Publicité
?Après le chikungunya, c?est la fièvre dengue qui guette...?
Par
Partager cet article
?Après le chikungunya, c?est la fièvre dengue qui guette...?
● En tant que consultant du gouvernement mauricien, vous venez de passer plus d?une semaine à étudier la situation sur le chikungunya. L?été nous réserve-t-il une flambée de cette maladie infectieuse ?
Je ne suis pas prophète, mais je ne crois pas que vous aurez une grande flambée de chikungunya l?été prochain. Vous aurez quelques cas et ce sera fini. L?épidémie va disparaître.
Je m?explique. Le chikungunya est causé par un virus que le moustique Aedes injecte, à travers sa salive, dans le corps des humains qu?il pique. Or, le système de défense du corps humain sait développer des anticorps pour combattre et éliminer ce virus. Ainsi, une personne infectée sera malade en attendant que son organisme produise suffisamment d?anticorps contre ce virus. Après, il est immunisé et son corps devient une machine à combattre et à éliminer le virus du chikungunya.
Une flambée de la maladie fait que vous avez de plus en plus de personnes immunisées. Plus le troupeau est immunisé, moins il y aura de cas, parce que la transmission devient difficile. Partout où il y a eu épidémie de chikungunya, on a constaté le même schéma. Une petite épidémie, suivie d?une grande flambée, puis une troisième apparition avec quelques cas. La Réunion a connu ce schéma et je crois que vous avec connu votre pic l?été dernier. Je ne prévois pas de flambée l?été prochain.
?Une flambée de la maladie fait qu?il y a de plus en plus de personnes immunisées. Plus le troupeau est immunisé, moins il y aura de cas, parce que la transmission devient difficile.?
● Si on l?applique à la Réunion, on obtient un premier petit foyer, une disparition de maladie pendant l?hiver, puis un pic dépassant 200 000 infections l?été suivant. Ainsi, environ 25 % de la population réunionnaise. Or, nous n?avons pas connu de tels chiffres à Maurice.
Il faut signaler qu?à la Réunion, tous les cas répertoriés là-bas, des dizaines de milliers, ne sont pas des cas confirmés. D?après les chiffres que j?ai obtenus auprès du ministère mauricien de la Santé, il y a eu 11 000 cas confirmés. J?ai étudié ces chiffres et les régions affectées et le nombre de personnes par région affectée. Trèfles par exemple. C?est cela qui me pousse à penser que le pire est passé.
Vous avez travaillé à Maurice avec le professeur Spielman. Il a déclaré sur les ondes d?une radio que nous aurons une importante épidémie de chikungunya en été?
Le professeur a déjà quitté le pays mais je ne crois pas qu?il ait dit qu?il y aura une épidémie de chikungunya ou une pandémie à Maurice. Mais s?il l?a dit, je ne suis pas d?accord avec lui. Il faut aussi se dire que le professeur Spielman est un spécialiste de la malaria et des tiques, mais pas du chikungunya et de l?Aedes.
Il faut aussi comprendre que le chikungunya à Maurice a été un sujet de prédilection des hommes politiques de France qui ont essayé de tirer un capital politique de l?affaire en omettant de parler de la dengue et d?autres épidémies qui font des ravages dans des départements français, à savoir la Martinique, la Guadeloupe, Tahiti ou encore la Guyanne, entre autres.
Ce comportement de la classe politique française a fait beaucoup de mal à l?économie mauricienne. Les élections présidentielles et législatives arrivent au grand galop en France et la reprise de ce sujet par les hommes politiques dans leur campagne fera encore plus de mal à l?industrie du tourisme de Maurice.
● Malgré vos affirmations concernant le chikungunya, les autorités continuent une campagne de démoustication?
Il faut continuer la campagne et la population doit maintenir les précautions. Dans des cas pareils, on doit frapper quand la victime est tombée. Il ne faut pas s?arrêter. Il faut aussi vous dire que le moustique qui transmet le chikungunya transmet aussi la fièvre dengue. Cette fièvre est plus dangeureuse que le chikungunya. Elle sévit en ce moment dans plusieurs pays, dont la Guyanne, un département français.
Elle est aussi présente en ce moment dans plusieurs régions de l?Inde et les nombreux contacts que vous avez avec ce pays font que la dengue peut facilement gagner vos rives et donner lieu à une épidémie. Il faut bien se dire que la dengue est beaucoup plus dangereuse que le chikungunya et la mortalité plus élevée lors des épidémies de cette fièvre virale.
Vous avez eu une épidémie de dengue en 1979 et aujourd?hui, plus de 20 ans après cette épidémie, un fort pourcentage de votre population n?est pas immunisé contre la souche du virus de la dengue qui avait frappé en 1979.
Une épidémie, en l?absence de vaccin, devient alors très probable. C?est l?immunisation naturelle qui fait que la dengue et le chikungunya sont des épidémies qui éclatent à des intervalles de 20 ans et prennent le schéma d?un premier petit foyer, puis d?une grande flambée, et puis encore un autre petit foyer avant de disparaître pour une vingtaine d?années devant une population en grande partie immunisée.
?Il faut continuer la campagne.Il faut aussi vous dire que le moustique qui transmet le chikungunya transmet aussi la fièvre dengue. Cette fièvre est plus dangeureuse que le chikungunya.?
● A quand un vaccin contre le chikungunya ?
Je ne crois pas que ce soit une nécessité. C?est une maladie qui a réapparu dans plusieurs pays et qui va disparaître pour réapparaître dans vingt ans. Malgré tout, plusieurs groupes, dont l?Institut Pasteur, travaillent sur le sujet. Je crois que le plus important en ce qui concerne cette maladie, c?est l?éducation de la population et les mesures de précautions à prendre.
Publicité
Publicité
Les plus récents