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Mythes et réalités
Le mécontentement couve. Et les pauvres ne sont pas les seuls à se plaindre. Mais, les raisons de la grogne provoquée par le budget Sithanen sont souvent infondées. Un manque de communication a conduit à des malentendus, des incompréhensions, et même de la panique. Visiblement, il y a des carences dans le service après-vente du budget.
Ce sont les augmentations des prix du riz et de la farine qui sont vraisemblablement la cause principale de la colère sociale. Certes, ces hausses sont douloureuses pour un grand nombre de familles et auraient pu être étalées dans le temps mais elles étaient inévitables. L?Etat ne pouvait continuer à subventionner ces denrées alimentaires à hauteur de Rs 500 millions par an tout en sachant que le prix artificiel auquel elles sont vendues occasionnait beaucoup de gaspillage.
Les citoyens n?auront pas de mal à comprendre que l?Etat doit faire des économies là où c?est possible pour pouvoir continuer à financer les services publics essentiels. Payer les enseignants, recruter des policiers, construire des hôpitaux, entretenir les routes? c?est l?affaire de tous, pas seulement celle des dirigeants. En aucun cas, il ne faut laisser la situation des finances publiques se dégrader jusqu?au point où ces tâches essentielles ne peuvent plus être assurées. Dans trois ans, quand la baisse du prix du sucre exporté atteindra de plein fouet le pays, il sera trop tard pour engager des réformes.
L?autre question qui suscite bien des interrogations, sinon des peurs, touche au nouveau régime de l?impôt sur le revenu. Là, également, des clarifications s?imposent. Les officiels chiffrent à 6 000 seulement (sur un total de 72 000 contribuables) le nombre de ceux qui auront davantage à payer au fisc. En revanche, 40 000 contribuables seront désormais exonérés d?impôts et 26 000 autres auront moins à payer. Au total, l?Etat percevra Rs 800 millions de moins à la suite de ces nouvelles dispositions fiscales. Pourtant, l?inquiétude des contribuables est généralisée.
Beaucoup d?entre nous ont critiqué l?élimination de toutes les exemptions sur la fiche de déclaration des revenus. On ne réalise pas assez que ces abattements permettaient aux plus riches, par le jeu des placements ou des investissements, d?éviter la taxe. De toute façon, l?heure de vérité arrivera à la fin du mois d?octobre de cette année quand les contribuables prendront connaissance du montant réel de l?impôt à payer. La surprise devrait être agréable pour la grande majorité d?entre nous.
Il est vrai que l?imposition d?un taux unique de 15 % peut paraître injuste car les plus fortunés seront taxés au même taux que les salariés modestes. Il manque à ce régime une progressivité, c?est-à-dire un mécanisme qui impose une pression fiscale plus lourde sur les plus riches. Mais cette lacune est compensée par la taxe d?habitation qui, elle, ponctionne le patrimoine et ne concerne donc que les propriétaires de biens immobiliers.
La ?National Residential Property Tax? satisfait à l?exigence d?équité car elle tient compte des différences de situation. Elle ne frappe que les ménages les plus aisés. D?ailleurs les statistiques du ministère des Finances démontrent que sur les 330 000 ménages mauriciens, seuls 30 000, soit moins de 10 %, seront éligibles à ce nouvel impôt. Globalement, il rapportera à l?Etat Rs 120 millions. Ce faible montant devrait relativiser l?ampleur de la mesure. Concrètement cette taxe sera payée à partir de la fin de septembre 2007 et les frayeurs à son sujet devront se dissiper davantage à cette date.
Pour autant, on peut reprocher au ministre des Finances d?avoir mis la charrue avant le b?uf en introduisant une taxe d?habitation nationale alors qu?il n?existe pas de relevé cadastral pour l?ensemble du pays. Il aurait été plus juste de déterminer l?impôt sur les résidences en fonction de leur valeur locative plutôt que sur la superficie des terrains ou des appartements.
Ceux qui ont le sentiment que les nouvelles mesures fiscales sont abusives ou injustes devraient voir les faits de plus près. Ils constateront que dans bien des cas leurs peurs sont exagérées. Il n?en demeure pas moins que certaines décisions budgétaires sont pénibles à supporter pour les franges les plus vulnérables de la population, mais y avait-il d?autres options que d?appliquer le remède de cheval administré par Rama Sithanen ?
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