois déjà beaucoup de demandes pour réparer des guitares cassées mais je veux surtout en fabriquer », avance-t-il.
Dans sa cuisine-atelier où il y a son arsenal de sonorisation ? ses amplis, un micro sur un stand, des haut-parleurs, le musicien artisan pratique ses arts avec persévérance et plaisir et ce n?est pas son épouse Astrid qui va s?en plaindre. Elle l?encourage dans sa création, le pousse à aller plus loin. Ainsi, Jean-Daniel dessine, découpe, superpose, assemble, colle et au rythme de Quand la musique est bonne.
Et ce n?est pas juste un titre de Goldman. Ce garçon au sourire paisible, au débit calme et aux paroles rares, n?est plus le même timide une fois sa guitare en main. Un « Volare » pour réchauffer Curepipe et pour tromper l?ennui. Qui dit mieux ? Notre mélomane rêve d?ouvrir une galerie où il vendrait des guitares aux collectionneurs. Si ce ne sera peut-être pas un projet réglé comme du papier à musique, Jean-Daniel a de l?espoir. Il connaît bien la rude école de la patience.
Un autre homme a attiré le regard lors de l?expo-vente de Boz art. Mélomane, fabriquant des instruments de musique et grand solitaire, Rodoman n?est pas homme à passer inaperçu avec ses dreadlocks qui lui arrivent jusqu?aux mollets et sa barbe qui lui touche les genoux. Depuis 40 ans maintenant, il se frotte à la musique.
S?il n?est pas à gratter sa guitare sur la plage de Péreybère, il se penche sur le bois et des calebasses pour en faire des instruments de musique venus d?ailleurs aux noms exotiques comme des congas et batadrum. Il amène ainsi sur la terre mauricienne un peu de culture africaine et sud-américaine.
« Je vis d?amour et d?eau fraîche »
Sa vie, il la raconte à travers des images et des métaphores, il ne livre jamais de réponse concrète. « L?art est enfoui dans notre subconscient. Il faut une clé pour l?ouvrir. » Et la clé, c?est d?être rebelle, d?aller contre le système qu?il trouve négatif. Sa vision de la vie va contre l?ordre établi, la société en général. « Nous sommes comme des robots. Tout le monde vit dans le même moule. Pa gagne droit éna finesse ek vibration », se désole-t-il. Lui, il aime la liberté, la vie sans restriction. « Nous sommes tous des terriens, nous avons tous le droit de visiter la terre. »
Pour cet artiste vivant en reclus, Maurice est un pays en pleine contradiction. Il préfère donc la solitude dans sa maison de Grand-Baie d?où il observe le monde qui l?entoure et qui lui fait venir les larmes aux yeux. C?est grâce à la musique et ses instruments que Rodoman arrive à exprimer ses sentiments. La musique qui l?anime, qui le fait vibrer est celle qui le rapproche de la nature. « La musique qui passe à la radio, que l?on entend aujourd?hui ne fera jamais avancer les choses », confie Rodoman.
C?est avec passion qu?il se penche sur ses djembés ou encore ses kalimbas qui produisent une musique qu?il trouve vraie. Les instruments de musique qu?il fabrique sont sa passion, sa raison de vivre, le moyen par lequel il vit. « De temps en temps, je vends ce que je fabrique. Mais moi je vis d?amour et d?eau fraîche. Je ne paie que Rs 32 d?électricité par mois », raconte-t-il.
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