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Tranches de parole

21 août 2006, 00:00

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Autour de soi des images, des mots saisis au vol en toute clandestinité, des habitudes de vie au quotidien figées dans l?itératif, des gestes en représentation et bien d?autres événements qui nous racontent la culture.

Autour de soi un concours de beauté. Une manifestation légère qui devrait dire une certaine conception de la beauté. Il y a une autre manière de voir les choses. ?En économie, l?image du concours de beauté est une métaphore utilisée par l?économiste John Maynard Keyness pour illustrer le fonctionnement du marché boursier, au chapitre 12 de sa ?Théorie générale de l?emploi, de l?intérêt et de la monnaie? (1936)? Il fait remarquer qu?en Bourse, et plus généralement sur l?ensemble des marchés financiers, les prix des titres ne sont pas déterminés par leur valeur intrinsèque (concept d?ailleurs théorique), mais plutôt par la perception qu?en ont les acteurs du marché?, peut-on lire sur le site internet wikipedia.org. Intéressant, n?est-ce pas ? On savait que toutes choses ont une valeur marchande. Le marché, il est décidément omniscient.

Mais il y a des procès trop faciles. Comme ceux des féministes qui dénoncent l?exploitation du corps féminin. Revenons donc à notre fameux concours Miss Mauritius. Les jeunes filles, qui y participent, méritent toute notre sympathie. Qui ne veut pas être couronnée ?reine de beauté? de son pays ! Derrière le caractère mercantiliste de l?événement, ce qui blesse le bon sens, c?est le ridicule de l?hurluberlu qui marque cette manifestation. On ne peut pas railler l?esthétisme à ce point surtout dans un contexte où on veut consacrer la beauté !

Bref cette histoire de Miss Mauritius tout comme les concours de chansons ou de pièces de théâtre sont une grande aventure dans les ténèbres de notre inculture. Quand des hommes, des femmes et des jeunes filles cherchent des moments de gloire sur des plate-formes publiques, on assiste à un triomphe incontesté de la médiocrité mauricienne.

Ce serait réducteur de s?arrêter à ces seuls acteurs de la société. Poussons l?illogisme à son bout. Soit à ce qui est toujours très perceptible. à ces jeunes qui quittent notre école nationale après presque une quinzaine d?années d?étude. Pour ceux qui prennent la peine de les écouter, ils entendront une parole souvent creuse. Culture générale ? C?est davantage de la culture en dégénérescence. Ce n?est pas la faute à nos jeunes. C?est l?éternelle jeunesse atomisée par un système compressif. Ceux qui s?en sortent y parviennent surtout parce qu?ils fonctionnent en marge de ce système. Pour les meilleurs, ils seront de bons engins à ressasser une connaissance encyclopédique. Pour les autres, le livre sera cet objet étranger qui est l?apanage des oisifs.

Quelque part, on espérait que les spectacles de rire allaient nous décoincer. Que ce nouveau phénomène allait nous amener à rire de nous-mêmes. Condition sine qua none pour prendre de la hauteur et ne plus être prisonnier d?un pédantisme de circonstance. Mais là aussi peine perdue! On a recopié ce qui se fait ailleurs. Tout comme chez certains de nos artistes chanteurs. Pour la créativité, il faudra repasser !

Notre drame culturel, il n?a pas seulement pour nom Choonee, Ramdass ou Gowressoo. à la limite, ce ne sont que de pauvres victimes de notre realpolitik. C?est une incapacité congénitale à concevoir un système de valeurs où la connaissance emprunte les voies de la recherche, du contact, de l?échange? Un système de vie qui nous permet de prendre de temps à autre de la distance de nous-mêmes. Un système de pensée où la remise en question est une constante. Où le citoyen réinvente continuellement son être intime, qu?il ne le fige pas dans le temps, qu?il n?en fait pas un participant à concours de réussite sociale. Où la culture ne sera pas qu?un simple faire valoir ou un amphigouri que seuls quelques élus vont pouvoir maîtriser. Mais qu?elle contribue à développer une conscience sociale et historique de chaque citoyen mauricien.

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